<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?><rss version="2.0" xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"><channel><title>Tant que je me souviens...</title><link>http://achar.canalblog.com/</link><description>souvenirs de vie</description><language>fr</language><lastBuildDate>Wed, 30 Dec 2009 18:44:21 GMT</lastBuildDate><generator>CanalBlog - http://www.canalblog.com</generator><item><title>Les Comores et le Cameroun</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2008/12/16/11769230.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2008/12/16/11769230.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/11769230/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2008/12/16/11769230.html</guid><description>&lt;p&gt;En 1978, il se produisait des choses troubles aux Comores, et il fut d&#xe9;cid&#xe9; d’y envoyer une &#xe9;quipe de quatre ou cinq personnes, dont je faisais partie, pour r&#xe9;gler certaines affaires politiques.&lt;br /&gt;Arriv&#xe9;s l&#xe0;-bas, nous d&#xe9;couvr&#xee;mes, &#xe9;chou&#xe9; sur une plage de l’&#xee;le, le c&#xe9;l&#xe8;bre bateau-chalutier breton sur lequel avaient d&#xe9;barqu&#xe9; les mercenaires qui avaient assassin&#xe9; Ali Soilih.&lt;br /&gt;Un sbire de Bob Denard nous accueillit et nous installa dans des paillotes. Les plages &#xe9;taient sublimes et je contemplais les tr&#xe8;s jolies jeunes filles qui se baignaient, quand un gaillard bien b&#xe2;ti vint s’asseoir &#xe0; c&#xf4;t&#xe9; de moi et me dit : &#xab; Si je peux vous donner un conseil, d&#xe8;s que vous voyez une jolie femme, faites demi-tour. Il y a forc&#xe9;ment son homme dans les parages. &#xbb; &lt;br /&gt;Nous discut&#xe2;mes. Je lui demandai ce qui l’avait amen&#xe9; &#xe0; s’engager comme mercenaire, et il me r&#xe9;pondit : &#xab; J’&#xe9;tais m&#xe9;decin, anti-communiste, et au lieu de palabrer sans cesse, eh bien je suis all&#xe9; me battre. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’ignore ce que mes compagnons ont pu effectuer comme d&#xe9;marches pour &#xab; r&#xe9;gler les affaires politiques &#xbb; en question, mais en ce qui me concerne, je suis rest&#xe9; &#xe0; l’&#xe9;cart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c’est ainsi que je passai ces quelques jours de r&#xea;ve sur une &#xee;le de r&#xea;ve, puis je rentrai &#xe0; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#xe9;sident de la r&#xe9;publique avait un adjoint charg&#xe9; des affaires africaines.&lt;br /&gt;Comme il trouvait que ma fa&#xe7;on de proc&#xe9;der (d’apr&#xe8;s ce qu’on m’a rapport&#xe9;) convenait bien au style de Val&#xe9;ry Giscard d’Estaing, il me proposa d’&#xea;tre son propre collaborateur. &lt;br /&gt;Un jour, il me convoqua et m’annon&#xe7;a que nous partions prochainement, ainsi que deux autres personnalit&#xe9;s, pour le Cameroun. Mais cette d&#xe9;cision fut annul&#xe9;e car, encore une fois, je ne disposais pas des papiers administratifs n&#xe9;cessaires… Ne pas &#xea;tre bachelier posait d&#xe9;cid&#xe9;ment des probl&#xe8;mes dans l’administration.&lt;br /&gt;Ce fut n&#xe9;anmoins pour moi la Providence, car le petit avion qui a emmen&#xe9; les autres s’est &#xe9;cras&#xe9;. Il n’y eut aucun rescap&#xe9;. Vive l’administration et sa r&#xe9;glementation. On n’a jamais su s’il agissait d’un attentat ou d’un accident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me retrouvai &#xe0; la m&#xea;me place, mais pas pour longtemps.&lt;br /&gt;On &#xe9;tait en pleine &#xe9;poque de l’affaire des diamants, lorsque Giscard avait accept&#xe9; le cadeau de Bokassa. L’affaire faisait grand bruit pour deux raisons : d’une part, les Fran&#xe7;ais &#xe9;taient outr&#xe9;s par cet enrichissement personnel du chef de l’&#xc9;tat, et d’autre part, la gauche politique s’&#xe9;tait empar&#xe9;e de l’&#xe9;v&#xe9;nement, les &#xe9;lections pr&#xe9;sidentielles n’&#xe9;tant pas loin.&lt;br /&gt;C’&#xe9;tait donc LE grand sujet. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A SUIVRE...&lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 16 Dec 2008 12:17:29 GMT</pubDate></item><item><title>Les gorilles du Rwanda</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2008/11/25/11506395.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2008/11/25/11506395.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/11506395/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2008/11/25/11506395.html</guid><description>&lt;p&gt;Nous &#xe9;tions en 1978 ou 1979.&lt;br /&gt;De retour &#xe0; Paris, je m’installai dans un bureau de l’h&#xf4;tel du minist&#xe8;re de la coop&#xe9;ration, en tant qu’attach&#xe9; de presse.&lt;br /&gt;Au bout de quelques mois, le ministre m’annon&#xe7;a que nous partions en voyage officiel pour un sommet franco-africain &#xe0; Kigali, au Rwanda.&lt;br /&gt;Nous emmenions sa femme, ainsi qu’un d&#xe9;put&#xe9; de Thionville et une poign&#xe9;e de journalistes.&lt;br /&gt;On nous installa dans un grand h&#xf4;tel confortable et nous attend&#xee;mes le pr&#xe9;sident de la R&#xe9;publique Fran&#xe7;aise.&lt;br /&gt;Le sommet &#xe9;tait pr&#xe9;vu le surlendemain. Dot&#xe9;e d’un temp&#xe9;rament d’exploratrice, l’&#xe9;pouse du ministre tenait &#xe0; aller voir les fameux gorilles du Parc National des Volcans – culminant &#xe0; 4 500 m d’altitude – prot&#xe9;g&#xe9;s par Diane Fossey, la c&#xe9;l&#xe8;bre chercheuse &#xe9;thologue am&#xe9;ricaine. Elle demanda que l’on organise un transport jusqu’au pied du volcan. Le colonel de l’ambassade de France au Rwanda vint me trouver, affol&#xe9;. &#xab; Mais enfin, monsieur, cette exp&#xe9;dition n’est pas de la capacit&#xe9; d’une femme. L’altitude, les dangers… Je vous le d&#xe9;conseille fortement. &#xbb;&lt;br /&gt;J’allai r&#xe9;p&#xe9;ter ses propos &#xe0; Mme Galley, ce qui la mit tr&#xe8;s en col&#xe8;re : &#xab; Il ne sait pas &#xe0; qui il a affaire. Je ne suis pas une femmelette, je suis quand m&#xea;me la fille du mar&#xe9;chal Leclerc. &#xbb;&lt;br /&gt;L’op&#xe9;ration fut donc d&#xe9;cid&#xe9;e.&lt;br /&gt;Nous part&#xee;mes de Kigali, accompagn&#xe9;s du colonel, d’un commandant et d’un capitaine de l’arm&#xe9;e fran&#xe7;aise. Seul le d&#xe9;put&#xe9; vint, les journalistes &#xe9;tant rest&#xe9;s tranquillement &#xe0; l’h&#xf4;tel. Le soir, nous arriv&#xe2;mes dans un campement au pied des volcans. Il y avait quelques maisons de coop&#xe9;rants, o&#xf9; nous f&#xfb;mes h&#xe9;berg&#xe9;s pour la nuit.&lt;br /&gt;&#xc0; quatre heures du matin, grand d&#xe9;part.&lt;br /&gt;Mme Galley savait o&#xf9; se trouvait Diane Fossey, et nous grimp&#xe2;mes pendant environ quatre heures dans une for&#xea;t vierge hostile. Au fur et &#xe0; mesure de l’ascension, les militaires, &#xe9;puis&#xe9;s, faisaient demi-tour les uns apr&#xe8;s les autres, et je finis par me retrouver seul avec Mme Galley et le d&#xe9;put&#xe9;.&lt;br /&gt;Nous trouv&#xe2;mes enfin le camp de Diane Fossey, qui avait &#xe9;t&#xe9; pr&#xe9;venue de notre arriv&#xe9;e via les syst&#xe8;mes de communication dont elle disposait. Elle nous accueillit chaleureusement avec ses assistantes et assistants, qui l’aidaient dans ses recherches. Elle nous offrit le th&#xe9; et nous bavard&#xe2;mes un moment. Puis, bien s&#xfb;r, nous all&#xe2;mes droit au but.&lt;br /&gt;&#xab; Pouvez-vous nous aider &#xe0; voir les gorilles ?&lt;br /&gt;&#xab; Oui &#xbb;, r&#xe9;pondit-elle &#xab; mais &#xe0; certaines conditions, notamment, dans le cas o&#xf9; l’on se retrouverait nez &#xe0; nez avec un gorille, il faut s’agenouiller et faire semblant de brouter en poussant des r&#xe2;les de soumission pour bien lui reconna&#xee;tre sa sup&#xe9;riorit&#xe9; de dominant. &#xbb;&lt;br /&gt;Il est arriv&#xe9; qu’un jour, un intrus d&#xe9;clarant qu’il n’allait tout de m&#xea;me pas se se soumettre et s’accroupir devant un animal se retrouve plusieurs m&#xe8;tres plus loin avec une morsure &#xe0; la fesse, en train de gratter la terre fr&#xe9;n&#xe9;tiquement, &#xe0; la mesure de sa frayeur.&lt;br /&gt;Elle nous adjoignit deux guides, un Am&#xe9;ricain et un Africain, plus deux ou trois autres accompagnateurs. Et nous part&#xee;mes – il devait &#xea;tre neuf heures du matin – le pas alerte, impatients de voir ces b&#xea;tes rarissimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux environs de midi, la femme du ministre commen&#xe7;a &#xe0; s’impatienter et &#xe0; exprimer son m&#xe9;contentement : nous n’avions toujours aper&#xe7;u aucun gorille. Le guide africain partit en courant et l’Am&#xe9;ricain nous expliqua que Diane Fossey l’avait charg&#xe9; de nous &#xe9;garer. Ayant piti&#xe9; de nous, il d&#xe9;cida de nous conduire malgr&#xe9; tout vers les fameux animaux. Tout d’un coup, j’entendis des roulements de tambour impressionnants. Ce son inattendu dans cet environnement sauvage &#xe9;tait en r&#xe9;alit&#xe9; produit par les gorilles se frappant le torse. Une terreur nous envahit, mes compagnons et moi, car nous ne nous attendions pas &#xe0; quelque chose d’aussi spectaculaire. Nous appliqu&#xe2;mes sans difficult&#xe9; aucune les consignes de Diane Fossey et nous retrouv&#xe2;mes tous les trois &#xe0; quatre pattes en train de faire semblant de brouter. Deux ou trois gorilles s’approch&#xe8;rent, nous fix&#xe8;rent un tr&#xe8;s long moment du haut de leurs deux m&#xe8;tres, puis all&#xe8;rent gambader ailleurs en nous ignorant.&lt;br /&gt;Alors que nous &#xe9;tions accroupis, nous aper&#xe7;&#xfb;mes tout &#xe0; coup une femelle accroupie comme nous qui nous d&#xe9;visageait, son b&#xe9;b&#xe9; dans les bras, tout pr&#xe8;s de nous. Elle ne bougeait pas, ne r&#xe9;agissait pas &#xe0; notre pr&#xe9;sence. Nous sommes rest&#xe9;s ainsi de longues minutes. Ne sachant que faire, nous avons fini par partir &#xe0; reculons, discr&#xe8;tement, pour ne pas l’inqui&#xe9;ter.&lt;br /&gt;Depuis quelque temps d&#xe9;j&#xe0;, nous avions remarqu&#xe9; des avions qui nous recherchaient ; il faut dire que notre petite balade &#xe9;tait cens&#xe9;e durer quelques heures. Mais Mme Galley &#xe9;tait d&#xe9;termin&#xe9;e &#xe0; ne pas revenir sans avoir vu les gorilles.&lt;br /&gt;Il &#xe9;tait quatre heures de l’apr&#xe8;s-midi.&lt;br /&gt;&#xc0; Kigali, l’inqui&#xe9;tude devait monter. Nous redescend&#xee;mes au pas de course.&lt;br /&gt;Nous rentr&#xe2;mes &#xe0; temps pour le sommet. L&#xe0;, je fus attrap&#xe9; par le ministre, qui me prit &#xe0; part et me dit : &#xab; On est vraiment copains, Alain. Des avions vous recherchent depuis quatorze heures. La version officielle, c’est que vous vous &#xea;tes perdus, car je connais ma femme : elle s’est obstin&#xe9;e &#xe0; les trouver, ces gorilles…&lt;br /&gt;Une autre anecdote me revient :&lt;br /&gt;Le ministre &#xe9;tait un passionn&#xe9; de papillons.&lt;br /&gt;Dans le hall de l’h&#xf4;tel, ayant aper&#xe7;u un papillon pos&#xe9; presque au plafond, il me dit : &#xab; Alain, trouvez-moi une &#xe9;chelle. &#xbb; Ce que je fis. De son c&#xf4;t&#xe9;, il s’&#xe9;tait procur&#xe9; un bocal contenant du chloroforme. Il &#xe9;tait cocasse de voir ce ministre fran&#xe7;ais haut perch&#xe9; sur une &#xe9;chelle (tr&#xe8;s longue, je dois pr&#xe9;ciser) dans le hall de ce grand h&#xf4;tel bourr&#xe9; d’hommes politiques, de journalistes et de repr&#xe9;sentants de l’ordre, attraper ce simple l&#xe9;pidopt&#xe8;re. Lorsqu’il fut redescendu, il me dit : &#xab; C’est pour ma collection. &#xbb; Cela paraissait &#xe9;vident.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 25 Nov 2008 09:39:53 GMT</pubDate></item><item><title>Tchad 3</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2008/11/11/11321938.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2008/11/11/11321938.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/11321938/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2008/11/11/11321938.html</guid><description>&lt;p&gt;Le gouvernement d’union nationale n’avait pas tenu tr&#xe8;s longtemps et Hissein Habr&#xe9; avait post&#xe9; ses troupes non loin du centre de N’djamena. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#xe9;sident Malloum m’envoya &#xe0; Paris pour demander au gouvernement fran&#xe7;ais quel serait son comportement au cas o&#xf9; il se trouverait agress&#xe9;. Le ministre r&#xe9;pondit que si le gouvernement l&#xe9;gitime tchadien &#xe9;tait agress&#xe9;, la France le d&#xe9;fendrait. Lorsque j’appris cette nouvelle au pr&#xe9;sident, il l’interpr&#xe9;ta &#xe0; sa fa&#xe7;on et pensa que la France serait &#xe0; ses c&#xf4;t&#xe9;s m&#xea;me si c’&#xe9;tait lui l’agresseur. Il d&#xe9;clencha donc les hostilit&#xe9;s contre Hissein Habr&#xe9;, ce qui provoqua une guerre civile entre les gens du sud et les gens du nord. Les r&#xf4;le des miltaires fran&#xe7;ais, au d&#xe9;part, se bornait &#xe0; prot&#xe9;ger les ressortissants fran&#xe7;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretemps, je m’&#xe9;tais install&#xe9; dans une maison, dans N’Djamena. Un jour, il arriva un incident comique. Je recevais une amie venue de Paris. Un soir, elle rentra et demanda &#xe0; mon gardien : &#xab; O&#xf9; est Monsieur ? &#xbb;. Il r&#xe9;pondit : &#xab; Hommes venir prendre Monsieur avec mitraillettes et emmener dans camion. &#xbb; &lt;br /&gt;Aussit&#xf4;t, affol&#xe9;e et passablement hyst&#xe9;rique, elle appela l’ambassadeur, qui se trouvait dans une soir&#xe9;e, pour lui rapporter l’&#xe9;v&#xe9;nement. L’ambassadeur fut lui aussi vite persuad&#xe9; qu’il s’agissait d’un enl&#xe8;vement et alerta les services sp&#xe9;cialis&#xe9;s pour me retrouver. &lt;br /&gt;Peu apr&#xe8;s, un voisin la rassura en lui expliquant que j’&#xe9;tais en fait &#xe0; la Pr&#xe9;sidence (les gens du pays appelaient les voitures des camions). Imm&#xe9;diatement, elle d&#xe9;crocha le t&#xe9;l&#xe9;phone, appela la Pr&#xe9;sidence et demanda &#xe0; me parler. J’&#xe9;tais en rendez-vous avec le pr&#xe9;sident, qui d&#xe9;crocha, &#xe9;couta et me tendit le t&#xe9;l&#xe9;phone : &#xab; C’est pour vous. &#xbb;. Je m’excusai d’&#xea;tre ainsi appel&#xe9; dans son propre bureau, et d&#xe8;s qu’elle entendit ma voix, mon amie m’abreuva de reproches, qui &#xe9;videmment s’entendaient dans la pi&#xe8;ce. J’essayai de lui expliquer que tout cela n’&#xe9;tait pas grave mais cela ne servait qu’&#xe0; faire redoubler ses dol&#xe9;ances. Le contrecoup de la peur.&lt;br /&gt;Plus tard, j’arrivai &#xe0; la soir&#xe9;e de l’ambassadeur, un grand sourire aux l&#xe8;vres. Il se pr&#xe9;cipita sur moi et me demanda des explications. Je lui expliquai le malentendu. Lui ne souriait pas du tout. &#xab; Vous direz &#xe0; votre petite amie que la prochaine fois, elle ait les nerfs plus solides &#xbb;, me d&#xe9;clara-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment o&#xf9; les hostilit&#xe9;s d&#xe9;marr&#xe8;rent, je rentrais chez moi en voiture et j’&#xe9;tais stup&#xe9;fait de voir des corps tomber sur la grande place que je traversais. Je conduisis donc allong&#xe9; sur le si&#xe8;ge avant en essayant de jeter quelques coups d’œil de temps en temps sur la route. &#xc7;a tirait de toutes parts. J’arrivai sain et sauf, et retrouvai deux journalistes et l’amie en question. Nous avions l’impression d’&#xea;tre sous un sinistre feu d’artifice du 14 juillet. Les deux parties &#xe9;tant super-arm&#xe9;es, l’une par la France, l’autre par la Lybie, le feu &#xe9;tait incessant et aliment&#xe9; notamment par des canons qui causaient de gros d&#xe9;g&#xe2;ts. Nous &#xe9;tions bloqu&#xe9;s dans cette maison, sans &#xe9;lectricit&#xe9;, et devions passer &#xe0; quatre pattes sous les fen&#xea;tres pour &#xe9;viter les projectiles. Je me souviens m&#xea;me avoir dormi une nuit sous le lit. Cela dura pr&#xe8;s d’une semaine avant de se calmer.&lt;br /&gt;J’enterrai mes armes dans le jardin ainsi que divers papiers pour &#xe9;viter de montrer &#xe0; d’&#xe9;ventuels visiteurs qui j’&#xe9;tais pr&#xe9;cis&#xe9;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les faubourgs de N’Djamena, &#xe9;taient bloqu&#xe9;s des coop&#xe9;rants fran&#xe7;ais, priv&#xe9;s d’eau et d’&#xe9;lectricit&#xe9;. &#xc0; quelques-uns, nous d&#xe9;cid&#xe2;mes d’aller &#xe0; leur secours. Nous part&#xee;mes avec des Jeep pour les r&#xe9;cup&#xe9;rer. J’avais un copain qui &#xe9;tait un grand chasseur d’&#xe9;l&#xe9;phants. Sur un mur de sa maison, une grande affiche repr&#xe9;sentait des &#xe9;l&#xe9;phants pris de face. La premi&#xe8;re fois que je l’avais vue, je lui avais dit : &#xab; ce doit &#xea;tre terriblement impressionnant de tirer sur un animal pareil, surtout si tu le rates. &#xbb; &#xab; La meilleure fa&#xe7;on, c’est de le toucher l&#xe0; &#xbb;, m’avait-il r&#xe9;pondu en d&#xe9;signant le front de l’animal avec son doigt. Ce jour-l&#xe0;, il re&#xe7;ut une balle en plein front, pr&#xe9;cis&#xe9;ment &#xe0; l’endroit qu’il m’avait montr&#xe9; sur l’&#xe9;l&#xe9;phant. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les &#xe9;trangers, fran&#xe7;ais et autres, fuyait vers l’a&#xe9;roport militaire, o&#xf9; des Transall, avions de transport militaire, avaient pour mission de les rapatrier dans leurs pays.&lt;br /&gt;Nous avions install&#xe9;, avec le personnel de l’ambassade, des tables de contr&#xf4;le d’identit&#xe9;, et les avions d&#xe9;collaient les uns apr&#xe8;s les autres. La panique &#xe9;tait grande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous, les quelques-uns qui avions d&#xe9;cid&#xe9; de rester pour aider les &#xe9;vacuations, n’&#xe9;tions pas loin de penser que ces cooop&#xe9;rants qui avaient bien profit&#xe9; du Tchad se sauvaient bien vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je fus, avec les derniers, rapatri&#xe9; en Transall pour Paris.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 11 Nov 2008 17:03:59 GMT</pubDate></item><item><title>Tchad 2</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2008/10/28/11141901.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2008/10/28/11141901.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/11141901/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2008/10/28/11141901.html</guid><description>&lt;p&gt;Le commandant responsable des services secrets de l’arm&#xe9;e fran&#xe7;aise me proposa un jour de l’accompagner dans un Puma (h&#xe9;licopt&#xe8;re de combat) pour visiter un camp de l&#xe9;gionnaires situ&#xe9; &#xe0; la ligne de d&#xe9;marcation.&lt;br /&gt;Nous part&#xee;mes donc &#xe9;quip&#xe9;s de casques et survol&#xe2;mes les &#xe9;l&#xe9;phants et divers animaux. Les portes de c&#xf4;t&#xe9; &#xe9;taient ouvertes, et une grosse mitrailleuse pr&#xea;te &#xe0; intervenir. Ambiance.&lt;br /&gt;Soudain le pilote nous annon&#xe7;a qu’une des pales de l’h&#xe9;licopt&#xe8;re &#xe9;tait en train de se fendre. Il s’en &#xe9;tait rendu compte car son tableau de bord lui signalait qu’elle n’&#xe9;tait plus &#xe9;tanche. Nous r&#xe9;uss&#xee;mes quand m&#xea;me &#xe0; atterrir dans le camp et on nous apprit qu’il fallait attendre deux jours la livraison d’une nouvelle pale.&lt;br /&gt;Le commandant me pr&#xe9;senta aux officiers. Il faisait une chaleur &#xe9;touffante.&lt;br /&gt;On m’indiqua ma tente, que je partageais avec un l&#xe9;gionnaire. Moi qui avais &#xe9;chapp&#xe9; au service militaire…&lt;br /&gt;On m’expliqua qu’il ne fallait pas trop s’exposer de peur de se faire tuer par les membres du Frolinat.&lt;br /&gt;Tout d’un coup je d&#xe9;clenchai l’hilarit&#xe9; g&#xe9;n&#xe9;rale parce qu’une esp&#xe8;ce de gros insecte s’&#xe9;tait mis &#xe0; tourner autour de moi sans rel&#xe2;che. Mes gesticulations grotesques m’auraient fait passer pour un fou.&lt;br /&gt;Le soir, je me fourrai sous ma moustiquaire et essayai de m’endormir. Je vis entrer mon compagnon de tente qui alluma une bougie dans une soucoupe en fer, sans rien dire, et se mit &#xe0; &#xe9;crire. On se serait cru dans P&#xe9;p&#xe9; le Moko. Je mis un temps fou &#xe0; trouver le sommeil.&lt;br /&gt;Au bout de deux jours, la pale arriva, nous repart&#xee;mes et rentr&#xe2;mes &#xe0; N’Djamena.&lt;br /&gt;&#xc0; la suite de cela, j’eus la surprise de recevoir un certificat du Minist&#xe8;re des Arm&#xe9;es attestant que je m’&#xe9;tais bien comport&#xe9; durant cette p&#xe9;rilleuse exp&#xe9;dition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une de mes missions principales consistait &#xe0; remettre en route la radio tchadienne, qui &#xe9;tait assez d&#xe9;grad&#xe9;e. Le mat&#xe9;riel &#xe9;tait d&#xe9;t&#xe9;rior&#xe9;. En face de nous, la radio lybienne &#xe9;mettait clairement et, bien entendu, nous stigmatisait.&lt;br /&gt;La France &#xe9;mettait, elle, par Radio France International des &#xe9;missions de mauvaise qualit&#xe9; technique, et en plus nous donnait ici, au cœur de l’Afrique, l’&#xe9;tat des embouteillages sur le p&#xe9;riph&#xe9;rique parisien, la m&#xe9;t&#xe9;o fran&#xe7;aise, bref tout ce qui ne passionnait personne.&lt;br /&gt;Il y avait aussi comme radio, extr&#xea;mement puissante et claire, Radio Moscou (sp&#xe9;ciale Afrique) qui, en langue fran&#xe7;aise parfaite, nous arrosait de tous les m&#xe9;faits du monde, nous les m&#xe9;chants colonialistes imp&#xe9;rialistes esclavagistes…&lt;br /&gt;Donc Radio N’Djamena &#xe9;tait quasiment muette.&lt;br /&gt;Je roulais le soir avec mon transistor de voiture pour voir jusqu’o&#xf9; on captait Radio N’Djamena. Un soir, sans m’en rendre compte, j’entrai tr&#xe8;s vite dans une zone militaire qui gardait les r&#xe9;serves d’essence. Je fus cern&#xe9; par des militaires qui braqu&#xe8;rent tous leur fusil sur mon visage. Bien s&#xfb;r, je m’&#xe9;tais arr&#xea;t&#xe9; et j’attendais la fin.&lt;br /&gt;Voyant &#xe0; la lumi&#xe8;re de leurs torches que j’&#xe9;tais blanc, ils me demand&#xe8;rent ce que je faisais l&#xe0;, et je sortis mes papiers officiels de conseiller du pr&#xe9;sident. Cela les calma et ils me firent simplement quitter les lieux. J’eus quelques su&#xe9;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant &#xe0; peu pr&#xe8;s cern&#xe9; la zone d’&#xe9;coute de Radio N’Djamena, je sollicitai aupr&#xe8;s du minist&#xe8;re de la coop&#xe9;ration des moyens pour &#xe9;quiper de neuf la radio. Je demandai au directeur de la radio tchadienne de quoi il avait besoin. Il sugg&#xe9;ra &#xe9;norm&#xe9;ment de choses, notamment toutes les encyclop&#xe9;dies fran&#xe7;aises existantes, du mat&#xe9;riel de prise de son, et deux Quatrelle. Les Quatrelle avaient disparu le lendemain dans la brousse, mais le mat&#xe9;riel d’&#xe9;mission, lui, &#xe9;tait bien sous clef.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, Radio N’Djamena reprit du service et fut m&#xea;me mentionn&#xe9;e par l’AFP, ce qui enchanta mon ministre fran&#xe7;ais.&lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 28 Oct 2008 17:01:41 GMT</pubDate></item><item><title>Tchad 1</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2008/10/13/10933472.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2008/10/13/10933472.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/10933472/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2008/10/13/10933472.html</guid><description>&lt;p&gt;Je devais &#xea;tre contact&#xe9; par les gens de l’Administration pour officialiser mon poste. &lt;br /&gt;Mais rien ne venait.&lt;br /&gt;Je restais donc chez Raymonde, et j’attendais.&lt;br /&gt;Mes amis me disaient : &#xab; Mais tu r&#xea;ves, mon pauvre gar&#xe7;on, pourquoi veux-tu qu’un ministre qui a le choix entre tous les &#xe9;narques et autres professionnels de la politique te prenne dans son cabinet, toi qui n’as m&#xea;me pas ton bac ? Tu sais, ces gens-l&#xe0; disent n’importe quoi. &#xbb;&lt;br /&gt;Mais moi, je tenais bon. J’&#xe9;tais persuad&#xe9; que le ministre de la Coop&#xe9;ration avait &#xe9;t&#xe9; sinc&#xe8;re et que tout cela &#xe9;tait d&#xfb; &#xe0; la lenteur bien connue de l’Administration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout d’une quinzaine de jours, je lui &#xe9;crivis une lettre, o&#xf9; je lui exprimais mon &#xe9;tonnement face &#xe0; ce silence, et concluais : &#xab; J’ai d&#xfb; faire quelque chose qui ne vous a pas plu, monsieur le ministre, mais j’aimerais au moins savoir quoi. &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le surlendemain, j’&#xe9;tais dans son bureau. D&#xe8;s qu’il avait re&#xe7;u la lettre, il m’avait fait appeler. Il se montra navr&#xe9; qu’on m’ait laiss&#xe9; ainsi sans nouvelles.&lt;br /&gt;Mais lui, en avait une bonne &#xe0; m’annoncer :&lt;br /&gt;&#xab; Je viens de voir le pr&#xe9;sident de la R&#xe9;publique, il m’a demand&#xe9; d’envoyer un conseiller de haut niveau, j’insiste bien sur ces propos, de haut niveau, pour assister le pr&#xe9;sident de la R&#xe9;publique du Tchad qui, comme vous le savez (je n’en savais rien du tout) est au bord de la guerre civile avec Hissein Habr&#xe9;. Sur nos instances, le pr&#xe9;sident F&#xe9;lix Malloum et Hissein Habr&#xe9; ont cr&#xe9;&#xe9; un gouvernement d’union nationale dans lequel Hissein Habr&#xe9;, comme vous le savez, est premier ministre. &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hissein Habr&#xe9; &#xe9;tait le chef rebelle du Frolinat, Front de lib&#xe9;ration nationale du Tchad, et &#xab; tenait &#xbb; toute la partie nord du Tchad avec ses troupes d’hommes du d&#xe9;sert. De rebelle, il en avait l’allure avec son turban, sa cartouchi&#xe8;re crois&#xe9;e sur la poitrine et ses lunettes de soleil r&#xe9;fl&#xe9;chissantes.&lt;br /&gt;Au sud d’une ligne de d&#xe9;marcation qui coupait &#xe0; peu pr&#xe8;s le Tchad en deux, &#xe9;tait la zone verte du pays o&#xf9; se situait N’Djamena, la capitale, si&#xe8;ge de la pr&#xe9;sidence de la r&#xe9;publique.&lt;br /&gt;Les forces d’Hissein Habr&#xe9; &#xe9;taient soutenues par les Lybiens frontaliers, qui leur fournissaient assistance militaire et armes pour envahir le sud du Tchad et nous jeter dehors par la m&#xea;me occasion. &lt;br /&gt;Mais une forte pr&#xe9;sence militaire fran&#xe7;aise install&#xe9;e au sud bloquait cette ligne de d&#xe9;marcation et emp&#xea;chait toute invasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela venait du fait qu’au dix-neuvi&#xe8;me si&#xe8;cle, quand les responsables politiques fran&#xe7;ais ont d&#xe9;cid&#xe9; de cr&#xe9;er les fronti&#xe8;res du Tchad, ils pensaient na&#xef;vement qu’en associant une r&#xe9;gion verte avec une r&#xe9;gion d&#xe9;sertique, la r&#xe9;gion verte florissante nourrirait la r&#xe9;gion du nord avec bienveillance. En fait, ces m&#xea;mes politiques ont favoris&#xe9; l’&#xe9;ducation et l’enseignement des habitants du sud pour en faire des dirigeants du pays. Malheureusement, les administrateurs et responsables de toutes sortes qui sont sortis de nos &#xe9;coles et nos universit&#xe9;s sont all&#xe9;s plut&#xf4;t racketter le nord que l’alimenter. D’o&#xf9; cette r&#xe9;bellion bien install&#xe9;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ligne de d&#xe9;marcation &#xe9;tait bord&#xe9;e de camps de l&#xe9;gionnaires fran&#xe7;ais qui emp&#xea;chaient toute invasion p&#xe9;destre, mais les chasseurs fran&#xe7;ais, en contact direct avec le pr&#xe9;sident Val&#xe9;ry Giscard d’Estaing – qui prenait l’Afrique tr&#xe8;s au s&#xe9;rieux – avaient mission de tirer sur toute troupe la franchissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de partir pour cette mission &#xe0; dur&#xe9;e ind&#xe9;termin&#xe9;e, il fallait qu’on me fournisse un ordre de mission et des billets d’avion. Ma grosse Samsonite &#xe9;tait pr&#xea;te, d’ailleurs je ne l’avais pas vraiment d&#xe9;ball&#xe9;e chez ma m&#xe8;re, hormis pour tout laver. En fait, elle me servait de placard pour mes affaires de Djibouti. &lt;br /&gt;Au bout de deux jours, j’allai au Minist&#xe8;re voir un peu o&#xf9; en &#xe9;taient ces formalit&#xe9;s. Je tombai sur le ministre, qui s’&#xe9;cria : &#xab; Qu’est-ce que vous foutez l&#xe0; ? &#xbb; Je pensai imm&#xe9;diatement que j’&#xe9;tais vir&#xe9;, jusqu’&#xe0; ce qu’il ajoute : &#xab; Je viens de voir le pr&#xe9;sident de la R&#xe9;publique ce matin, et je lui ai dit que vous &#xe9;tiez parti. &#xbb;&lt;br /&gt;&#xab; Mais monsieur le ministre, je n’ai pas re&#xe7;u mon ordre de mission. &#xbb; &#xab; Quoi ? J’ai pourtant donn&#xe9; des instructions. Venez avec moi. &#xbb;&lt;br /&gt;Nous all&#xe2;mes dans son bureau, il prit le t&#xe9;l&#xe9;phone, appela le directeur du personnel du Minist&#xe8;re, et demanda : &#xab; Comment se fait-il que monsieur A. C. n’ait pas encore re&#xe7;u son ordre de mission pour le Tchad ? &#xbb; Son interlocuteur lui r&#xe9;pondit : &#xab; Ce monsieur n’a pas son bac. &#xbb;&lt;br /&gt;- Qu’est-ce que vous voulez que &#xe7;a me foute, c’est en plus un ordre du pr&#xe9;sident de la R&#xe9;publique.&lt;br /&gt;- D&#xe9;sol&#xe9;, monsieur le ministre, je ne peux pas satisfaire votre demande, car ce monsieur n’a pas son bac. Il faut que vous r&#xe9;digiez un d&#xe9;cret pour me d&#xe9;douaner.&lt;br /&gt;Le ministre raccrocha, furieux, et dicta un d&#xe9;cret, ou un arr&#xea;t&#xe9;, je ne sais plus, &#xe0; quelqu’un. Puis il se tourna vers moi, et soupira : &#xab; Vous voyez, A., le ministre ne fait pas la loi dans son propre minist&#xe8;re. &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#xc0; la suite de cela, je partis rapidement. Ma pauvre m&#xe8;re resta seule, ne comprenant rien &#xe0; cette vie de danger, elle qui r&#xea;vait pour moi d’un poste &#xe0; la SNCF…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ministre m’avait r&#xe9;dig&#xe9; une lettre pour le pr&#xe9;sident tchadien lui annon&#xe7;ant mon arriv&#xe9;e et le r&#xf4;le que je devais jouer, &#xe0; savoir conseil et assistance. Comme j’&#xe9;tais impos&#xe9;, je fus re&#xe7;u par les autorit&#xe9;s tchadiennes avec politesse, mais distance frisant la d&#xe9;sapprobation. J’&#xe9;tais plut&#xf4;t mal &#xe0; l’aise. Heureusement, le g&#xe9;n&#xe9;ral commandant les troupes fran&#xe7;aises, ainsi que l’ambassadeur, m’accueillirent, eux, avec soulagement.&lt;br /&gt;J’&#xe9;tais plut&#xf4;t g&#xea;n&#xe9;, car ces deux personnages importants comptaient sur moi alors qu’une fois encore, je ne connaissais absolument rien &#xe0; la politique locale et ne savais surtout pas ce que j’avais &#xe0; faire.&lt;br /&gt;Nous d&#xe9;cid&#xe2;mes d’une r&#xe9;union chaque matin &#xe0; l’Ambassade de France pour nous tenir au courant des potins militaires et politiques de nos amis tchadiens.&lt;br /&gt;Je fus install&#xe9; dans un tr&#xe8;s bel h&#xf4;tel au bord du fleuve Chari, et me rendais chaque jour au palais pr&#xe9;sidentiel, dans l’ancien quartier du gouverneur fran&#xe7;ais &#xe0; l’&#xe9;poque de la colonie, quartier enti&#xe8;rement occup&#xe9; dor&#xe9;navant par la garde du pr&#xe9;sident compos&#xe9;e de chars, d’auto-mitrailleuses et de nombreuses troupes. Pour y acc&#xe9;der, il fallait s’arr&#xea;ter trente m&#xe8;tres avant la barri&#xe8;re de contr&#xf4;le. Un jour, un Fran&#xe7;ais n’ayant pas vu le panneau Stop est all&#xe9; directement &#xe0; la barri&#xe8;re. Il s’est fait tuer. &#xc9;videmment, nous &#xe9;tions respectueux de cette r&#xe9;glementation. Le planton venait avec m&#xe9;fiance regarder l’int&#xe9;rieur de la voiture, et une fois qu’on avait montr&#xe9; patte blanche, il nous laissait entrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On m’avait install&#xe9; dans un bureau &#xe0; c&#xf4;t&#xe9; de celui du pr&#xe9;sident, mais qui ne m’appelait jamais et ne me demandait jamais rien. Donc je ne faisais rien. En revanche, Hissein Habr&#xe9;, le premier ministre, voyait un certain int&#xe9;r&#xea;t &#xe0; ce qu’on &#xe9;change des id&#xe9;es. Et je me retrouvai finalement conseiller de son ministre de l’information, un homme intelligent avec qui je passais de bons moments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’ambiance g&#xe9;n&#xe9;rale &#xe9;tait tr&#xe8;s tendue, parce que cette alliance entre des ennemis de toujours ne fonctionnait pas bien. &lt;br /&gt;Le g&#xe9;n&#xe9;ral fran&#xe7;ais m’avait propos&#xe9; la collaboration d’un de ses adjoints, un commandant responsable du Deuxi&#xe8;me Bureau. Homme brillant et sympathique avec qui j’arrivai finalement, enfin, &#xe0; travailler. Il m’avait fourni un fusil mitrailleur et un pistolet 9 mm &#xe9;gyptien, et m’emmenait &#xe0; l’entra&#xee;nement de tir r&#xe9;guli&#xe8;rement. C’est plut&#xf4;t amusant de tirer sur des cibles, mais l&#xe0; j’&#xe9;tais dans un contexte de guerre et cela me faisait beaucoup moins rire, et me terrifiait m&#xea;me pas mal. J’imaginais avec angoisse le jour o&#xf9; je serais cens&#xe9; devoir m’en servir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me souviens d’un matin o&#xf9;, pour me rendre au palais, je fus oblig&#xe9; de passer &#xe0; travers une haie de combattants d’Hissein Habr&#xe9;, mitraillette au poing, qui &#xe9;taient l&#xe0; &#xe0; cause d’un conseil des ministres se d&#xe9;roulant &#xe0; l’int&#xe9;rieur du palais. Difficile d’&#xea;tre d&#xe9;tendu en songeant que l’un de ces guerriers pouvait appuyer sur la d&#xe9;tente et vous transformer en chair &#xe0; p&#xe2;t&#xe9;e.&lt;br /&gt;La situation d’alliance fragile ne dura naturellement pas longtemps et tout d&#xe9;g&#xe9;n&#xe9;ra…&lt;/p&gt;</description><pubDate>Mon, 13 Oct 2008 09:24:06 GMT</pubDate></item><item><title>Retour en France</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2008/09/30/10773361.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2008/09/30/10773361.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/10773361/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2008/09/30/10773361.html</guid><description>&lt;p&gt;	Je n’&#xe9;tais pas m&#xe9;content de retrouver la France, sa s&#xe9;curit&#xe9;, son climat et mes amis.&lt;br /&gt;	Je suis all&#xe9; m’installer chez ma m&#xe8;re, Raymonde, qui avait toujours une place sur son canap&#xe9; pour moi, et probablement une assiette bien remplie de poisson au court-bouillon et de carottes bouillies. Pour &#xe9;viter cette &#xe9;preuve, je l’ai emmen&#xe9;e manger des fruits de mer avec mon copain Pierre Briant qui m’attendait &#xe0; l’a&#xe9;roport.&lt;br /&gt;	Le lendemain matin, assis sur le canap&#xe9;, je r&#xe9;fl&#xe9;chissais &#xe0; mon avenir imm&#xe9;diat. En effet, Djibouti &#xe9;tant devenu autonome, la France ne me consid&#xe9;rait pas comme un fonctionnaire et n’avait aucun compte &#xe0; me rendre. Je n’&#xe9;tais donc m&#xea;me pas au ch&#xf4;mage. &#xc0; onze heures du soir (apr&#xe8;s le poisson au court-bouillon), le t&#xe9;l&#xe9;phone sonna. Il s’agissait de l’attach&#xe9;e de presse du ministre de la coop&#xe9;ration, Robert Galley, que j’avais rencontr&#xe9;e sur le bateau le fameux jour o&#xf9; il souhaitait faire de la plong&#xe9;e.&lt;br /&gt;	Elle me dit : &#xab; Pouvez-vous &#xea;tre demain matin &#xe0; huit heures dans le bureau du ministre ? &#xbb;&lt;br /&gt;	J’&#xe9;tais suffoqu&#xe9;. Bien entendu, j’acquies&#xe7;ai.&lt;br /&gt;	Je fus introduit dans le bureau du ministre &#xe0; huit heures tapantes. Il me re&#xe7;ut chaleureusement avec une poign&#xe9;e de mains en m’appelant par mon pr&#xe9;nom, et me d&#xe9;clara : &#xab; Je me souviens tr&#xe8;s bien de vous, quand vous m’avez fait remettre mon masque de plong&#xe9;e &#xe0; l’endroit. J’ai appris que vous &#xe9;tiez rentr&#xe9; de Djibouti. Savez-vous &#xe9;crire ? &#xbb;&lt;br /&gt;	Imaginez ma surprise. Qu’est-ce que cela voulait bien dire ?&lt;br /&gt;	Je r&#xe9;pondis timidement oui, et le ministre me dit : &#xab; C’est parfait, voulez-vous partir &#xe0; Troyes vous occuper de ma campagne &#xe9;lectorale pour les &#xe9;lections l&#xe9;gislatives ? Car en effet, la coordination ne se passe pas tr&#xe8;s bien l&#xe0;-bas et j&apos;ai besoin de quelqu&apos;un, or, il est interdit d&apos;envoyer du personnel du minist&#xe8;re pour une campagne &#xe9;lectorale.&quot; &lt;br /&gt;	J’&#xe9;tais de plus en plus d&#xe9;rout&#xe9;, car moi qui n’avais m&#xea;me pas mon bac, je me retrouvais devant un ministre qui me proposait une mission pour laquelle je n’avais aucune exp&#xe9;rience, dont je n’avais aucune notion.&lt;br /&gt;	Je me hasardai tout de m&#xea;me &#xe0; demander quelle serait ma fonction exacte. Je savais quand m&#xea;me qu’il &#xe9;tait d&#xe9;put&#xe9;-maire de la ville.&lt;br /&gt;	&#xab; Organiser la communication, vous occuper de l’affichage, pr&#xe9;parer mes discours. &#xbb;&lt;br /&gt;	L’aubaine &#xe9;tait trop bonne. J’acceptai.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;	Je me retrouvai &#xe0; Troyes, dans un h&#xf4;tel, accueilli par des responsables municipaux dont certains &#xe9;taient &#xe0; ma disposition. Pour bien prendre les choses en main, je me dis qu’il fallait savoir coller des affiches aussi bien, sinon mieux, que les b&#xe9;n&#xe9;voles qui s’y &#xe9;taient propos&#xe9;s. Alors j’allai chez un colleur d’affiches qui m’apprit &#xe0; coller avec un grand balai des affiches de 4 m sur 3. Le chef doit savoir coller.&lt;br /&gt;	J’organisai donc des campagnes d’affichage, avec les quelques incidents in&#xe9;vitables propres &#xe0; ce type d’op&#xe9;ration.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;	L&#xe0; o&#xf9; les choses se sont un peu cors&#xe9;es, c’est quand le ministre est arriv&#xe9; &#xe0; Troyes pour ses tourn&#xe9;es &#xe9;lectorales, ses discours et des articles &#xe0; publier dans la presse. C’est &#xe0; ce moment-l&#xe0; que j’ai r&#xe9;alis&#xe9; dans quelle gal&#xe8;re je m’&#xe9;tais embarqu&#xe9;. Tous les hommes publics font pr&#xe9;parer leurs discours par des conseillers, mais qui eux, viennent de l’ENA ou de Sciences Po et pas d’une bo&#xee;te de jazz. Je dois dire que je n’y connaissais absolument rien en politique et que, &#xe9;crire pour un ministre constituait un acte d’inconscience absurde et vou&#xe9; &#xe0; l’&#xe9;chec.&lt;br /&gt;	Le ministre me dit : &#xab; &#xc9;crivez-moi un texte d’une page pour le journal local, sur la folie que demandent les socialistes, le smig &#xe0; 600 F. &#xbb; Ce qui pour l’&#xe9;poque repr&#xe9;sentait une somme importante. Trop apparemment pour la majorit&#xe9;.&lt;br /&gt;	Et me voil&#xe0;, dans ma chambre d’h&#xf4;tel, avec un stylo et une feuille de papier. Je devais donc expliquer que le smig &#xe0; 600 F ruinerait la France.&lt;br /&gt;	Donc, j’expliquai que le smig &#xe0; 600 F allait ruiner la France. Je m’inspirai certainement d’autres articles parus dans d’autres journaux, mais je ne pouvais pas non plus plagier ouvertement des textes d&#xe9;j&#xe0; lus par &#xab; mon &#xbb; ministre.&lt;br /&gt;	Bref, l’article fut tr&#xe8;s bien accueilli, et je fus f&#xe9;licit&#xe9;. J’en &#xe9;crivis d’autres, pour des discours, sur d’autres th&#xe8;mes, avec l&#xe0; encore les compliments du ministre.&lt;br /&gt;	Il fut r&#xe9;&#xe9;lu au premier tour.&lt;br /&gt;	Il me f&#xe9;licita chaudement, et bien entendu, dans ces cas-l&#xe0;, on est consid&#xe9;r&#xe9; comme un peu responsable de la victoire. Il me proposa donc de rentrer &#xe0; son cabinet, &#xe0; Paris, au Minist&#xe8;re de la Coop&#xe9;ration, pour remplacer son attach&#xe9;e de presse qui partait en cong&#xe9;-maternit&#xe9;.&lt;br /&gt;	L&#xe0; encore, je fus estomaqu&#xe9;. Bien entendu, j’acceptai avec enthousiasme.&lt;br /&gt;	&lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 30 Sep 2008 13:21:00 GMT</pubDate></item><item><title>Djibouti8</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2008/09/30/10773306.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2008/09/30/10773306.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/10773306/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2008/09/30/10773306.html</guid><description>&lt;p&gt;Les f&#xea;tes de l’ind&#xe9;pendance se sont donc d&#xe9;roul&#xe9;es sans une goutte de sang, au grand dam des journalistes et de leur r&#xe9;daction. Mais pour moi et tous ceux qui &#xe9;taient charg&#xe9;s de l’organisation, c’&#xe9;tait un grand soulagement. &lt;/p&gt;&lt;p&gt;La suite se passa tout tranquillement, avec toujours une menace d’attentat qui planait venant d’&#xc9;thiophie. De plus, la guerre de l’Ogaden nous occupait pas mal, surtout &#xe0; cause des nombreux camps de r&#xe9;fugi&#xe9;s qui s’&#xe9;taient install&#xe9;s &#xe0; la fronti&#xe8;re avec la Somalie. La guerre de l’Ogaden affrontait l’Ethiopie et la Somalie, chacune ayant &#xe9;videmment des vis&#xe9;es sur Djibouti.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Nous essayions donc de participer le plus possible &#xe0; l’approvisionnement de ces camps, en plus de notre travail.&lt;br /&gt;Les journalistes &#xe9;taient beaucoup moins nombreux, mais cette guerre ravivait leur int&#xe9;r&#xea;t, naturellement ; Djibouti &#xe9;tait leur point de chute et moi leur interlocuteur.&lt;br /&gt;Ils voulaient avoir des informations sur la situation politique et militaire de la r&#xe9;gion et surtout des laisser-passer pour se rendre dans ces r&#xe9;gions o&#xf9; la circulation &#xe9;tait r&#xe9;glement&#xe9;e.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Sinon la vie &#xe0; Djibouti &#xe9;tait plut&#xf4;t calme. Nous partions le week-end en bateau de l’autre c&#xf4;t&#xe9; du golfe dans les villes de Tadjoura et d’Obock, petits ports encore &#xe9;quip&#xe9;s de b&#xe2;timents en dur (restaurants, maisons) assez chics, mais d&#xe9;sert&#xe9;s apr&#xe8;s avoir connu leur heure de gloire.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il y avait un d&#xe9;sert, le Grand Bara, une immensit&#xe9; de trente kilom&#xe8;tres de large entour&#xe9;e de hautes montagnes, avec comme seul rep&#xe8;re marquant la piste des galets plus ou moins parsem&#xe9;s. Ce d&#xe9;sert &#xe9;tait tr&#xe8;s peu fr&#xe9;quent&#xe9; et quand on se trouvait en plein milieu dans sa voiture, on avait un peu le vertige, en esp&#xe9;rant ne pas tomber en panne. Si j’en parle, c’est qu’il s’est produit un accident incroyable, qui arriva au p&#xe8;re d’un de mes amis.&lt;br /&gt;Il roulait avec sa Jeep vers la Somalie – normalement. Une autre voiture se dirigeait en sens inverse, arrivant de tr&#xe8;s loin. On localisait facilement un v&#xe9;hicule &#xe0; son nuage de poussi&#xe8;re. Ils avaient donc une trentaine de kilom&#xe8;tres de large pour se croiser, mais au fur et &#xe0; mesure qu’ils se rapprochaient, leur rep&#xe8;re devenait la voiture d’en face, et chacun des deux conducteurs se disait qu’au dernier moment, il allait s’&#xe9;carter, et l’autre aussi… sauf qu’au dernier moment, ils se sont rentr&#xe9; dedans de plein fouet et le p&#xe8;re de mon ami a &#xe9;t&#xe9; tu&#xe9; par cette collision. Stup&#xe9;fiant.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Depuis l’ind&#xe9;pendance, on avait nomm&#xe9; un patron de l’information djiboutien dont j’&#xe9;tais logiquement devenu le conseiller. Je m’entendais bien avec lui. Ma t&#xe2;che essentielle &#xe9;tait de lui pr&#xe9;senter les journalistes que je connaissais. Tous les postes administratifs de ce type ont &#xe9;t&#xe9; occup&#xe9;s par des Djiboutiens, et les anciens titulaires fran&#xe7;ais sont devenus leurs conseillers.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Il y eut un jour un autre attentat sanglant &#xe0; la terrasse d’un restaurant, &#xe0; la grenade remplie de morceaux de plastique, de fa&#xe7;on &#xe0; ce que les &#xe9;clats ne soient pas d&#xe9;tectables lorsqu’on prenait des radios des bless&#xe9;s.&lt;br /&gt;Le directeur du restaurant, qui &#xe9;tait un ami, est mort pendant son transfert &#xe0; Paris, ainsi que de nombreux militaires venus d&#xee;ner l&#xe0;.&lt;br /&gt;Une chasse infernale a &#xe9;t&#xe9; lanc&#xe9;e par les autorit&#xe9;s pour trouver les auteurs de cet attentat. Certains furent arr&#xea;t&#xe9;s, et sur des listes, on a d&#xe9;couvert mon nom : je devais leur servir d&apos;otage pour r&#xe9;clamer le d&#xe9;part des troupes fran&#xe7;aises. Tout cela venait, bien entendu, encore de l’&#xc9;thiopie conseill&#xe9;e par les communistes de l’Est et les Cubains.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;L’ambassadeur de France m’a dit qu’il &#xe9;tait inutile de jouer avec le feu et m’a conseill&#xe9; de rentrer en France.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;/p&gt;</description><pubDate>Tue, 30 Sep 2008 13:17:00 GMT</pubDate></item><item><title>djibouti7</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2008/02/05/7834088.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2008/02/05/7834088.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/7834088/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2008/02/05/7834088.html</guid><description>
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;La date de l’ind&#xe9;pendance avait &#xe9;t&#xe9; fix&#xe9;e au 27 juin 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;L’effervescence grandissait tant aupr&#xe8;s des responsables
officiels que de la population et, bien s&#xfb;r, de la presse internationale. Il
faut rappeler que cette ind&#xe9;pendance avait valeur de symbole car le Territoire
Fran&#xe7;ais des Afars et des Issas restait le seul endroit d’Afrique non
ind&#xe9;pendant.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Nous &#xe9;tions donc trois parachut&#xe9;s de Paris pour organiser
l’&#xe9;v&#xe9;nement : un conseiller diplomatique du Quai d’Orsay, un conseiller du
minist&#xe8;re de la Coop&#xe9;ration pour faire passer le relais des commandes aux
Djiboutiens, assist&#xe9;s par des coop&#xe9;rants et moi. Il y avait bien s&#xfb;r aussi les
conseillers djiboutiens du pr&#xe9;sident, dont un conseiller diplomatique, mon ami
Shaker.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Nous ne ch&#xf4;mions pas et improvisions &#xe0; tout bout de champ
car aucun d’entre nous n’avait v&#xe9;cu cette exp&#xe9;rience exceptionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;C&#xe9;r&#xe9;monies officielles, f&#xea;tes et d&#xe9;tails &#xe0; r&#xe9;gler en tout
genre nous submergeaient.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Il fallait penser &#xe0; l’accueil et &#xe0; l’installation des deux
ministres fran&#xe7;ais, de la Coop&#xe9;ration et des Dom-Tom, des d&#xe9;l&#xe9;gations
&#xe9;trang&#xe8;res venant de partout, d’Afrique et du Moyen Orient, et de la meute de
journalistes avides d’attentats.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Tant bien que mal, cela se mettait en place, non sans bonne
humeur malgr&#xe9; tout, car mes amis &#xe9;taient philosophes et pleins d’humour.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Au fur et &#xe0; mesure que la date approchait, une certaine
tension montait, mais plus par souci d’oublier quelque chose que par crainte
d’&#xe9;v&#xe9;nements tragiques venant de l’ext&#xe9;rieur, qui n’&#xe9;taient toutefois pas
exclus.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Lorsque les d&#xe9;l&#xe9;gations commenc&#xe8;rent &#xe0; arriver, il fallait
bien veiller &#xe0; tout, leur bonne installation, les rendez-vous avec le futur
pr&#xe9;sident…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Une d&#xe9;l&#xe9;gation des Emirats avait &#xe9;t&#xe9; install&#xe9;e dans le seul
h&#xf4;tel digne de ce nom, moderne et climatis&#xe9;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le jour m&#xea;me de leur arriv&#xe9;e, un m&#xe9;choui avait &#xe9;t&#xe9; organis&#xe9;.
Pour donner un coup de main, j’installai moi-m&#xea;me les boissons alcoolis&#xe9;es sur
les tables, pour les Europ&#xe9;ens. Mon ami Shaker intervint, paniqu&#xe9;, pour me dire
qu’il fallait imp&#xe9;rativement retirer toute pr&#xe9;sence d’alcool pour ne pas
choquer, voire scandaliser la d&#xe9;l&#xe9;gation invit&#xe9;e.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Tout se passa bien &#xe0; coup de Coca, jus de fruits et eau
min&#xe9;rale. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Au vu de tout cela, j’eus une illumination : je songeai
soudain aux minibars de l’h&#xf4;tel remplis de mignonnettes de whisky, cognac et
autres boissons ind&#xe9;sirables.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je me rendis &#xe0; la r&#xe9;ception et demandai au patron de l’h&#xf4;tel
de retirer des minibars tout ce qui pouvait choquer nos invit&#xe9;s.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le lendemain, le m&#xea;me patron me raconta que les membres de
la d&#xe9;l&#xe9;gation s’&#xe9;taient violemment plaints de la pauvret&#xe9; de choix de boissons
dans leurs minibars. Il avait donc d&#xfb; les r&#xe9;approvisionner. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Les c&#xe9;r&#xe9;monies de l’Ind&#xe9;pendance eurent lieu sans incident
et, pendant un jour ou deux, tout se d&#xe9;roula comme pr&#xe9;vu, festivit&#xe9;s, passation
des pouvoirs aux Djiboutiens dans chaque service de l’administration, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Robert Galley, le ministre de la Coop&#xe9;ration, &#xe9;tait
accompagn&#xe9; d’une attach&#xe9;e de presse, &#xe9;galement conseiller technique, qui vint
me voir pour me demander s’il &#xe9;tait possible d’emmener le ministre en mer pour
une partie de plong&#xe9;e sous-marine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Comme je disposais de la vedette du pr&#xe9;sident et de son
&#xe9;quipage, l’exp&#xe9;dition fut vite organis&#xe9;e et nous voil&#xe0; partis au large.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;En fait de plong&#xe9;e sous-marine, il s’agissait d’observer les
fonds marins avec tuba, masque et palmes. Il est vrai que l’eau est si
transparente qu’il n’&#xe9;tait pas n&#xe9;cessaire de plonger pour admirer la faune multicolore.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le ministre chaussa ses palmes, prit son tuba qu’il fit
passer dans la lani&#xe8;re de son masque et s’engagea sur l’&#xe9;chelle du bateau. A ce
moment-l&#xe0;, je me rendis compte qu’il avait mis son masque &#xe0; l’envers et que
l’encoche du nez &#xe9;tait sur le front. Je le lui fis vite remarquer et, en me
remerciant, il retourna donc son masque et descendit explorer les magnifiques
fonds marins.&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je ne pouvais savoir, alors, que cet &#xe9;v&#xe9;nement anodin allait
&#xea;tre d&#xe9;terminant et d&#xe9;cider de ma vie pour les ann&#xe9;es &#xe0; venir.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Tue, 05 Feb 2008 05:55:00 GMT</pubDate></item><item><title>Djibouti6</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2007/11/27/7041169.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2007/11/27/7041169.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/7041169/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2007/11/27/7041169.html</guid><description>
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;L’ind&#xe9;pendance du TFAI approchait. Proclam&#xe9;e par r&#xe9;f&#xe9;rendum
le 8 mai, elle &#xe9;tait programm&#xe9;e pour le 27 juin de cette ann&#xe9;e 1977.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le futur pr&#xe9;sident de la R&#xe9;publique de Djibouti, Hassan
Gouled Aptidon chef du parti majoritaire, s’&#xe9;tait, entre ces deux dates,
totalement investi dans l’organisation du nouvel Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Il avait d&#xe9;cid&#xe9; de me garder aupr&#xe8;s de lui comme conseiller
&#xe0; la presse et &#xe0; l’information.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;C’est ainsi qu’il me convoqua dans son bureau pour me
charger de plusieurs missions.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je devais me rendre &#xe0; Paris pour faire fabriquer les futurs
drapeaux, commander &#xe0; l’Imprimerie Nationale les passeports des futurs
Djiboutiens, les uniformes de l’arm&#xe9;e, le feu d’artifice des f&#xea;tes de
l’Ind&#xe9;pendance… Missions tr&#xe8;s &#xe9;loign&#xe9;es de ma fonction mais il avait d&#xfb; penser
que j’&#xe9;tais l’homme de la situation pour ce type de d&#xe9;marche.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Il me donna ses instructions. Il prit un cahier d’&#xe9;colier,
sortit des crayons de couleur et dessina soigneusement le futur drapeau tout en
me commentant ce que repr&#xe9;sentait chaque couleur : le vert :
l’esp&#xe9;rance, le bleu : la mer et l’&#xe9;toile rouge &#xab; le sang de nos
martyrs &#xbb;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;J’&#xe9;tais fascin&#xe9; et &#xe9;mu par ce que je voyais. Ce grand homme
&#xe2;g&#xe9;, futur chef d’Etat, dessinant comme un &#xe9;colier son drapeau sur une feuille
quadrill&#xe9;e de cahier &#xe0; spirale. On aurait dit un des dessins que mon fils
m’envoyait pour mon anniversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Il arracha la feuille que je rangeai soigneusement dans mon
classeur : Ind&#xe9;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je r&#xe9;alise maintenant que j’avais assist&#xe9; &#xe0; la cr&#xe9;ation du
symbole majeur d’un pays : son drapeau.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Puis, je me retrouvai devant un styliste, talentueux
dessinateur qui, lui, me montra ses projets de dessins de l’uniforme. Il
n’avait pas le profil du styliste raffin&#xe9; tel que je me le repr&#xe9;sentais car il
&#xe9;tait le commandant de la Compagnie de CRS. Je l’avais d&#xe9;j&#xe0; rencontr&#xe9; et
j’&#xe9;tais loin, &#xe0; l’&#xe9;poque, de l’imaginer le crayon &#xe0; la main. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je m’envolai donc pour Paris avec, en t&#xea;te, une multitude de
questions dont la principale &#xe9;tait : &#xab; &#xe0; qui vais-je donc m’adresser
pour tout &#xe7;a ? &#xbb;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Apr&#xe8;s 6 mois d’&#xe9;loignement, j’&#xe9;tais fou de joie de retrouver
mon pays, de revoir ma famille et mes amis. Depuis le car d’Air France qui
m’emmena jusqu’aux Invalides je voyais de l’herbe, des champs entiers d’herbe,
de la verdure ! J’avais envie de demander au chauffeur de s’arr&#xea;ter et
d’aller me rouler dedans mais je n’&#xe9;tais pas venu ici pour me retrouver dans un
asile.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Apr&#xe8;s les joyeuses retrouvailles, qui ont d’ailleurs dur&#xe9;
tout mon s&#xe9;jour, je partis &#xe0; la recherche de mes fournisseurs de drapeaux, de
costumes militaires, de passeports et de feux d’artifice. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je d&#xe9;couvris, avec surprise et soulagement,&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;qu’il existait des sp&#xe9;cialistes dans tous ces
domaines, des gens qui ne faisaient que &#xe7;a, &#xe0; longueur d’ann&#xe9;e.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Pour les drapeaux, je contactai un fabricant de tissus dans
le Nord conseill&#xe9; par mes amis Lillois. Je m’y rendis donc et apr&#xe8;s les
joyeuses retrouvailles je me retrouvai dans une usine gigantesque remplie
d’&#xe9;normes machines, des m&#xe9;tiers &#xe0; tisser qui d&#xe9;bitaient, dans un bruit
infernal, des kilom&#xe8;tres de tissus. Pour ces gens mon probl&#xe8;me &#xe9;tait simple car
ils fournissaient d&#xe9;j&#xe0; quantit&#xe9; d’Etats. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Devant la r&#xe9;action mi-amus&#xe9;e mi-inqui&#xe8;te &#xe0; la vue de mon
dessin colori&#xe9; par le pr&#xe9;sident, j’en expliquai vite l’historique. A la
question : &#xab; Combien et quelles dimensions ? &#xbb; je restai
sans voix. Je n’avais absolument pas pens&#xe9; &#xe0; ce d&#xe9;tail ; je l’avouai. Ces
gens n’avaient s&#xfb;rement jamais vu un tel client et auraient bien pu penser
qu’il s’agissait d’un canular. Mais peut &#xea;tre en avaient-ils vu d’autres et,
certainement gr&#xe2;ce &#xe0; ma recommandation, ils me prirent quand m&#xea;me au
s&#xe9;rieux ; du moins eurent-ils la d&#xe9;licatesse de m’en donner l’impression.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Conseill&#xe9; par eux, je commandai donc une multitude de
drapeaux, un gigantesque pour la pr&#xe9;sidence, de moins grands pour les
minist&#xe8;res et les administrations, des fanions pour les ailes des voitures
officielles et plein de petits drapeaux destin&#xe9;s &#xe0; &#xea;tre agit&#xe9;s par les enfants
lors des f&#xea;tes et diverses manifestations publiques.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;J’&#xe9;tais tr&#xe8;s satisfait d’avoir rempli la premi&#xe8;re partie de
ma mission.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Ensuite ce furent les costumes. Il existe bien un fabricant
de costumes militaires. Je me rendis donc dans un magasin rempli de mannequins
d’autrefois, sans t&#xea;tes, habill&#xe9;s d’uniformes de toutes sortes. Il y en avait
qui ressemblaient &#xe0; celui du g&#xe9;n&#xe9;ral Alcazar dans Tintin, tellement riche que
je me demandai s’il n’&#xe9;tait pas destin&#xe9; &#xe0; une quelconque op&#xe9;rette.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;L&#xe0; aussi je sortis le dessin, mais aux allures plus
professionnelles. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;A la question : &#xab; Quelles tailles ? &#xbb; je
restai une fois de plus sans voix. Mais l&#xe0; encore ces professionnels
connaissaient d&#xe9;j&#xe0; &lt;st1:personname productid=&quot;la r&#xe9;ponse. La&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la
r&#xe9;ponse. La&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; morphologie des habitants de cette r&#xe9;gion n’&#xe9;tait
pas un secret pour eux. Concernant la quantit&#xe9;, je savais.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Pour les passeports, &#xe0; l’imprimerie nationale, ce fut une
formalit&#xe9;. J’avais un croquis de la couverture, le reste c’&#xe9;tait la routine.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Enfin je me rendis chez Ruggieri, le sp&#xe9;cialiste
incontournable du feu d’artifice :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Bonjour, je voudrais commander un feu d’artifice pour
l’ind&#xe9;pendance d’un pays… &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;En pronon&#xe7;ant ces mots, je m’attendis &#xe0; une r&#xe9;action.
Hilarit&#xe9;, incr&#xe9;dulit&#xe9;, animosit&#xe9;… Pas du tout :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Bien Monsieur, quel pays ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Djibouti &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab;&amp;nbsp; Quel type de feu ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Je ne sais pas, c’est la premi&#xe8;re fois… &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Ils me sortirent un grand catalogue rempli de magnifiques
photos de feux d’artifices plus beaux les uns que les autres. A la fin je me
paniquai, pensant que c’&#xe9;tait &#xe0; moi de choisir chaque fus&#xe9;e, chaque
composition. Voyant mon embarras, le vendeur me mit &#xe0; l’aise :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Bien, quel est votre budget ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je le lui dis.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Parfait, je peux vous proposer ce kit, ou
celui-l&#xe0;… &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Tout en me montrant des photos, il me citait des villes ou
des &#xe9;v&#xe9;nements r&#xe9;f&#xe9;rences avec la dur&#xe9;e de chaque feu ainsi que de multiples
d&#xe9;tails sur leur composition. J’&#xe9;tais rassur&#xe9;, la plupart m’&#xe9;voquaient de
grands et beaux feux du 14 juillet dignes de l’ind&#xe9;pendance de Djibouti. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;J’en choisis donc un en posant la question
stupide, comme quand on demande &#xe0; un vendeur de costumes si celui que vous
&#xea;tes en train d’essayer vous va ou non…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Vous pensez que ce sera bien ? &#xbb; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Devant l’assurance de ce repr&#xe9;sentant d’une maison si s&#xe9;rieuse
et r&#xe9;put&#xe9;e, je me d&#xe9;cidai donc.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Savez-vous que pour un tel feu il faut l’intervention
de deux artificiers ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Non, enfin oui je m’en doute… &#xbb; Je ne me voyais
effectivement pas avec ma bo&#xee;te d’allumettes, le bras tendu, la t&#xea;te tourn&#xe9;e,
allumer chaque fus&#xe9;e et partir en courant…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Le d&#xe9;clenchement du feu est enti&#xe8;rement &#xe9;lectronique
et nos artificiers sont d’une grande comp&#xe9;tence. &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Tant mieux ! &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Savez-vous que le feu ne peut &#xea;tre transport&#xe9; dans un
avion de ligne ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Ah bon, pourquoi ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Trop dangereux, il y a d&#xe9;j&#xe0; eu des accidents, feu qui
se d&#xe9;clenche en plein vol, fum&#xe9;e noire qui envahit l’avion… &#xbb; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; En bateau, alors ? Le temps va manquer… &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; En Transal (avion de transport militaire), avec
l’autorisation du ministre des Arm&#xe9;es pour le survol du territoire
fran&#xe7;ais… &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Ouf ! Cela ne me paraissait pas trop compliqu&#xe9;, je
voyais mal le ministre refuser.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je me rendis donc au minist&#xe8;re et effectuai les d&#xe9;marches
qui m’avaient &#xe9;t&#xe9; conseill&#xe9;es.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je rentrai &#xe0; Djibouti, le cœur l&#xe9;ger car j’avais
pleinement rempli ma difficile mission.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;L’ind&#xe9;pendance approchait &#xe0; grands pas…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Tue, 27 Nov 2007 16:58:00 GMT</pubDate></item><item><title>Djibouti5</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2007/09/04/6096779.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2007/09/04/6096779.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6096779/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2007/09/04/6096779.html</guid><description>
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Au bout de quelques mois, j’avais fini par m’habituer &#xe0;
cette vie et m&#xea;me m’y sentir &#xe0; l’aise. J’avais de bonnes relations avec mon
patron, le Pr&#xe9;sident. Je lui donnais mon avis sur des questions politiques, lui
parlais des journalistes qu’il allait recevoir, lui faisais son nœud de cravate
quand il partait en voyage officiel…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;J’&#xe9;tais all&#xe9; le &#xab; chercher &#xe0; l’avion &#xbb;, comme on
disait, &#xe0; son retour d’un sommet africain &#xe0; Dakar. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le vis accompagn&#xe9; d’un immense gaillard qui le d&#xe9;passait
de trois t&#xea;tes. Il me pr&#xe9;senta le Dr X, m&#xe9;decin s&#xe9;n&#xe9;galais qu’il avait
nomm&#xe9; directeur de l’h&#xf4;pital de Djibouti, au titre de &lt;st1:personname productid=&quot;la coop&#xe9;ration. Tout&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la coop&#xe9;ration. Tout &#xe7;a paraissait bien normal puisque, &#xe0; quelques mois de l’ind&#xe9;pendance, la
passation des pouvoirs aux postes-cl&#xe9;s de l’administration &#xe0; des fonctionnaires
locaux commen&#xe7;ait &#xe0; s’effectuer. Ce qui pouvait para&#xee;tre un peu &#xe9;trange c’&#xe9;tait
que notre nouveau directeur n’&#xe9;tait pas local mais s&#xe9;n&#xe9;galais. Mais bon, &#xe7;a
ressemblait fort &#xe0; un d&#xe9;but de coop&#xe9;ration afro-africaine, et puis je crois me souvenir
qu’il n’existait pas de m&#xe9;decins djiboutiens.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le Pr&#xe9;sident me demanda de m’occuper de lui, de l’installer
et de le pr&#xe9;senter &#xe0; tout le monde. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce fut fait et nous sommes m&#xea;me devenus un peu amis. C’est
vrai qu’il &#xe9;tait jovial et bon vivant, bref il respirait la sant&#xe9; ce qui me
changeait un peu des vieux administrateurs de la &lt;st1:personname w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;France
d’outre-mer. Un jour il me proposa de me faire arr&#xea;ter de fumer. Je me rendis
chez lui, dans une pi&#xe8;ce qu’il avait am&#xe9;nag&#xe9;e en une sorte de cabinet de
consultation. J’attendais, allong&#xe9; sur une table, pendant qu’il pr&#xe9;parait des
objets m&#xe9;talliques au bruit inqui&#xe9;tant. Sur le mur &#xe9;tait accroch&#xe9;e une immense
oreille dessin&#xe9;e avec la description de toutes les terminaisons nerveuses,
assorties des noms latins. C’&#xe9;tait impressionnant.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Mon docteur s’approcha enfin avec une petite bassine remplie
de courtes aiguilles plates dont les pointes &#xe9;taient en forme de harpon. Il
m’annon&#xe7;a qu’il allait me les enfoncer dans l’oreille, &#xe0; des points extr&#xea;mement
pr&#xe9;cis, qu’il fallait que je reste parfaitement immobile car le moindre
mouvement pouvait avoir des cons&#xe9;quences graves sur mon cerveau. Je me raidis,
retins ma respiration et luttai contre l’envie d’essuyer les gouttes de sueur
qui commen&#xe7;aient &#xe0; d&#xe9;gouliner abondamment. Je sentis les pics s’enfoncer et mon
oreille se retrouva cribl&#xe9;e de cinq petits harpons que le m&#xe9;decin recouvrit
d’un scotch transparent. Soulag&#xe9; de constater que mon cerveau semblait toujours
fonctionner comme avant, je me levai et le remerciai. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Attention ! &#xbb;, me dit-il avec beaucoup de
gravit&#xe9;, &#xab; Si, avec ce que je viens de te faire, tu refumes une seule
cigarette tu deviendras fou… &#xbb;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Fou ? J’avais du mal &#xe0; le croire mais puisqu’il le
disait… c’&#xe9;tait quand m&#xea;me lui le m&#xe9;decin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mes amis, qui fumaient&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;tous &#xe9;norm&#xe9;ment, &#xe9;taient tr&#xe8;s curieux de voir si la m&#xe9;thode s’av&#xe9;rerait
efficace ou non. Mon oreille &#xe9;tait devenue le centre d’int&#xe9;r&#xea;t des Europ&#xe9;ens de
Djibouti. On ne me regardait plus dans les yeux, en me parlant, mais on
essayait de voir &#xe0; l’int&#xe9;rieur du pavillon de mon oreille. Certaines t&#xea;tes
s’inclinaient m&#xea;me progressivement pour mieux apercevoir l’incroyable
curiosit&#xe9;. Lorsque des gens &#xe9;taient &#xe0; c&#xf4;t&#xe9; de moi je sentais leurs regards
riv&#xe9;s l&#xe0; et constatais vite qu’ils s’arrangeaient pour &#xea;tre plac&#xe9;s du bon c&#xf4;t&#xe9;,
celui de mon oreille gauche. Bref, j’avais maintenant deux raisons de tenir
bon : ne pas devenir fou et &#xea;tre &#xe0; la hauteur de mon statut de cobaye
public. J’&#xe9;tais affam&#xe9;. J’envoyais ma secr&#xe9;taire, en pleine journ&#xe9;e, m’acheter
du jambon, de &lt;st1:personname productid=&quot;la Vache Qui Rit&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la Vache
Qui Rit et du pain que j’enfournais apr&#xe8;s avoir bien ferm&#xe9; &#xe0;
clef la porte de mon bureau. Ainsi, j’atteignis tr&#xe8;s vite le quintal.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon m&#xe9;decin acupuncteur &#xe9;tait maintenant bien install&#xe9;
&#xe0;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;la t&#xea;te de l’h&#xf4;pital de &lt;st1:personname productid=&quot;la ville. Tout&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la ville. Tout semblait
normal lorsqu’un jour un m&#xe9;decin fran&#xe7;ais me prit &#xe0; part et me dit &#xe0; voix
basse :&lt;br /&gt;&#xab; Je voulais te parler de quelque chose qui me
chiffonne. L’autre jour j’entre dans une pi&#xe8;ce de l’h&#xf4;pital et vois un type
assis sur une chaise, le pied entour&#xe9; d’un bandage sanguinolent, la main tendue,
une longue aiguille plant&#xe9;e dans le doigt. Je lui demande qui l’avait mis l&#xe0;,
comme &#xe7;a, et il m’apprend que c’&#xe9;tait le docteur noir &#xbb; (les Djiboutiens
qui &#xe9;taient tr&#xe8;s loin d’&#xea;tre blancs qualifiaient de Noirs les Africains du
centre ou de l’ouest). Sans &#xea;tre m&#xe9;decin je trouvais &#xe7;a, moi aussi, bien
&#xe9;trange, m&#xea;me dr&#xf4;le… D&#xe8;s lors, les autres m&#xe9;decins et infirmi&#xe8;res dirent, eux
aussi, qu’ils trouvaient notre gaillard plut&#xf4;t bizarre. Je fis effectuer des
recherches sur son pass&#xe9;. J’appris ainsi qu’il &#xe9;tait recherch&#xe9; en &lt;st1:personname w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;France pour pratique ill&#xe9;gale de &lt;st1:personname productid=&quot;la m&#xe9;decine. Ayant&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la m&#xe9;decine. Ayant eu
vent de quelque chose, l’oiseau s’&#xe9;tait d&#xe9;j&#xe0; envol&#xe9; pour un pays lointain, dont
j’ai oubli&#xe9; le nom. Il avait achet&#xe9; son billet avec l’argent de la caisse, dans
laquelle il avait &#xe9;galement pris une somme confortable pour sa future
installation. La consternation fut g&#xe9;n&#xe9;rale et le Pr&#xe9;sident sid&#xe9;r&#xe9; d’avoir &#xe9;t&#xe9;
ainsi bern&#xe9; par un charlatan, il faut bien l’avouer, plut&#xf4;t talentueux.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Cette &#xe9;tonnante exp&#xe9;rience m’a quand m&#xea;me permis de ne plus
fumer pendant quatre ans…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Tue, 04 Sep 2007 01:35:00 GMT</pubDate></item><item><title>Djibouti4</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2007/09/04/6096777.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2007/09/04/6096777.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/6096777/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2007/09/04/6096777.html</guid><description>&lt;p&gt;Pendant de nombreuses ann&#xe9;es le TFAI avait &#xe9;t&#xe9; pr&#xe9;sid&#xe9; par
Ali Aref , un Afar autoritaire. Un autre Afar, mon pr&#xe9;sident, Abdallah Mohamed
Kamil lui avait succ&#xe9;d&#xe9;. C’&#xe9;tait un homme intelligent et gentil qui avait la
charge difficile de pr&#xe9;parer l’ind&#xe9;pendance, dans quelques mois, en juin de
cette ann&#xe9;e 1977. Le candidat favori pour pr&#xe9;sider &lt;st1:personname productid=&quot;la future R￩publique&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la future R&#xe9;publiquede Djibouti &#xe9;tait un Issa, Hassan Gouled Aptidon, grande figure de la lutte
pour l’ind&#xe9;pendance, un homme grand, droit, imposant. Il &#xe9;tait le h&#xe9;ro des
socialistes fran&#xe7;ais. Les journalistes l’adoraient d’autant plus qu’il
repr&#xe9;sentait la solution &#xab; propre &#xbb; au nettoyage des restes du
colonialisme qu’incarnaient les pr&#xe9;sidents pr&#xe9;c&#xe9;dents. Il y avait beaucoup
d’id&#xe9;ologie dans tout &#xe7;a, un rapport &#xe9;troit avec ce qui se pr&#xe9;parait
politiquement en France. Abdallah, mon pr&#xe9;sident, bien qu’&#xe9;tant Afar, &#xe9;tait
conciliant et faisait tout pour que la transition se passe en douceur contest&#xe9;
&#xe9;videment par les Afars purs et durs qui ne voulaient pas d’un Issa et surtout
voyaient en lui, encore, un candidat du pouvoir colonial. Il est vrai que Paris
trouvait cette solution douce, au final peu contest&#xe9;e.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Les Afars contestataires, toujours soutenus et entra&#xee;n&#xe9;s par
les pays de l’Est et par Cuba depuis l’Ethiopie, essayaient de d&#xe9;stabiliser le
Territoire et tout faire pour nous en chasser. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir on m’appela pour m’informer qu’un attentat avait &#xe9;t&#xe9;
commis au Palmier en Zinc, c&#xe9;l&#xe8;bre restaurant du centre de la ville. Des grenades
avaient &#xe9;t&#xe9; jet&#xe9;es &#xe0; la terrasse remplie de militaires et de civils fran&#xe7;ais.
Un carnage. Dans les restes de fum&#xe9;es gisaient des dizaines de corps mutil&#xe9;s. Parmi
eux, je vis un copain, le nouveau patron du restaurant, g&#xe9;missant sur le sol. C’&#xe9;tait
atroce ! On nous apprit tr&#xe8;s vite que les grenades &#xe9;taient remplies de
billes en plastiques qui avaient la particularit&#xe9; de ne pas &#xea;tre d&#xe9;tectables &#xe0; &lt;st1:personname productid=&quot;la radiographie. Donc&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la radiographie. Donc les bless&#xe9;s ne pouvaient pas &#xea;tre op&#xe9;r&#xe9;s et mourraient tous les uns apr&#xe8;s les
autres dans de terribles souffrances. Mon copain est d&#xe9;c&#xe9;d&#xe9; dans l’avion qui le
rapatriait en France.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D’autres actions terroristes eurent lieu dans &lt;st1:personname productid=&quot;la foul￩e. Un&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la foul&#xe9;e. Un couple
d’instituteurs, des gens que je connaissais &#xe9;galement, enlev&#xe9;s dans une Jeep.
Le mari a saut&#xe9; de la voiture et a &#xe9;t&#xe9; &#xe9;cras&#xe9; au moment ou elle faisait une
marche arri&#xe8;re…Bref la tension montait et il faisait de moins en moins bon &#xea;tre
Fran&#xe7;ais. Il y avait un club restaurant ou on allait jouer au tennis en terrain
d&#xe9;couvert. Je me souviens que l’on se jetait &#xe0; plat ventre d&#xe8;s qu’une voiture
arrivait un peu vite ou freinait de l’autre c&#xf4;t&#xe9; du grillage. Un soir o&#xf9; je
regardais &#xab; Autant en emporte le vent &#xbb; dans le grand cin&#xe9;ma &#xe0; ciel
ouvert, une grenade a &#xe9;t&#xe9; jet&#xe9;e par-dessus les hauts murs. Au cri ;
&#xab; Grenade ! &#xbb;, devenu familier, on s’est tous couch&#xe9; entre les
rang&#xe9;es de fauteuils en fer. Les quelques secondes &#xe0; attendre l’explosion sur
soi sont difficilement racontables… Heureusement la grenade n’a pas fonctionn&#xe9;.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Malgr&#xe9; tout on sortait et on essayait de vivre quand m&#xea;me
une vie normale. On devenait fataliste. Parmi, mes amis il y avait un le
conseiller diplomatique du pr&#xe9;sident, un envoy&#xe9; du Quai d’Orsay. Il &#xe9;tait
grand, chauve, un m&#xe9;lange de Bernard Blier et de Jacques Tati. Il me faisait
&#xe9;norm&#xe9;ment rire et il aimait rigoler. Il n’avait pas du tout le profil du
diplomate. Il chantait des airs d’op&#xe9;ra en pleine rue sous les fen&#xea;tres d’une
jeune institutrice, en pleine nuit : &#xab; Ouvre-moi ta
porte ! &#xbb;, avec une voix de stentor. Il parlait tr&#xe8;s fort. Dans un
restaurant o&#xf9; on se r&#xe9;galait d’une bonne choucroute arros&#xe9;e abondamment de vin
blanc d’Alsace, il me parlait avec passion de politique si fort que les autres
clients en profitaient eux aussi. Il aimait &#xe7;a. Il avait chaud et son cr&#xe2;ne
ruisselait. Pour le dessert il avait command&#xe9; des profiteroles au chocolat. Sa
serviette blanche avait tremp&#xe9; dans le chocolat liquide. A l’occasion d’une
grande su&#xe9;e il se tamponna le visage et le cr&#xe2;ne.&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;Couvert de chocolat&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;et toujours aussi bruyant il ne comprenait
pas pourquoi les gens riaient autant de ses propos pourtant tellement s&#xe9;rieux
et instructifs. Je n’arrivais pas &#xe0; l’interrompre pour l’avertir de l’urgence
de foncer aux toilettes. Il ne m’&#xe9;coutait pas, parti dans son monologue
th&#xe9;&#xe2;tral. Finalement il alla se nettoyer sauf sa chemise qui resta couverte de t&#xe2;ches
marron. Son discours fut ensuite beaucoup plus discret mais tout aussi
passionnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la population occidentale de Djibouti &#xe9;tait compos&#xe9;e presque
exclusivement de militaires et d’expatri&#xe9;s fonctionnaires ou entrepreneurs, on
rencontrait parfois des gens incroyables. Il y avait un jeune barbu qui &#xe9;tait
bloqu&#xe9; l&#xe0; avec sa femme enceinte et ses deux enfants car son camion &#xe9;tait en
panne. Ils &#xe9;taient partis de France depuis deux ans pour un tour de l’Afrique,
sans rien ou presque, &#xe0; l’aventure. Son camion &#xe9;tait immobilis&#xe9; depuis un bon
moment car une pi&#xe8;ce importante avait l&#xe2;ch&#xe9;. Il l’avait command&#xe9; et elle
n’arrivait pas. On allait aux nouvelles r&#xe9;guli&#xe8;rement. Il refusait d’&#xea;tre
h&#xe9;berg&#xe9; car &#xe7;a ne faisait pas partie du jeu. D’autres &#xe9;taient partis &#xe0; Katmandou
mais lui avait choisi l’Afrique pour fuir le monde civilis&#xe9;. Un jour la pi&#xe8;ce
arriva. Ce fut un grand moment de joie collective. Avec les quelques amis qui
suivions l’aventure on s’est retrouv&#xe9;s assis sur des cailloux &#xe0; regarder le
d&#xe9;ballage de l’&#xe9;norme pi&#xe8;ce par le jeune aventurier excit&#xe9; et heureux. Sa
femme, une jolie blonde le regardait, debout un enfant dans les bras, avec un
air inexpressif, las et r&#xe9;sign&#xe9; contrastant avec l’&#xe9;nergie d&#xe9;bordante de son
h&#xe9;ro. La r&#xe9;paration dura longtemps. On lui proposait de le faire aider par un
garagiste mais il refusait, c’&#xe9;tait son d&#xe9;fi. Il acceptait seulement qu’on lui
apporte quelques outils sp&#xe9;ciaux que nous pr&#xea;taient les militaires car l&#xe0; il
n’avait pas le choix. En short coup&#xe9; dans un vieux jean, couvert de cambouis
comme lui, il cognait ave sa grosse masse, allong&#xe9; sous son camion pos&#xe9; sur des
cales. On &#xe9;tait bluff&#xe9; par cette foi et cette &#xe9;nergie. Apr&#xe8;s plusieurs semaines
le camion &#xe9;tait r&#xe9;par&#xe9;. On est tous accourus pour assister au d&#xe9;part et leur
souhaiter bon voyage. Faut dire qu’on s’&#xe9;tait dr&#xf4;lement attach&#xe9;s &#xe0; eux, nos
valeureux hippies. Bien que peu fr&#xe9;quentables les nantis, bourgeois,
capitalistes, colons qu’on &#xe9;tait ils s’&#xe9;taient, eux aussi, habitu&#xe9;s &#xe0; nous et
nous trouvaient, au fond, pas si m&#xe9;chants que &#xe7;a. Le camion a d&#xe9;marr&#xe9;. Un grand
&#xab; Ouais ! &#xbb;. Notre jeune passe la premi&#xe8;re, le camion avance et
dans un grand &#xab; Clac ! &#xbb; Le c&#xf4;t&#xe9; avant droit s’affaisse, le gros
garde boue se retrouvant coll&#xe9; &#xe0; &lt;st1:personname productid=&quot;la roue. La&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la
roue. La m&#xea;me panne que celle du c&#xf4;t&#xe9; gauche qui venait
d’&#xea;tre r&#xe9;par&#xe9;e !
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le jeune bondit du camion, fait le tour, avec nous, et nous
constatons tous l’horrible r&#xe9;alit&#xe9;, constern&#xe9;s, abattus, au bord des larmes. On
regarde tour &#xe0; tour le jeune, sa femme, les enfants. Lui, &#xe9;nerv&#xe9; donne des
coups de pieds dans le pneu, elle, assise dans la cabine, continue &#xe0; fixer un
point dans le lointain. Toujours d&#xe9;bordant d’&#xe9;nergie le jeune reprend les
choses en mains et commence &#xe0; organiser la nouvelle r&#xe9;paration. Trois mois plus
tard, ils &#xe9;taient toujours au m&#xea;me endroit. Je ne me souviens pas quand et
comment tout &#xe7;a s’est termin&#xe9;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Tue, 04 Sep 2007 01:33:00 GMT</pubDate></item><item><title>Djibouti3</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2007/06/27/5443385.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2007/06/27/5443385.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/5443385/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2007/06/27/5443385.html</guid><description>&lt;p&gt;Petit &#xe0; petit la vie s’installa. Je d&#xe9;couvrais les personnalit&#xe9;s de mes nouveaux amis. Tous chaleureux comme le sont, finalement, la plupart des expatri&#xe9;s ne pouvant se permettrent l’exigence de la s&#xe9;lection, au vu du faible potentiel du cheptel d’Europ&#xe9;ens.
Il est dr&#xf4;le de r&#xe9;aliser combien on se comporte diff&#xe9;remment, d’un lieu &#xe0; un autre, suivant les choix humains qui nous sont donn&#xe9;s. C’est la quantit&#xe9; qui fait la diff&#xe9;rence. De plus, tous les repr&#xe9;sentants de la m&#xe9;tropole (je dis m&#xe9;tropole mais je devrais dire la France car m&#xea;me si le TFAI &#xe9;tait un Territoire Fran&#xe7;ais il n’avait vraiment rien &#xe0; voir avec la France) tous les repr&#xe9;sentants, de l’instituteur au directeur de cabinet du Haut Commissaire ou du Pr&#xe9;sident vivaient &#xe0; peu pr&#xe8;s sur le m&#xea;me pied. Les salaires tripl&#xe9;s de la m&#xe9;tropole offraient une vie tr&#xe8;s confortable dans ce pays d&#xe9;sol&#xe9;. &lt;br /&gt;Si on le souhaitait, et on le souhaitait, on n’&#xe9;tait jamais seul.&amp;nbsp; Il y avait toujours un d&#xee;ner, une soir&#xe9;e chez l’un ou chez l’autre, en short et chemisette pour les hommes et en robe habill&#xe9;e chez les femmes, dans une atmosph&#xe8;re de totale insouciance. Les discussions tournaient autour de la vie politique locale, des petits tracas m&#xe9;nagers ou administratifs. Chacun y allait de son effet en annon&#xe7;ant une rumeur ou une information politique. Certains savaient tout, d’autres croyaient tout savoir et comme l’information circulait de bouche &#xe0; oreille le retour de sa propre nouvelle, annonc&#xe9;e quelques jours plus t&#xf4;t, n’avait plus rien &#xe0; voir avec l’originale.
&lt;br /&gt;En fait, je crois que beaucoup passaient le temps, quelques ann&#xe9;es &#xe0; &#xe9;conomiser pour, de retour chez eux, s’acheter l’appartement ou le pavillon qu’ils n’auraient jamais pu esp&#xe9;rer avec leur salaire m&#xe9;tropolitain. Il y avait les mordus de l’Outre-Mer, soit ceux qui aimaient ce pouvoir seigneurial sur les petites gens d&#xe9;pendantes d’eux, soit ceux qui en avait fait leur carri&#xe8;re : les administrateurs de la France d’Outre-Mer. Ces derniers racontaient sans arr&#xea;t leur pass&#xe9; glorieux quand le Fran&#xe7;ais colonial avait un vrai un pouvoir et tenait bien les reconnaissantes populations &#xab; asservies &#xbb;. La parole devenait de plus en plus p&#xe2;teuse au fur et &#xe0; mesure que la soir&#xe9;e avan&#xe7;ait, les yeux rougissaient sous l’&#xe9;motion des souvenirs ou la quantit&#xe9; de whisky aval&#xe9;e et les vaisseaux des nez &#xe9;clataient, inexorablement.&lt;br /&gt;Les femmes &#xe9;taient belles, ou plut&#xf4;t on finissait par les trouver belles, bronz&#xe9;es et oisives et surtout tr&#xe8;s int&#xe9;ress&#xe9;es par tout nouvel arrivant. Le cercle humain &#xe9;tant limit&#xe9;, les histoires conjugales ou plut&#xf4;t extraconjugales allaient bon train. Ca aussi c’&#xe9;tait un des sujets de discussion pr&#xe9;f&#xe9;r&#xe9;. La prostitution, elle aussi,&amp;nbsp; allait bon train bien s&#xfb;r dans cet univers de militaires et d’expatri&#xe9;s c&#xe9;libataires. Ou mari&#xe9;s…
Il y avait des petits bars sordides &#xe9;clair&#xe9;s au n&#xe9;on de toutes les couleurs dans lesquels on retrouvait des l&#xe9;gionnaires en uniforme m&#xea;l&#xe9;s &#xe0; quelques repr&#xe9;sentants de l’administration, tout ce monde vautr&#xe9; sur des coussins douteux, entour&#xe9; de jeunes filles &#xe0; moiti&#xe9; ivres de bi&#xe8;re et de whisky. Tout &#xe7;a peut choquer et para&#xee;tre sinistre mais &#xe7;a faisait partie de la vie &#xe0; Djibouti.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon travail consistait essentiellement &#xe0; recevoir les journalistes qui couvraient la Corne de l’Afrique et s’int&#xe9;ressaient &#xe0; cette partie explosive du monde. Ils venaient de partout m&#xea;me de Chine car l’ind&#xe9;pendance &#xe9;tant pr&#xe9;vue pour le mois de juillet (j’&#xe9;tais arriv&#xe9; en janvier) les gouvernements du monde entier avaient une vis&#xe9;e plus ou moins affich&#xe9;e sur ce futur pays libre.
Il y avait aussi la guerre de l’Ogaden, un territoire Ethiopien &#xe0; la fronti&#xe8;re de Djibouti, un vrai pugilat entre Ethiopiens et Somaliens. Les 30 millions d’Ethiopiens fournissaient une r&#xe9;serve in&#xe9;puisable de chair &#xe0; canon aux 3 millions de Somaliens, mieux &#xe9;quip&#xe9;s militairement par l’Union Sovi&#xe9;tique. L’Ethiopie &#xe9;tait dirig&#xe9;e par un fou, Menghistu Ha&#xef;l&#xe9; Mariam. Ce petit colonel avait pris le pouvoir apr&#xe8;s la destitution du N&#xe9;gus, qu’il a d’ailleurs ex&#xe9;cut&#xe9; au pistolet dans sa cellule, et faisait r&#xe9;gner la terreur partout dans son pays. Il abattait ses ministres en plein conseil, demandait aux familles des centaines d’&#xe9;tudiants tu&#xe9;s lors de manifestations de payer les balles rest&#xe9;es dans les corps de leurs enfants pour avoir le droit de r&#xe9;cup&#xe9;rer les corps, faisait embarquer les paysans dans des camions militaires pour les jeter dans les combats avec les Somaliens. On en apprenait tous les jours, en grande partie parce que d’immenses camps de r&#xe9;fugi&#xe9;s avaient &#xe9;t&#xe9; install&#xe9;s sur le Territoire de Djibouti. &lt;br /&gt;La presse fran&#xe7;aise ne parlait que tr&#xe8;s peu de ces exactions car le pr&#xe9;sident &#xe9;thiopien &#xe9;tait un marxiste soutenu par l’Union Sovi&#xe9;tique et Cuba (l&#xe2;cheurs de la Somalie) et qu’&#xe0; l’&#xe9;poque, en 1977, cette Union Sovi&#xe9;tique avait encore bonne presse chez nous. Dans le journal Le Monde et Lib&#xe9;ration surtout. Toute information contraire &#xe0; l’action pacifique et bienfaitrice de la bonne Union Sovi&#xe9;tique et de sa valeureuse alli&#xe9;e Cuba en faveur des pays opprim&#xe9;s par nous les coloniaux, ne pouvait &#xea;tre que de l’intoxication venant des imp&#xe9;rialistes, dont j’&#xe9;tais un des repr&#xe9;sentants. Le massacre des &#xe9;tudiants de 1977 n’a fait que quelques lignes dans Le Monde…
&lt;br /&gt;J’avais re&#xe7;u un envoy&#xe9; de Lib&#xe9;ration. Bien oblig&#xe9; de me rencontrer pour obtenir les autorisations de circuler il &#xe9;tait venu me voir, m&#xe9;fiant et mal aimable. A ma question :
&lt;br /&gt;-	Bonjour, comment &#xe7;a va ?
&lt;br /&gt;-	Pourquoi &#xe7;a n’irait pas ?
&lt;br /&gt;Bref, ses autorisations en poche je ne l’ai plus revu. Il est all&#xe9; faire ses investigations dans les quartiers, aupr&#xe8;s d’informateurs myst&#xe9;rieux, ses contacts bien &#xe0; lui, s&#xfb;rs et objectifs. R&#xe9;sultat : une premi&#xe8;re page dans Lib&#xe9; compl&#xe8;tement farfelue, n’ayant rien &#xe0; voir avec la r&#xe9;alit&#xe9; du moment. Il avait &#xe9;t&#xe9; intoxiqu&#xe9; par ses informateurs mais peu importe c’&#xe9;tait s&#xfb;rement ce qu’il avait envie d’entendre. &lt;br /&gt;C’est &#xe0; Djibouti que j’ai appris comment fonctionnaient les journalistes tiraill&#xe9;s entre leurs convictions, les faits, et les exigences de leurs r&#xe9;dactions. J’ai entendu un r&#xe9;dacteur en chef aboyer apr&#xe8;s son envoy&#xe9; sp&#xe9;cial parce qu’il n’avait rien d’int&#xe9;ressant &#xe0; raconter. Il fallait qu’il trouve quelque chose, qu’il se d&#xe9;brouille, les frais de mission &#xe9;taient trop importants pour rentrer sans rien ! Alors le journaliste allait chercher et finissait bien par trouver une information invent&#xe9;e de toute pi&#xe8;ce par celui &#xe0; qui il avait donn&#xe9; quelques sous pour se confier librement. Il suffit d’imaginer la bousculade lorsqu’on fait savoir dans un quartier mis&#xe9;rable qu’il est possible de gagner une belle somme d’argent pour informer le consciencieux reporteur. &lt;br /&gt;Les journalistes fran&#xe7;ais &#xe9;taient exigeants, et surtout ceux de la presse t&#xe9;l&#xe9;vis&#xe9;e. Vedettes en France, ils d&#xe9;barquaient plein d’assurance et s’adressaient &#xe0; moi sur un ton autoritaire. En r&#xe9;sum&#xe9; :
&lt;br /&gt;-	Je suis venu me fourvoyer dans ce trou &#xe0; rat (personnellement je n’avais jamais vu de rat mais des vaches squelettiques qui mangeaient des cartons &#xe0; tous les coins de rues), vous avez de la chance de me rencontrer, je n’ai pas de temps &#xe0; perdre, amenez-moi au Pr&#xe9;sident pour une interview sur la tentative d’attentat…
-&lt;br /&gt;- Quelle tentative d’attentat ?
&lt;br /&gt;-	Bon, je vois. Nos informateurs nous ont dit qu’il y avait eu une tentative pour assassiner le Pr&#xe9;sident…
&lt;br /&gt;-	Je ne suis pas au courant…
&lt;br /&gt;Alors, le journaliste vedette me quittait furieux, escort&#xe9; par son imposante &#xe9;quipe.
Il finissait bien par trouver quelqu’un qui avait tout vu. La r&#xe9;daction &#xe9;tait contente et lui et son &#xe9;quipe pourraient mieux justifier des importants frais de missions et avantages financiers qu’ils allaient tirer de ce beau scoop. D’ailleurs, souvent les r&#xe9;dactions doutaient de l’exactitude des informations mais comme il fallait bien diffuser quelque chose, toujours pour justifier les frais, on transformait : &#xab; le Pr&#xe9;sident a &#xe9;t&#xe9; victime d’un attentat… &#xbb; par : &#xab; Selon certaines sources le Pr&#xe9;sident aurait &#xe9;t&#xe9; victime d’un attentat. Aucune confirmation ni d&#xe9;menti n’a &#xe9;t&#xe9; communiqu&#xe9; par les autorit&#xe9;s locales…&#xbb;. Comme &#xe7;a c’&#xe9;tait bon et sans danger. Et puis les importants frais de missions, salaires tripl&#xe9;s plus les primes, remboursements gonfl&#xe9;s des frais de restaurants par un restaurateur habitu&#xe9;, &#xe9;taient parfaitement justifi&#xe9;s.
&lt;br /&gt;En fait, pour comprendre ce qui rendait mon travail difficile, il faut&amp;nbsp; rappeler qu’on &#xe9;tait au milieu de la pr&#xe9;sidence de Valery Giscard d’Estaing. Mitterrand et son arm&#xe9;e de socialistes tr&#xe9;pignaient dehors. La gauche &#xe9;tait immense, sympathisante de l’Union Sovi&#xe9;tique, brandissant Castro et Che Guevara&amp;nbsp; pour repr&#xe9;senter la libert&#xe9; et le courage.
La droite mourante n’avait plus de ressort, elle &#xe9;tait devenue ringarde, pitoyable.
L’Afrique &#xe9;tait le symbole de tout &#xe7;a. La coop&#xe9;ration fran&#xe7;aise &#xe9;tait vue comme la copie conforme du colonialisme et ce qu’on entendait &#xe0; paris c’&#xe9;tait : &#xab; l’Afrique aux Africains ! &#xbb;&amp;nbsp;
C’&#xe9;tait facile &#xe0; dire et moins facile &#xe0; faire mais bon les choses &#xe9;voluaient comme cela.&lt;br /&gt;Les journaux s’&#xe9;taient engag&#xe9;s dans le combat d’id&#xe9;es. Pour eux, l’information objective &#xe9;tait primordiale mais celle qu’ils privil&#xe9;giaient quand m&#xea;me c’&#xe9;tait la bonne information, celle qui allait dans le courant de l’Histoire.
&lt;br /&gt;Bien s&#xfb;r Djibouti restant le seul pays non ind&#xe9;pendant d’Afrique, les id&#xe9;aux s’exprimaient &#xe0; tout va et moi j’&#xe9;tais celui qu’on avait d&#xe9;l&#xe9;gu&#xe9; &#xe0; l’intoxication. Si seulement on m’avait d&#xe9;l&#xe9;gu&#xe9; quelque chose ! Je me serais senti plus &#xe0; l’aise… Mais bon, je me d&#xe9;patouillais et improvisais du mieux que je pouvais.
Les journalistes &#xe9;trangers, eux, &#xe9;taient calmes et lucides. Ils venaient faire leur travail tout simplement, r&#xe9;coltaient les sons de cloches, attendaient patiemment leur tour et remerciaient poliment.
&lt;br /&gt;Dans cette ambiance, la date de l’ind&#xe9;pendance approchait. Il fallait commencer les pr&#xe9;paratifs et l&#xe0; ce fut particuli&#xe8;rement pittoresque…
&lt;/p&gt;</description><pubDate>Wed, 27 Jun 2007 14:42:00 GMT</pubDate></item><item><title>Djibouti 2</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/25/5070107.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/25/5070107.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/5070107/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/25/5070107.html</guid><description>
&lt;p&gt;T&#xf4;t le lendemain matin, je me sentais d’attaque pour cette
journ&#xe9;e qui s’annon&#xe7;ait pleine d’impr&#xe9;vu. Mes angoisses de la veille avaient
disparu. Un chauffeur me conduisit dans le secteur des op&#xe9;rations. D’abord le
port. Tout semblait aussi calme que &lt;st1:personname productid=&quot;la veille. Une&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la veille. Une grande barge plate arrivait remplie
de moutons. Ils &#xe9;taient parqu&#xe9;s l&#xe0; et pr&#xea;ts &#xe0; &#xea;tre d&#xe9;barqu&#xe9;s pour le m&#xe9;choui.
Je vis des enfants partir &#xe0; la nage &#xe0; sa rencontre. Ils mont&#xe8;rent sur la barge
et se mirent &#xe0; jeter les moutons &#xe0; la mer malgr&#xe9; les protestations du pilote,
impuissant. En quelques minutes il n’y avait plus un seul mouton sur &lt;st1:personname productid=&quot;la barge. C&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la barge. C’&#xe9;tait atroce, on
voyait les moutons flotter un court instant puis dispara&#xee;tre s&#xfb;rement alourdis
par leur laine mouill&#xe9;e.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;On commanda d’autres moutons qui, eux, arriv&#xe8;rent sous bonne
escorte. Puis, nous longe&#xe2;mes la c&#xf4;te et l&#xe0; je vis un spectacle qui me
fascina : des p&#xe9;niches de d&#xe9;barquement, comme dans le Jour le Plus Long,
d&#xe9;versaient des troupes arm&#xe9;es. Je n’en croyais pas mes yeux. Une sorte d’angoisse
me reprit, &#xe0; quoi s’attendait on r&#xe9;ellement ? Les menaces de la veille
&#xe9;taient-elles finalement justifi&#xe9;es ? Je demandai &#xe0; &#xea;tre conduit sur le
lieu de la r&#xe9;union, grand terrain vague o&#xf9; quelques enfants jouaient au foot
avec une bo&#xee;te de conserve. Des hommes habill&#xe9;s de couleurs vives et munis de
longs b&#xe2;tons de marche arrivaient par dizaines. C’&#xe9;taient les invit&#xe9;s, les
fameux chefs que l’on attendait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus tard, on m’annon&#xe7;a que le bateau du Pr&#xe9;sident
allait entrer dans le port. Je d&#xe9;cidai donc d’aller &#xe0; sa rencontre pour
l’accueillir. Il y avait dans la cour un petit fourgon de CRS aux vitres
grillag&#xe9;es comme on en voit dans les manifestations &#xe0; Paris. Je demandai aux
occupants de me conduire au port. A ce moment l&#xe0;, on me dit qu’un incendie
s’&#xe9;tait d&#xe9;clar&#xe9; l&#xe0;-bas. Je montai pr&#xe9;cipitamment sur les remparts de la
citadelle et vis une &#xe9;paisse fum&#xe9;e noire s’&#xe9;lever au-dessus de &lt;st1:personname productid=&quot;la ville. Tr&#xe8;s&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la ville. Tr&#xe8;s inquiet,
j’activai le chauffeur du fourgon pour vite rejoindre le port, rassur&#xe9; par la
pr&#xe9;sence des trois ou quatre CRS qui m’accompagnaient. Nous d&#xe9;val&#xe2;mes les
ruelles quand soudain une explosion se produisit juste devant nous. Le fourgon
sursauta, le chauffeur pila et je lui criai de faire marche arri&#xe8;re et de
rentrer. Une fum&#xe9;e brune envahissait la ruelle.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De retour &#xe0; la r&#xe9;sidence, un des occupants du fourgon
m’annon&#xe7;a qu’il s’&#xe9;tait agi d’une grenade. Une grenade ? Mais l&#xe0; &#xe7;a
devenait s&#xe9;rieux ! Tr&#xe8;s s&#xe9;rieux car on commen&#xe7;a &#xe0; entendre des explosions
un peu partout dans &lt;st1:personname productid=&quot;la ville. Nous&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la
ville. Nous &#xe9;tions devant le portail de la r&#xe9;sidence, impuissants,
en train d’assister &#xe0; l’&#xe9;colosion d’une violente &#xe9;meute. Je me demandai s’il
&#xe9;tait bien prudent de rester l&#xe0;, expos&#xe9;s. La r&#xe9;sidence se trouvait sur la
hauteur du village. Sur notre gauche, au bout des remparts, le terrain redescendait
et on ne voyait donc pas ce qui s’y passait. Et l&#xe0;, je vis un cr&#xe2;ne ras&#xe9;
appara&#xee;tre puis le corps d’un l&#xe9;gionnaire arm&#xe9; d’une mitraillette, suivi d’un
autre, encore un autre… Une colonne avan&#xe7;ait et passa devant nous, les regards
&#xe9;taient fixes, dirig&#xe9;s droit devant, aucun ne fit attention &#xe0; nous. Je
ressentis un grand soulagement car je pensais qu’ils allaient s’arr&#xea;ter et nous
prot&#xe9;ger en forme de bouclier. Pas du tout, la colonne continua et descendit
tranquillement la rue d’acc&#xe8;s &#xe0; la r&#xe9;sidence, vers le cœur de &lt;st1:personname productid=&quot;la ville. Les&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la ville. Les explosions
redoublaient. Je me dis que ces l&#xe9;gionnaires allaient se faire massacrer, sans
aucune protection, sans m&#xea;me un casque. Et l&#xe0;, magie, au fur et &#xe0; mesure que la
colonne descendait les explosions arr&#xea;taient. Pourtant on n’entendait aucune
rafale de mitraillette, aucun combat. La simple vue des l&#xe9;gionnaires faisait
fuir les &#xe9;meutiers. C’&#xe9;tait fascinant, irr&#xe9;el, magnifique. Le calme &#xe9;tait
revenu et je pus aller r&#xe9;cup&#xe9;rer le Pr&#xe9;sident, au port. Un tas de pneus fumait encore.
Le Pr&#xe9;sident attendait, impassible, seul avec sa petite escorte.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant le retour &#xe0; la r&#xe9;sidence, je dressai au Pr&#xe9;sident un
tableau de la situation en essayant de rester calme, &#xe0; son image. Nous nous
rend&#xee;mes au terrain de &lt;st1:personname productid=&quot;la r&#xe9;union. Il&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la
r&#xe9;union. Il &#xe9;tait noir de monde. Les m&#xe9;chouis tournaient dans
un calme bon enfant qui faisait totalement oublier l’ambiance de &lt;st1:personname productid=&quot;la matin&#xe9;e. En&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la matin&#xe9;e. En passant &#xe0;
c&#xf4;t&#xe9; d’un petit b&#xe2;timent en b&#xe9;ton j’entendis qu’on m’appelait. C’&#xe9;tait Pierre
B. le journaliste fran&#xe7;ais du journal local &#xab; Le R&#xe9;veil de Djibouti &#xbb;
et pigiste de l’AFP.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#xe8;s mon arriv&#xe9;e &#xe0; Djibouti, on m’avait pr&#xe9;sent&#xe9; &#xe0; lui. Il
m’avait regard&#xe9; de travers, derri&#xe8;re ses lunettes, en lissant sa moustache en
signe de m&#xe9;fiance, car je repr&#xe9;sentais pour lui un sp&#xe9;cialiste de l’intox parachut&#xe9;
l&#xe0; pour tromper et endormir &lt;st1:personname productid=&quot;la presse. Apr&#xe8;s&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la
presse. Apr&#xe8;s quelque temps de m&#xe9;fiance nos relations se sont
am&#xe9;lior&#xe9;es car il s’est rendu compte que je n’&#xe9;tais pas un conseiller comme les
autres et il m’a racont&#xe9; l’incroyable &#xe9;pop&#xe9;e qui l’avait conduit &#xe0; Djibouti.
Fils d’un g&#xe9;n&#xe9;ral &#xe0; la retraite, &#xe9;lev&#xe9; dans le 16&lt;sup&gt;&#xe8;me&lt;/sup&gt; arrondissement
de Paris, il avait, un jour, d&#xe9;cid&#xe9; de partir vivre sa vie sans aucune aide ni
appui. Son r&#xea;ve, l’Afrique. Il se souvenait de ses s&#xe9;jours dans l’ancienne
Afrique coloniale avec son p&#xe8;re alors en activit&#xe9;. Il partit donc en direction
de l’Afrique de l’Est, atterrit &#xe0; &lt;a name=&quot;OLE_LINK2&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a name=&quot;OLE_LINK1&quot;&gt;&lt;font&gt;Addis Abeba&lt;/font&gt;&lt;/a&gt;, la capitale de
l’Ethiopie. De l&#xe0; il se rendit &#xe0; Djibouti par le c&#xe9;l&#xe8;bre train (voir : &lt;a href=&quot;http://membres.lycos.fr/ecolekessel/djibouti/train.htm&quot;&gt;http://membres.lycos.fr/ecolekessel/djibouti/train.htm&lt;/a&gt;
et aussi &lt;a href=&quot;http://ancienscolbleus.forumactif.com/CAMPAGNES-c3/DJIBOUTI-f15/Djibouti-t452-220.htm&quot;&gt;http://ancienscolbleus.forumactif.com/CAMPAGNES-c3/DJIBOUTI-f15/Djibouti-t452-220.htm&lt;/a&gt;
o&#xf9; figurent des photos du pays), qui gardait encore les vagues traces du luxe
de sa grande &#xe9;poque, bien que les ch&#xe8;vres aient remplac&#xe9; les riches voyageurs.
Arriv&#xe9; &#xe0; Djibouti, son sac de marin pour seul bagage, il chercha quoi faire
pour y rester. Ce que cela a d’incroyable, c’est qu’aucun Europ&#xe9;en –hormis de
tr&#xe8;s rares aventuriers– ne se rendait dans ce pays lointain et hostile sans une
raison professionnelle avec des garanties de revenus et de protections maxima.
Notre Pierre fut engag&#xe9; au journal local et &#xe9;tait l&#xe0; depuis 2 ou 3 ans &#xe0;
couvrir l’actualit&#xe9; r&#xe9;gionale et envoyer des d&#xe9;p&#xea;ches &#xe0; l’AFP.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Lorsque je le vis bien install&#xe9; sur son toit, les jambes
pendantes, l’appareil photo sur les cuisses, il&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;prit un air goguenard accentu&#xe9; certainement par mon expression crisp&#xe9;e
qui voulait ressembler &#xe0; un sourire. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#xe9;union commen&#xe7;a. Le Pr&#xe9;sident monta sur une sorte de
tribune et commen&#xe7;a &#xe0; s’adresser au public. D&#xe8;s ses premi&#xe8;res paroles, on
devina une certaine agitation en bordure de l’assembl&#xe9;e. Des invit&#xe9;s partaient
en courant. Bient&#xf4;t, le terrain fut vide, occup&#xe9; seulement par des enfants qui
se battaient &#xe0; coup de pierres. Cette arme, car s’en &#xe9;tait bien une, &#xe9;tait une
des sp&#xe9;cialit&#xe9;s de Djibouti. On s’entretuait &#xe0; coup de pierres. Lanc&#xe9;es comme
pour faire des ricochets dans l’eau, elles vous atteignaient avec pr&#xe9;cision
dans la tempe ou dans &lt;st1:personname productid=&quot;la gorge. Il&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la
gorge. Il y avait m&#xea;me des tireurs d’&#xe9;lite. Une compagnie de
CRS, avec casques et boucliers, avait bien tent&#xe9; de nous prot&#xe9;ger en chargeant
ces gamins mais avaient vite renonc&#xe9; devant leur nombre et leur d&#xe9;termination.
L’arm&#xe9;e &#xe9;tait rest&#xe9;e invisible volontairement pour &#xe9;viter d’en rajouter. La
r&#xe9;union &#xe9;tait foutue, c’&#xe9;tait un fiasco. Pierre &#xe9;tait hilare. Nous nous sommes
donc tous repli&#xe9;s vers la r&#xe9;sidence et tout le monde est reparti &#xe0; Djibouti
dans une rotation d’avions.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je restais le dernier. Mais voil&#xe0;, plus d’avions. Pourtant j’avais
envie de quitter au plus vite cet endroit de cauchemar. Il me restait le
bateau. Le fourgon de CRS me conduisit au port et repartit. Je montai dans la
vedette qui m’avait amen&#xe9; et le pilote me montra les instruments de navigation
d&#xe9;truits, la radio saccag&#xe9;e. Il fallait partir quand m&#xea;me, et vite ! En
m&#xea;me temps, je m’aper&#xe7;us que des invit&#xe9;s rest&#xe9;s sur le carreau, comme moi,
sautaient sur le bateau pour fuir, eux aussi. Ils &#xe9;taient trop nombreux et le
bateau s’enfon&#xe7;ait. J’essayai de les chasser mais plus il en descendait, plus
il en remontait. Je re&#xe7;us une pierre en pleine figure. C’&#xe9;tait suffisant pour
que je me r&#xe9;fugie dans la cabine et donne l’ordre au pilote de d&#xe9;marrer. Nous
nous sommes barricad&#xe9;s dans &lt;st1:personname productid=&quot;la cabine. Le&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la
cabine. Le bateau tanguait fortement &#xe0; cause du poids des
&#xab; passagers &#xbb; entass&#xe9;s tout autour de nous, en grappe. Et puis, la
nuit est tomb&#xe9;e, la mer s’est form&#xe9;e. Le bateau &#xe9;tait chahut&#xe9; par de grosses
vagues, d&#xe9;s&#xe9;quilibr&#xe9; par &lt;st1:personname productid=&quot;la surcharge. La&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la
surcharge. La nuit &#xe9;tait noire. Le pilote se tourna vers moi
et me dit, l’air g&#xea;n&#xe9; :&lt;br /&gt;&#xab; Un moteur vient de l&#xe2;cher… &#xbb;. L&#xe0; je m’aper&#xe7;us
qu’il n’avait qu’un œil. Un œil, un moteur, ni radio, ni instrument, le
d&#xe9;s&#xe9;quilibre et &lt;st1:personname productid=&quot;la temp&#xea;te. Je&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la
temp&#xea;te. Je voyais mal comment on pouvait s’en sortir. Au
bout de plusieurs heures on finit par voir des lumi&#xe8;res de Djibouti, oui
c’&#xe9;tait forc&#xe9;ment elle, enfin !
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Lorsque nous avons accost&#xe9; j’avais les jambes en coton. Je
sortis de la cabine et l&#xe0;, je m’aper&#xe7;us que le bateau &#xe9;tait beaucoup moins
charg&#xe9;, apparemment il ne restait que la moiti&#xe9; des gens. Je compris alors
l’horrible r&#xe9;alit&#xe9;. Tout &#xe7;a c’&#xe9;tait pass&#xe9; l&#xe0;, autour de moi, si pr&#xe8;s et je ne
m’en &#xe9;tais m&#xea;me pas rendu compte. Pendant longtemps je ne pus m’endormir sans
repenser &#xe0; cette travers&#xe9;e de cauchemar et en essayant de trouver le moyen qui
m’aurait permis, sur le moment, d’emp&#xea;cher &#xe7;a. Rien &#xe0; faire, je ne pus
finalement l’attribuer qu’&#xe0; une tragique fatalit&#xe9;. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Fri, 25 May 2007 10:06:00 GMT</pubDate></item><item><title>Djibouti</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/22/5036818.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/22/5036818.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/5036818/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/22/5036818.html</guid><description>
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Il &#xe9;tait 4 heures du matin. J’ai parl&#xe9; de soleil mais
maintenant je me souviens qu’il faisait nuit. L’a&#xe9;roport de Djibouti &#xe9;tait
grouillant de monde. Il faut dire qu’il n’y avait qu’un avion par semaine
depuis Paris, l’arriv&#xe9;e des m&#xe9;tropolitains &#xe9;tait donc un &#xe9;v&#xe9;nement pour les
familles et les amis. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je fus accueilli par l’homme qui avait sembl&#xe9; me conna&#xee;tre
au minist&#xe8;re. Il &#xe9;tait accompagn&#xe9; d’un groupe de gens souriants en chemisettes
et robes l&#xe9;g&#xe8;res. J’&#xe9;tais &#xe9;tonn&#xe9; car ils &#xe9;taient venus pour moi. Les pr&#xe9;sentations
faites, chacun me dit son petit mot de bienvenue, c’&#xe9;tait tr&#xe8;s r&#xe9;confortant et
rassurant car j’&#xe9;tais pas mal d&#xe9;boussol&#xe9;. Table ouverte, c’est ce qu’ils me
disaient tous. J’ai vite compris qu’il s’agissait d’une coutume de l’Outre-Mer.
Chaque coop&#xe9;rant ou fonctionnaire affect&#xe9; dans un territoire ou autrefois une
colonie avait v&#xe9;cu au moins une fois l’exp&#xe9;rience d’une installation p&#xe9;nible.
Un logement lui avait &#xe9;t&#xe9; promis avant son d&#xe9;part. Confiant, il avait d&#xe9;barqu&#xe9;
avec toute sa famille et s’&#xe9;tait retrouv&#xe9; pendant des mois &#xe0; l’h&#xf4;tel. Pour son
poste suivant, il arrivait donc seul et une fois obtenue la fameuse maison, il
faisait venir sa famille. Pendant toute cette p&#xe9;riode il vivait donc seul,
isol&#xe9; dans une chambre d’h&#xf4;tel. Solidaires, les autres coop&#xe9;rants qui, eux,
&#xe9;taient enfin install&#xe9;s avec leur famille apr&#xe8;s avoir v&#xe9;cu le m&#xea;me parcours,
ouvraient leur table &#xe0; ce nouvel arrivant car on avait fait la m&#xea;me chose pour
eux. Ainsi, on pouvait d&#xe9;barquer, sans pr&#xe9;venir, &#xe0; l’heure du d&#xe9;jeuner ou du d&#xee;ner,
chez n’importe lequel de ces nouveaux amis et automatiquement on vous sortait
une assiette. C’&#xe9;tait chaleureux et commode. Ainsi, je d&#xe9;couvrais ces gens
nouveaux et tr&#xe8;s diff&#xe9;rents de ceux que j’avais connus auparavant. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque je me suis install&#xe9; dans ma maison, car moi j’en
avais bien eu une, il faut dire que j’&#xe9;tais Conseiller du Pr&#xe9;sident, je fus
pris d’une vraie angoisse. Je r&#xe9;alisais soudain que j’&#xe9;tais l&#xe0;, loin de ma vie,
de ceux que j’aimais, de tout ce qui m’&#xe9;tait familier. Pour en rajouter, la
maison malgr&#xe9; la chaleur ambiante n’avait rien de chaleureux. La d&#xe9;coration
&#xe9;tait inexistante, le mobilier simple et moche, rien sur les murs blanchis &#xe0; la
chaux et il n’y avait pas de carreaux aux fen&#xea;tres, juste des volets. La douche
ressemblait &#xe0; celle des bains-douches populaires o&#xf9; on allait avec l’&#xe9;cole pour
nous nettoyer. Mosa&#xef;que marron du sol au plafond, grosse pomme de douche fixe,
mais quand m&#xea;me &lt;st1:personname productid=&quot;la bienvenue. Quand&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la
bienvenue. Quand je tournai le robinet d’eau chaude, rien.
Bon d&#xe9;but. De toute fa&#xe7;on je me dis qu’&#xe9;tant donn&#xe9;e la chaleur une douche
froide &#xe9;tait pr&#xe9;f&#xe9;rable. L’eau froide coula, rouge et chaude. J’ai d’abord
pens&#xe9; qu’ils s’&#xe9;taient tromp&#xe9;s et avaient invers&#xe9; les tuyaux mais non, l’eau de
Djibouti &#xe9;tait chaude, tout le temps, m&#xea;me si on la faisait couler pendant des
heures. Il n’y avait pas de chauffe-eau &#xe0; Djibouti. Le rouge s’estompa petit &#xe0;
petit pour finir rose. J’ai appris ensuite que si on voulait prendre un bain
relativement ti&#xe8;de il fallait remplir la baignoire le matin avant de partir
pour en profiter vers 13h.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gestion du chaud et du froid, si elle &#xe9;tait banalis&#xe9;e par
les habitants, est tr&#xe8;s vite devenue une pr&#xe9;occupation nouvelle pour moi. En
cas de panne de r&#xe9;frig&#xe9;rateur ou d’&#xe9;lectricit&#xe9;, il y avait une m&#xe9;thode pour
rafra&#xee;chir une bouteille : l’envelopper d’un linge humide et la suspendre
&#xe0; un fil. L’air ambiant &lt;st1:personname productid=&quot;la refroidissait. Lorsque&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la refroidissait. Lorsque l’on sortait de son bureau
climatis&#xe9; et qu’on se retrouvait sous le soleil de midi, &#xe9;crasant et mortel, on
&#xe9;tait instantan&#xe9;ment ruisselant, tremp&#xe9;. En arrivant chez soi, apr&#xe8;s un
d&#xe9;jeuner arros&#xe9; de vin ros&#xe9; sudorifique, on se pr&#xe9;cipitait dans le bain ti&#xe8;de
coul&#xe9; le matin. Ruisselant (d’eau autant que d&#xe9;j&#xe0; de sueur), on se jetait sur
le lit dans la merveilleuse chambre climatis&#xe9;e, glaciale. Apr&#xe8;s cette sieste
obligatoire, on se r&#xe9;veillait tremp&#xe9; &#xe0; nouveau car la chambre glaciale, en
fait, &#xe9;tait chaude.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile d’imaginer combien un climat peut devenir
une pr&#xe9;occupation permanente, le jour comme &lt;st1:personname productid=&quot;la nuit. On&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la nuit. On dit que Djibouti
est le pays le plus chaud du monde et aussi le plus humide. J’ai vu des enfants
vendre aux rares touristes ou plut&#xf4;t aux &#xe9;trangers en escale, des petites
bouteilles de Perrier en verre compl&#xe8;tement d&#xe9;form&#xe9;es par le soleil, qu’ils
avaient simplement ramass&#xe9;es sur des tas d’ordures. Un militaire m’a montr&#xe9; la
paume de sa main br&#xfb;l&#xe9;e au 3&lt;sup&gt;&#xe8;me&lt;/sup&gt; degr&#xe9; par une poign&#xe9;e de porte en
fer. Il &#xe9;tait impossible et dangereux de rester expos&#xe9; au soleil. Il fallait
absolument trouver de l’ombre.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je pensais qu’avec la mer je profiterais enfin d’un peu de
fra&#xee;cheur. Et non, la mer &#xe9;tait chaude, tr&#xe8;s chaude et incroyablement sal&#xe9;e. A
tel point qu’en s’y baignant, on flottait comme un bouchon. Tr&#xe8;s vite je
profitai des exp&#xe9;ditions au large, le week-end, sur les bateaux rapides de mes
amis o&#xf9; l&#xe0;, la mer &#xe9;tait fra&#xee;che et transparente mais farcie de requins, de
mur&#xe8;nes, de barracudas et autres dangereuses bestioles. Mais tout &#xe7;a &#xe9;tait
extraordinaire &#xe0; voir. On voyait, depuis le bateau, des fonds vertigineux
color&#xe9;s par les poissons multicolores.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie &#xe0; Djibouti &#xe9;tait compl&#xe8;tement artificielle. La France
avait cr&#xe9;&#xe9; ce port en 1888, &#xe0; l’entr&#xe9;e de &lt;st1:personname productid=&quot;la mer Rouge&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la mer Rouge, dans un
endroit strat&#xe9;gique o&#xf9; il n’y avait rien auparavant, m&#xea;me pas un semblant de
petit port ou de village, rien. Attir&#xe9;es par l’argent des colons, les
populations ennemies d’Ethiopie et de Somalie sont venues y cohabiter tant bien
que mal et plut&#xf4;t mal que bien. La forte pr&#xe9;sence militaire fran&#xe7;aise a
instaur&#xe9; un certain &#xe9;quilibre et un calme apparent. Cette pr&#xe9;sence &#xe9;tait
partout : 2 500 militaires &#xe0; l’&#xe9;poque o&#xf9; j’y &#xe9;tais, un porte-avions mouillant
dans le port en permanence, le Foch ou le Cl&#xe9;menceau, et une armada de troupes
de tous les corps d’arm&#xe9;e y compris &lt;st1:personname productid=&quot;la L&#xe9;gion Etrang&#xe8;re&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la L&#xe9;gion Etrang&#xe8;re calmait les haines tout en g&#xe9;n&#xe9;rant une v&#xe9;ritable &#xe9;conomie car il faut rappeler
que tout Fran&#xe7;ais mettant les pieds &#xe0; Djibouti touchait 3 fois son salaire
m&#xe9;troplolitain. Une aubaine pour ce petit monde grouillant. En fait, grouillant
n’est pas le terme parce que les Djiboutiens &#xe9;taient lents, abrutis par le Kat,
herbe hallucinog&#xe8;ne qu’ils m&#xe2;chaient &#xe0; longueur de journ&#xe9;e.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Les femmes &#xe9;taient tr&#xe8;s belles, les traits fins, souvent les
yeux verts, drap&#xe9;es dans des robes multicolores. Mais ce qui noircissait ce
tableau &#xe9;tait de savoir qu’elles &#xe9;taient toutes excis&#xe9;es depuis leur plus jeune
&#xe2;ge et que, malgr&#xe9; toutes les tentatives humanitaires, elles infligeaient encore,
avec obstination, cette mutilation &#xe0; leurs propres filles.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le climat avait fait de Djibouti un lieu d&#xe9;sertique de
cailloux et d’&#xe9;pineux que les ch&#xe8;vres broutaient sans se blesser. Aucun insecte
ni animal sauvage n’avait pu y subsister. Sauf quelques gros scorpions que l’on
pouvait retrouver, le soir, sous son lit. Quelqu’un m’a dit :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Djibouti c’est la lune !&#xbb;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Au milieu de tout &#xe7;a, lorsqu’on sortait de la ville pour
rejoindre un village perdu dans le territoire, on croisait de rares bergers qui
marchaient en plein soleil, pieds nus, accompagn&#xe9;s de 2 ou 3 ch&#xe8;vres, leur
seule fortune, et qui se rendaient Dieu sait o&#xf9;, &#xe0; des centaines de kilom&#xe8;tres
de toute habitation. C’&#xe9;tait incroyable. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain de mon arriv&#xe9;e j’allai &#xe0; la Pr&#xe9;sidence, sorte
de b&#xe2;timent administratif moderne. On me pr&#xe9;senta ma secr&#xe9;taire, une jeune
Afar, souriante et accueillante. Les seuls Europ&#xe9;ens &#xe9;taient la Secr&#xe9;taire du
Pr&#xe9;sident, une jolie femme vive et autoritaire, un Conseiller charg&#xe9; de mettre
en place &lt;st1:personname productid=&quot;la future Coop&#xe9;ration&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la future
Coop&#xe9;ration, un Conseiller Diplomatique envoy&#xe9; par le Quai
d’Orsay, un Directeur de Cabinet, ancien administrateur des Colonies en fin de
carri&#xe8;re, et un Secr&#xe9;taire G&#xe9;n&#xe9;ral, m&#xea;me profil. Les pr&#xe9;sentations &#xe9;tant faites
je me suis install&#xe9; dans mon bureau avec cette question angoissante en
t&#xea;te : &#xab; Quoi faire ? &#xbb;. Comme j’&#xe9;tais, en principe, un
sp&#xe9;cialiste de la presse je me disais que j’allais bien voir d&#xe9;barquer un
journaliste, pour m’occuper. Je n’eus pas longtemps &#xe0; attendre. Le Pr&#xe9;sident
m’appela :
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Monsieur le Conseiller, j’ai d&#xe9;cid&#xe9; de r&#xe9;unir &#xe0;
Tadjoura&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;tous les chefs Afars et Issas.
Je souhaiterais que vous organisiez cette rencontre &#xbb;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;J’&#xe9;tais ragaillardi. J’avais quelque chose &#xe0; faire. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Tadjoura est une ville situ&#xe9;e au Nord, de l’autre c&#xf4;t&#xe9; de &lt;st1:personname productid=&quot;la baie. Elle&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la baie du m&#xea;me nom, en face de Djibouti. Elle fut un important centre de commerce de
trafics d&apos;armes et d&apos;esclaves. Arthur Rimbaud y v&#xe9;cut quelques ann&#xe9;es o&#xf9; il
s&apos;essaya au commerce des armes.) &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Directeur de Cabinet me donna les d&#xe9;tails du projet. Il
s’agissait d’une rencontre entre des centaines de chefs autour d’un m&#xe9;choui
g&#xe9;ant, en pays Afar, bord&#xe9; par l’Ethiopie, et tr&#xe8;s loin de &lt;st1:personname productid=&quot;la capitale. C&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la capitale. C’&#xe9;tait
p&#xe9;rilleux voire m&#xea;me dangereux. J’avais carte blanche pour que tout se passe
bien.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma premi&#xe8;re d&#xe9;marche a &#xe9;t&#xe9; de rencontrer le Haut Commissaire
de la R&#xe9;publique, install&#xe9; dans un grand et beau palais colonial situ&#xe9; &#xe0; la
pointe de la ville, face &#xe0; &lt;st1:personname productid=&quot;la mer. Si&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la
mer. Si le Territoire disposait d’une certaine autonomie avec
assembl&#xe9;e territoriale &#xe9;lue et ministres responsables des secteurs civils, la
France gardait la mainmise sur l’Etat Civil et l’arm&#xe9;e. Le Haut Commissaire
avait &#xe9;t&#xe9; inform&#xe9; de l’intention du Pr&#xe9;sident, qu’il consid&#xe9;rait comme une
h&#xe9;r&#xe9;sie dans cette ambiance politique explosive. Mais bon, puisque Paris &#xe9;tait
d’accord…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a donc organis&#xe9; une r&#xe9;union pr&#xe9;paratoire avec les chefs
militaires fran&#xe7;ais dans la grande salle du palais. C’&#xe9;tait impressionnant.
Autour de la table &#xe9;taient r&#xe9;unis les plus hauts grad&#xe9;s de l’arm&#xe9;e. Un g&#xe9;n&#xe9;ral
commandant les forces fran&#xe7;aises, des colonels, le commandant du Foch, des
repr&#xe9;sentants de tous les corps d’arm&#xe9;e : la l&#xe9;gion &#xe9;trang&#xe8;re,
l’infanterie, la marine, les parachutistes, l’aviation et m&#xea;me les compagnies
de CRS. En tout, une vingtaine de hauts grad&#xe9;s que j’&#xe9;tais bien incapable de
diff&#xe9;rencier, n’ayant pas fait mon service militaire, except&#xe9; le g&#xe9;n&#xe9;ral avec
ses &#xe9;toiles. Lorsque je suis entr&#xe9; ils se sont tous lev&#xe9;s. J’&#xe9;tais sid&#xe9;r&#xe9;.
J’&#xe9;tais donc si important ? L’effet, sur moi, a &#xe9;t&#xe9; incroyable. Mais, bien
s&#xfb;r, j’ai fait comme si c’&#xe9;tait normal et nous avons commenc&#xe9; &lt;st1:personname productid=&quot;la r&#xe9;union. J&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la r&#xe9;union. J’avais
apport&#xe9; une carte g&#xe9;ographique pour leur indiquer le lieu de &lt;st1:personname productid=&quot;la manifestation. Ils&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la manifestation. Ils se sont tous lev&#xe9;s pour &lt;st1:personname productid=&quot;la regarder. Ca&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la
regarder. Ca ressemblait aux sc&#xe8;nes des films de guerre o&#xf9;
l’on voit les militaires alli&#xe9;s en train de pr&#xe9;parer le d&#xe9;barquement. Apr&#xe8;s mon
expos&#xe9;, le g&#xe9;n&#xe9;ral a mis sur pied un plan auquel je n’ai pas compris
grand-chose. J’&#xe9;tais quand m&#xea;me rassur&#xe9; de savoir que l’arm&#xe9;e fran&#xe7;aise serait
l&#xe0; pour assurer la s&#xe9;curit&#xe9;.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je partis la veille sur une vedette de la Pr&#xe9;sidence,
pilot&#xe9;e par un Djiboutien. Apr&#xe8;s trois heures de travers&#xe9;e je d&#xe9;barquais dans
un endroit magique. Une citadelle blanche orientale avec son minaret et ses
hauts murs cr&#xe9;nel&#xe9;s. Dans le port, quelques boutres dormaient et sur la plage
trois ou quatre gamins coururent &#xe0; notre rencontre. Je fus accueilli par le
Commandant de Cercle, un administrateur corse, qui me dressa tr&#xe8;s vite un
tableau inqui&#xe9;tant de la situation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#xab; Cette r&#xe9;union est insens&#xe9;e, l’arm&#xe9;e &#xe9;thiopienne est
en attente, de l’autre c&#xf4;t&#xe9; de &lt;st1:personname productid=&quot;la fronti&#xe8;re. Tous&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la fronti&#xe8;re. Tous les habitants du coin sont
hostiles et pr&#xea;ts &#xe0; d&#xe9;clencher des &#xe9;meutes. Mon pauvre, je n’aimerais pas &#xea;tre
&#xe0; votre place… &#xbb;. Sur ces paroles alarmantes, nous nous install&#xe2;mes
confortablement dans l’immense patio sur d’agr&#xe9;ables coussins pour boire le
pastis bienvenu et quelque peu r&#xe9;confortant. Apr&#xe8;s le d&#xee;ner, dans le m&#xea;me
patio, autour d’un cognac bienvenu et de plus en plus r&#xe9;confortant,
l’administrateur &#xe9;valuait les morts, les cons&#xe9;quences internationales qu’allait
engendrer l’affrontement entre l’arm&#xe9;e fran&#xe7;aise et l’arm&#xe9;e &#xe9;thiopienne, notre
&#xe9;vacuation, tout &#xe7;a accompagn&#xe9; par le muezzin qui du haut de son minaret
clamait des paroles qui semblaient dirig&#xe9;es contre nous. Bref, tout ce qui
fallait pour que je passe une bonne nuit. Pour clore le tout un Djiboutien
obs&#xe9;quieux faisait irruption r&#xe9;guli&#xe8;rement pour tenir mon h&#xf4;te au courant de
l’arriv&#xe9;e incessante d’Afars entra&#xee;n&#xe9;s, arm&#xe9;s jusqu’au dents venant d’Ethiopie.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Apr&#xe8;s avoir demand&#xe9; &#xe0; un serviteur de me d&#xe9;barrasser du beau
scorpion install&#xe9; sous mon lit, je me couchai et passai une des plus belles
nuits de ma vie.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Tue, 22 May 2007 09:57:00 GMT</pubDate></item><item><title>le retour &#xe0; paris</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/18/4993943.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/18/4993943.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/4993943/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/18/4993943.html</guid><description>
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Rentr&#xe9; d&#xe9;finitivement &#xe0; Paris, je me retrouvai assis, chez
ma m&#xe8;re, fixant un point avec l’impression que le vide &#xe9;tait aussi bien
derri&#xe8;re que devant moi.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Il fallait que je fasse quelque chose, et vite, pour vivre
et revivre. J’appelai des amis et des copains, je les bassinais avec ma vie
pass&#xe9;e. Avec certains je m’&#xe9;tendais sur l’&#xe9;chec total de mes entreprises
familiales et professionnelles, avec d’autres je ne parlais que de bien et de
r&#xe9;ussite. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;J’ai d&#xe9;jeun&#xe9;, bien s&#xfb;r, avec mon copain Patrick qui avait &#xe9;t&#xe9;
contraint d’abandonner ExpoTransAfrique car l’ampleur que prenait l’op&#xe9;ration
avait fini par affoler les vieux fonctionnaires endormis du Comit&#xe9; Fran&#xe7;ais des
Expositions. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n’avait pas perdu le contact. Il venait fr&#xe9;quemment me
voir &#xe0; Cour Cheverny dans des voitures rapides et bruyantes, d&#xe9;barquant sans
pr&#xe9;venir &#xe0; 7h du matin pour un petit-d&#xe9;jeuner &#xe0; base d’œufs &#xe0; &lt;st1:personname productid=&quot;la coque. Tout&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la coque. Pour lui, tout allait
toujours bien, je n’ai jamais rencontr&#xe9; depuis un tel optimisme. M&#xea;me si ses
affaires &#xe9;taient au plus bas il les pr&#xe9;sentait de plus en plus florissantes,
d&#xe9;tails &#xe0; la cl&#xe9;.
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours du d&#xe9;jeuner il m’abreuva de ses projets mirifiques,
de rentr&#xe9;es d’argent colossales, d’accords pass&#xe9;s avec des gouvernements de
pays lointains sur des r&#xe9;alisations qui donnaient le vertige. A un moment il me
raconta qu’il avait d&#xe9;jeun&#xe9; avec le D&#xe9;l&#xe9;gu&#xe9; du Territoire Fran&#xe7;ais des Afars et
des Issa (Djibouti). Ce territoire &#xe9;tait encore sous la tutelle de &lt;st1:personname productid=&quot;la France. Il&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;&lt;br /&gt;la France. Il y avait
donc, au minist&#xe8;re des DOM-TOM un responsable du territoire, administrateur de
la France d’Outremer comme il en existait encore beaucoup &#xe0; l’&#xe9;poque, rescap&#xe9;s
des anciennes colonies. Patrick me raconte que son interlocuteur recherchait un
correspondant de guerre pour assister le Pr&#xe9;sident du Territoire et l’aider &#xe0;
organiser l’ind&#xe9;pendance pr&#xe9;vue pour juillet 1977, environ 6 mois plus tard.
Correspondant de guerre car l’affaire s’annon&#xe7;ait p&#xe9;rilleuse et m&#xea;me
particuli&#xe8;rement dangereuse. Je n’y fis pas plus attention qu’au reste. A la
fin du d&#xe9;jeuner il signa l’addition car invit&#xe9; permanent par le patron &#xe0; qui il
avait promis un mirobolant complexe h&#xf4;telier dans son projet de r&#xe9;novation de
l’Ile d’Antigua…
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le lendemain ce que m’avait dit Patrick me revint. Et si
c’&#xe9;tait moi le correspondant de guerre ! Je l’ai donc appel&#xe9; et ne trouvant
pas &#xe7;a absurde du tout il me dit d’entrer en contact avec le D&#xe9;l&#xe9;gu&#xe9; et de me
d&#xe9;brouiller. J’obtins donc un rendez-vous au minist&#xe8;re et je me retrouvai en
face d’un homme bronz&#xe9;, aux cheveux blancs, portant un nœud papillon au-dessus
d’une chemise bariol&#xe9;e. Je lui parlai donc de ce que m’avait dit Patrick, lui
dis que le poste m’int&#xe9;ressait mais que mon exp&#xe9;rience de la presse n’&#xe9;tait
qu’un magazine solognot et que la guerre je ne la connaissais que par les
films. La r&#xe9;ponse fut tr&#xe8;s simple :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Le pr&#xe9;sident du TFAI vient en visite &#xe0; Paris la
semaine prochaine, je vous propose de le rencontrer &#xbb;. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;J’&#xe9;tais souffl&#xe9; car je ne correspondais pas du tout au
profil qu’il attendait et m’&#xe9;tais pr&#xe9;par&#xe9; &#xe0; un refus aimable. Je passai donc
une semaine dans l’inqui&#xe9;tude et essayant d’imaginer ce que je pourrais bien
dire et r&#xe9;pondre &#xe0; ce Pr&#xe9;sident, surtout qu’avant tout &#xe7;a j’ignorais jusqu’&#xe0;
l’existence TFAI. Pour un journaliste, correspondant de guerre, c’&#xe9;tait du
joli !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le jour du rendez-vous, on me fit attendre dans une pi&#xe8;ce
dans laquelle d&#xe9;filaient des gens &#xe0; l’air affair&#xe9; et qui, parfois, semblaient
comploter dans un coin. L’un d’entre eux me parla comme s’il me connaissait, je
ne compris pas. Lorsque la porte de la pi&#xe8;ce d’&#xe0; c&#xf4;t&#xe9; s’ouvrit et que l’on
m’annon&#xe7;a que le Pr&#xe9;sident allait me recevoir, je n’en menais pas large.
Debout, se tenaient deux Africains. Un tr&#xe8;s grand et fort et un tout petit.
Tout naturellement je me dirigeai vers le grand, la main tendue :
&#xab; Mes respects Monsieur le Pr&#xe9;sident &#xbb;. Avec son doigt il me montra
discr&#xe8;tement que je m’&#xe9;tais tromp&#xe9; et que le pr&#xe9;sident c’&#xe9;tait l’autre. Bon
d&#xe9;but !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;L’entretien fut tr&#xe8;s bref : &#xab; Quand pouvez-vous
partir ? &#xbb;. Comme je ne m’attendais pas du tout &#xe0; &#xe7;a je r&#xe9;pondis
&#xab; Quand vous voulez &#xbb;. Et je me retrouvai, dans la pi&#xe8;ce d’&#xe0; c&#xf4;t&#xe9;,
avec l’homme qui semblait me conna&#xee;tre et qui avait assist&#xe9; &#xe0; l’entretien, si
on peut appeler &#xe7;a un entretien. Il me dit de laisser mes coordonn&#xe9;es, &#xe9;tat
civil et des tas d’autres renseignements, que mon salaire mensuel serait de 10 000
francs Djibouti, sachant que le franc Djibouti valait trois fois le franc
fran&#xe7;ais. Je n’en croyais pas mes oreilles. 30 000 francs par mois, &#xe0;
l’&#xe9;poque, maison fournie, boy fourni, voiture fournie ! Ils avaient d&#xfb; se
tromper, un autre candidat, le bon, allait entrer dans la pi&#xe8;ce, forc&#xe9;ment.
Mais non, tout semblait d&#xe9;j&#xe0; d&#xe9;cid&#xe9; avant mon arriv&#xe9;e. Mais par qui ?
Patrick bien s&#xfb;r ! Il avait d&#xe9;j&#xe0; tout n&#xe9;goci&#xe9; &#xe0; mon insu. En fait, cet
entretien n’&#xe9;tait pas du tout une candidature mais simplement une pr&#xe9;sentation
au Pr&#xe9;sident de son futur Conseiller choisi entre mille.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je rentrai vid&#xe9; car m&#xea;me si j’y &#xe9;tais all&#xe9; pour me faire
recruter je pensais, au fond, que je n’avais aucune chance. Et &#xe7;a me rassurait.
Mais maintenant que c’&#xe9;tait d&#xe9;cid&#xe9; je me trouvais en face de l’effrayante
r&#xe9;alit&#xe9; : j’allais partir &#xe0; Djibouti, pour un an au minimum. C’&#xe9;tait
comment Djibouti ? Apparemment dangereux, hostile d’apr&#xe8;s ce que j’en
avais lu mais surtout, si loin ! Et puis je n’y connaissais rien &#xe0; tout
&#xe7;a, l’Afrique, la politique, la presse, organiser l’ind&#xe9;pendance d’un pays, ils
&#xe9;taient fous ! Et moi avec…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Pourtant, &#xe7;a me plaisait bien quand m&#xea;me. L’aventure !
Faire quelque chose comme &#xe7;a dans sa vie, et puis le salaire, la fonction
prestigieuse de Conseiller d’un Pr&#xe9;sident et surtout cela repr&#xe9;sentait un vrai
nouveau d&#xe9;part et une fa&#xe7;on de balayer le pass&#xe9; proche. Le hic c’&#xe9;tait
Fran&#xe7;ois. M&#xea;me si je ne vivais plus avec lui, nous &#xe9;tions dans la m&#xea;me
ville ; un an sans le voir… Je m’y r&#xe9;signai. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;On me demanda de passer au minist&#xe8;re. Le D&#xe9;l&#xe9;gu&#xe9; me briefa
longuement. J’essayai de retenir des bribes de son flot de paroles dont je ne
comprenais pas grand chose. Il m’avait pr&#xe9;par&#xe9; un &#xe9;norme dossier sur le pays,
la situation politique et son avenir. Je repartis avec et, rentr&#xe9;, me plongeai
dedans. Des textes dactylographi&#xe9;s confidentiels, des coupures de presse
terrifiantes sur des enl&#xe8;vements, la prise d’otages de Loyada au cours de
laquelle des rebelles avaient enlev&#xe9; des enfants de militaires fran&#xe7;ais dans
leur car scolaire… La tension permanente avec l’Ethiopie communiste qui, aid&#xe9;e
par l’URSS, Cuba et l’Allemagne de l’Est, tentait tout pour nous faire partir.
On parlait m&#xea;me de guerre ! Ca n’aurait pas d&#xfb; m’impressionner, j’&#xe9;tais
quand m&#xea;me devenu un correspondant de guerre &#xe9;m&#xe9;rite, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;On &#xe9;tait en hiver et on m’avait dit que l&#xe0;-bas c’&#xe9;tait l’&#xe9;t&#xe9;
et qu’il r&#xe9;gnait une chaleur terrifiante ! L’hiver &#xe9;tait m&#xea;me beaucoup
plus chaud que nos &#xe9;t&#xe9;s caniculaires.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je me rendis donc &#xab; Aux V&#xea;tements Tropicaux &#xbb;, bd
St Germain, pour m’&#xe9;quiper en costumes l&#xe9;gers, tr&#xe8;s l&#xe9;gers. J’achetai une
&#xe9;norme Samsonite et continuai avec excitation et angoisse les pr&#xe9;paratifs du
d&#xe9;part. J’avais demand&#xe9; &#xe0; Alain de m’accompagner &#xe0; l’a&#xe9;roport. Ce fut dr&#xf4;lement
&#xe9;mouvant. Un au revoir qui semblait fermer une vie, celle qu’on avait v&#xe9;cue
depuis 15 ans. Int&#xe9;rieurement j’&#xe9;tais dans un &#xe9;tat bizarre mais, une fois dans
l’avion, j’&#xe9;tais d&#xe9;j&#xe0; ailleurs, dans l’autre monde, entour&#xe9; de gens qui
paraissaient importants, comme moi, aucun touriste n’&#xe9;tant jamais all&#xe9; l&#xe0;-bas…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me replongeais dans mon dossier, essayant d’apprendre par
cœur les noms en langues locales, de comprendre la situation politique
extr&#xea;mement compliqu&#xe9;e de Djibouti coinc&#xe9;e entre la Somalie et l’Ethiopie,
ennemis de toujours et surtout de &lt;st1:personname productid=&quot;la France. Djibouti&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la France. Djibouti,
port cr&#xe9;&#xe9; de toute pi&#xe8;ce par la France &#xe9;tait peupl&#xe9;e d’Afars venant d’Ethiopie
et d’Issas de Somalie qui tous se ha&#xef;ssaient et tous nous ha&#xef;ssaient. Si
j’avais pu faire demi tour !
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Apr&#xe8;s un tr&#xe8;s long vol, l’avion s’est pos&#xe9;. Quel choc !
Quitter Roissy riche et vivant et, sans transition, voir cette d&#xe9;solation, un
d&#xe9;sert de cailloux, des militaires arm&#xe9;s patrouillant, un a&#xe9;roport moderne mais
sans vie. Lorsque la porte de l’avion s’ouvrit, un souffle de chaleur&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;inou&#xef; m’enveloppa comme venant d’un &#xe9;norme s&#xe9;choir
&#xe0; cheveux. En haut de la passerelle, j’ai cru que le soleil nous &#xe9;tait tomb&#xe9;
dessus, la chaleur &#xe9;tait monstrueuse. Je me retrouvai imm&#xe9;diatement tremp&#xe9; et
mis sous le bras ma veste que j’avais gard&#xe9;e sur moi pendant le vol glacial que
je regrettais d&#xe9;j&#xe0;…&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Fri, 18 May 2007 10:06:00 GMT</pubDate></item><item><title>Le d&#xe9;part de Sologne et les porte-cl&#xe9;s</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/17/4981694.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/17/4981694.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/4981694/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/17/4981694.html</guid><description>
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;La s&#xe9;paration fut assez p&#xe9;nible, Fran&#xe7;ois avait 5 ans et
Sylvaine avait d&#xe9;cid&#xe9; de vivre avec quelqu’un d’autre. Nos relations s‘&#xe9;taient
d&#xe9;t&#xe9;rior&#xe9;es, peu &#xe0; peu, dans une ambiance d&#xe9;cousue et d&#xe9;stabilisante. On &#xe9;tait
en 1976 et les th&#xe9;ories de certains &#xe9;taient encore celles de 68. Le mariage
ringard, la fid&#xe9;lit&#xe9; pour les bourges, les enfants &#xe0; tout le monde… Donc, m&#xea;me
si on avait envie d’essayer de repartir &#xe0; z&#xe9;ro pour reconstruire son couple,
paniqu&#xe9; par la d&#xe9;cision du d&#xe9;part de l’autre, beaucoup d’amis vous expliquaient
avec un calme et une douceur exasp&#xe9;rants que tous vos arguments &#xe9;taient
d&#xe9;pass&#xe9;s, qu’il n’y avait rien &#xe0; dire. Pour peu que l’autre soit plus que
charm&#xe9; par le th&#xe9;oricien d’en face, c’&#xe9;tait foutu.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je me suis donc retrouv&#xe9; seul dans la grande ferme. Moment
difficile, plus de journal, plus de femme, plus d’enfant. Bien s&#xfb;r d’autres
amis continuaient &#xe0; d&#xe9;filer, d&#xe9;barquant hilares, charg&#xe9;s de bouteilles de vin
moyen, toujours dispos&#xe9;s &#xe0; passer une nuit de folie. Parfois je me disais que
c’&#xe9;tait &#xe7;a la vraie vie mais, tr&#xe8;s vite, l’angoisse me reprenait &#xe0; l’id&#xe9;e de
l’avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je d&#xe9;cidai donc de quitter la r&#xe9;gion et de retourner &#xe0;
Paris. Nous avons charg&#xe9; de mes quelques affaires le break Volvo d’Alain dont
la chanson : &#xab; J’ai dix ans &#xbb; devenait un vrai succ&#xe8;s et
commen&#xe7;ait, enfin, &#xe0; lui rapporter de l’argent.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le premier disque d’Alain avait &#xe9;t&#xe9; enregistr&#xe9; avec
&#xab; Je suis un voyageur &#xbb;. Cette chanson &#xe9;tait beaucoup pass&#xe9;e sur RMC
l’&#xe9;t&#xe9; de sa sortie. Encourageant mais pas suffisant. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Aux obs&#xe8;ques de ma grand-m&#xe8;re L&#xe9;ontine, dans le petit
village de Creuse, St Maurice, le pr&#xea;tre dit : &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Comme disait le po&#xe8;te : Je suis un voyageur, ma
maison est ailleurs, je cherche une autre rive, pourvu que j’arrive… &#xbb; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;C’&#xe9;tait surr&#xe9;aliste car la chanson d’Alain &#xe9;tait quasiment
inconnue sauf pour les vacanciers du mois d’ao&#xfb;t dans le midi. Certes ils
&#xe9;taient nombreux mais je voyais mal le pr&#xea;tre en maillot de bain sur une plage
de la C&#xf4;te d’Azur, &#xe9;coutant RMC sur son transistor. Dans la petite &#xe9;glise, je
devais donc, avec lui, &#xea;tre le seul &#xe0; conna&#xee;tre &lt;st1:personname productid=&quot;la chanson. L&#xe9;ontine&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la chanson. L&#xe9;ontine&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;
qui d&#xe9;testait Alain (enfin, qui ne le d&#xe9;testait pas vraiment mais qui regardait
de travers tout &#xe9;tranger &#xe0; la famille, comme un voleur d’affection ou m&#xea;me
simplement un voleur tout court) a d&#xfb; se retourner dans son cercueil car, comme
nous l’affirmait le pr&#xea;tre, elle voyait et entendait encore tout ce qui se
disait.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;J’&#xe9;tais heureux pour Alain. Apr&#xe8;s avoir &#xe9;cout&#xe9; ses premi&#xe8;res
chansons dans le petit appartement de &lt;st1:personname productid=&quot;la rue Quinault&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la rue Quinault&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;, &#xe9;t&#xe9;
avec lui passer ses premi&#xe8;res auditions, avoir essay&#xe9; de l’aider aupr&#xe8;s des
quelques gens de radio que j’avais rencontr&#xe9;s quand je travaillais avec Danyel
G&#xe9;rard, &#xe7;a commen&#xe7;ait &#xe0; marcher. Faut dire que sa vie pendant dix ans n’avait
pas &#xe9;t&#xe9; facile. Lui, plut&#xf4;t peu s&#xfb;r de lui et pessimiste, avait pass&#xe9; une
grande partie de son temps &#xe0; &#xe9;crire des chansons, assis sur le canap&#xe9; de
l’appartement de ses beaux parents o&#xf9; il habitait avec Fran&#xe7;oise, faute de
mieux, pendant qu’elle faisait des enqu&#xea;tes pour un laboratoire pharmaceutique.
La maman de Fran&#xe7;oise passait et repassait devant le canap&#xe9;, &#xe9;vitant les jambes
du gendre jouant de la guitare, sans rien dire mais tr&#xe8;s inqui&#xe8;te pour l’avenir
de sa fille. Les adultes install&#xe9;s dans la vie r&#xe9;agissaient avec
d&#xe9;solation : &#xab; Mon vieux, &#xe7;a ne peut pas marcher, il y en a
tellement, qui veulent &#xea;tre chanteurs… &#xbb; Le p&#xe8;re de Fran&#xe7;oise, absent,
mais se sentant concern&#xe9; par les probl&#xe8;mes de sa fille : &#xab; C’est
normal, il n’a pas de m&#xe9;tier… &#xbb;.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Bref, l’avenir &#xe9;tait noir. Moi j’y croyais, j’&#xe9;tais s&#xfb;r qu’il
y arriverait.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Pour gagner quelque argent on peignait des appartements,
comme je l’ai d&#xe9;j&#xe0; dit, et parfois on trouvait des petits boulots. Nous avions
une copine qui habitait chez ses parents un grand appartement dans le 9&lt;sup&gt;&#xe8;me&lt;/sup&gt;
arrondissement &#xe0; Paris. Je remonte en arri&#xe8;re mais les souvenirs de me
reviennent au fur et &#xe0; mesure… C’&#xe9;tait donc &#xe0; l’&#xe9;poque o&#xf9; nous &#xe9;tions dans
cette &#xe9;cole de rattrapage rue des Martyrs. Notre copine nous aimait bien. Elle
nous invitait les apr&#xe8;s-midi &#xe0; chanter et jouer du piano. Un jour, la porte
d’entr&#xe9;e sonne. Notre copine &#xe9;tant sortie, je vais ouvrir croyant que c’&#xe9;tait
elle et l&#xe0; je tombe sur un petit homme avec un gros nez, tr&#xe8;s &#xe9;tonn&#xe9; de me
voir. Le temps de se remettre chacun de sa surprise avait suffi pour que
d&#xe9;marre un fou rire incontr&#xf4;lable. J’ai donc claqu&#xe9; la porte et l’homme est
rest&#xe9; sur le palier, m&#xe9;dus&#xe9;. Me pr&#xe9;cipitant dans le salon je dis &#xe0;
Alain entre deux suffocations : &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Il y a… un type… dehors… il a une t&#xea;te
incroyable ! &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;La porte sonnait &#xe0; nouveau, avec insistance. Alain se d&#xe9;voua
pendant que je riais, pli&#xe9; sur le canap&#xe9;. J’ai entendu la porte claquer et
Alain revenir en riant autant que moi ce qui, &#xe9;videment, en rajouta encore. Et
la porte sonnait, sonnait… Et si c’&#xe9;tait le p&#xe8;re de notre copine ? Panique
g&#xe9;n&#xe9;rale, que faire, c’&#xe9;tait impossible, on ne pouvait pas s’&#xe9;chapper, on &#xe9;tait
coinc&#xe9;s au 5&lt;sup&gt;&#xe8;me&lt;/sup&gt; &#xe9;tage. La porte claqua une&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;3&lt;sup&gt;&#xe8;me&lt;/sup&gt; fois et on entendit notre
copine entrer en discutant avec l’homme. Qui &#xe9;tait bien son p&#xe8;re. Il essayait
de comprendre ce qui &#xe9;tait arriv&#xe9; et demandait qui &#xe9;taient ces deux jeunes qui
ne l’avaient pas laiss&#xe9; entrer chez lui.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Lorsqu’ils entr&#xe8;rent dans le salon nous avions disparu. On
s’&#xe9;tait r&#xe9;fugi&#xe9; sur le grand balcon qui faisait l’angle de l’immeuble.
Impossible de revenir. Puis enfin, on s’est raisonn&#xe9;, on a repris notre
s&#xe9;rieux, et on est retourn&#xe9; dans le salon. Et notre copine :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Papa, je te pr&#xe9;sente Alain et Alain, deux
camarades… &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Wouf ! C’&#xe9;tait reparti et nous avec, un dans les
toilettes et l’autre sur le balcon. Depuis le salon on entendait les reprises
de respiration bruyantes comme des r&#xe2;les &#xe0; l’envers.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Au bout d’un moment nos r&#xe9;serves de rires &#xe9;tant &#xe9;puis&#xe9;es, on
a fini, avec quelques br&#xe8;ves rechutes, par r&#xe9;ussir &#xe0; affronter le bonhomme. On
a d&#xfb; trouver un pr&#xe9;texte oiseux pour se justifier. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Tous enfin install&#xe9;s dans le salon, nous avons &#xe9;cout&#xe9; le
monsieur, qui, en plus, avait une voix incroyable, comme s’il coin&#xe7;ait sa
langue sur le c&#xf4;t&#xe9; entre ses dents. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Il avait mont&#xe9; une petite affaire, florissante, de vente de
porte-cl&#xe9;s. Il faut dire qu’on &#xe9;tait en plein dans cette mode. Il y en avait
partout, toutes les marques en fabriquaient, on les collectionnait tous plus ou
moins. Comme nous &#xe9;tions d&#xe9;soeuvr&#xe9;s, le p&#xe8;re nous proposa de nous prendre comme
vendeurs. Lui, proposait aux commer&#xe7;ants de leur fabriquer des porte-cl&#xe9;s
personnalis&#xe9;s pour offrir &#xe0; leurs clients. Pour nous faire une d&#xe9;monstration il
nous emmena dans le tabac d’en bas. Il &#xe9;tait &#xe9;quip&#xe9; d’un grand classeur dans
lequel &#xe9;taient plac&#xe9;s toutes sortes de mod&#xe8;les, et d’une valise compl&#xe8;tement
remplie. On le suivit, curieux de voir comment il s’y prenait. Arriv&#xe9; dans le
tabac, il s’adressa &#xe0; la caissi&#xe8;re :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Bonjour Madame, Monsieur H. de &lt;st1:personname productid=&quot;la soci&#xe9;t&#xe9; E.,&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;la soci&#xe9;t&#xe9; E.,&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; je viens
vous proposer…Bla bla bla… &#xbb;
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Sans discuter la dame en pris 100. Une fois remont&#xe9;s dans
l’appartement :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Vous avez vu ? C’est facile. Si vous aviez pass&#xe9;
cette commande vous auriez gagn&#xe9;… (je ne me souviens pas de la somme mais elle
&#xe9;tait rondelette) et &#xe7;a a pris 10 minutes. Si vous prospectez, une rue
commer&#xe7;ante, faites le calcul de ce que vous pouvez gagner en une
journ&#xe9;e… &#xbb; On a fait, chacun dans notre t&#xea;te, un calcul difficile mais on
&#xe9;tait motiv&#xe9; : &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Il y a 6 fois 10 minutes en 1 heure, donc 6 ventes.
En estimant &#xe0; 1 minute le temps d’aller d’un magasin &#xe0; un autre, on retire
combien….Euh, je recommence… &#xbb;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Au bout d’un certain temps on n’y &#xe9;tait pas vraiment arriv&#xe9;
mais les sommes approximatives qui sortaient de nos calculatrices mentales
&#xe9;taient vertigineuses, pour nous. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;On accepta avec joie, le monsieur ne nous faisait plus rire
du tout et on se disait que si lui en avait vendu 100 en 10 minutes, nous,
les beaux jeunes gens, on en vendrait bien 500 en 5 minutes. Nous &#xe9;tions
enfin riches ! &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Nous voil&#xe0; donc partis tous les deux &#xe0; Versailles avec
classeur et valise, dans ma fameuse 203 Peugeot.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;On choisit la rue la plus commer&#xe7;ante, parce qu’on &#xe9;tait
malin. Nous sommes entr&#xe9;s dans la premi&#xe8;re boutique, parce qu’on &#xe9;tait
organis&#xe9;, mais aussi parce que la dame &#xe9;tait belle, on &#xe9;tait s&#xfb;r de notre
s&#xe9;duction. Juste avant, nous avions mis au point une strat&#xe9;gie. L’un entrait
les mains vides, nous pr&#xe9;sentait, et l’autre surgissait de derri&#xe8;re avec les
&#xe9;chantillons.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Bla, bla bla… regardez comme il y en a, comme ils
sont beaux, &#xe7;a serait bien pour vous, pour donner &#xe0; vos clients… pardon (une
cliente &#xe9;tait entr&#xe9;e), le visage ferm&#xe9; de la vendeuse s’&#xe9;tait illumin&#xe9;. Nous on
attendait dans un coin, regardant distraitement les flacons de parfum, pour
faire contenance. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Au revoir, madame, donc vous voulez bien quelques
porte-cl&#xe9;s, celui-l&#xe0; serait bien, il est chic et &#xe9;l&#xe9;gant… &#xbb; (on essayait
de refaire la d&#xe9;monstration de notre patron).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Non merci. &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Ah bon. &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Alors, sans insister et en s’excusant, nous range&#xe2;mes notre
quincaillerie &#xe9;tal&#xe9;e sur le comptoir pendant que la dame t&#xe9;l&#xe9;phonait en
regardant ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Dehors, on fit le point. Apr&#xe8;s quelques insultes &#xe9;chang&#xe9;es,
tout bas entre nous, sur la m&#xe9;chancet&#xe9; et la petite vertu de cette dame, pas si
belle dans le fond, on s’est dit qu’il fallait insister, &#xea;tre de vrais vendeurs
comme ceux qui venaient sonner &#xe0; nos portes et dont on n’arrivait pas &#xe0; se
d&#xe9;barrasser.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Deuxi&#xe8;me magasin, &#xe9;chec, le troisi&#xe8;me aussi :
&#xab; Repassez plus tard la patronne n’est pas l&#xe0;… &#xbb; Comme on ne notait
rien on ne savait m&#xea;me plus o&#xf9; il fallait revenir, alors on revenait dans une
boutique d’o&#xf9; on s’&#xe9;tait d&#xe9;j&#xe0; fait cong&#xe9;dier une heure plus t&#xf4;t. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Voyant que &#xe7;a ne marchait pas, on devenait de moins en moins
s&#xe9;rieux et celui qui entrait et parlait pour deux se retrouvait seul lorsque
apr&#xe8;s la pr&#xe9;sentation, il se retournait pour laisser la place &#xe0; l’autre. La
journ&#xe9;e finie nous n’avions rien vendu.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;En dressant notre triste bilan, assis dans la 203, les
contraventions de la journ&#xe9;e &#xe9;tal&#xe9;es sur le tableau de bord, on s’est dit que
Versailles n’&#xe9;tait pas un bon choix. Il fallait aller dans des quartiers
populaires, l&#xe0; o&#xf9; les gens sont plus simples, plus g&#xe9;n&#xe9;reux, plus sympa et
surtout plus intelligents.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le deuxi&#xe8;me jour fut identique. Le calcul des contraventions
&#xe9;tait plus facile et plus rapide &#xe0; faire, m&#xea;me s’il y en avait beaucoup, que le
laborieux calcul des richesses du jour de notre embauche. De toute fa&#xe7;on, m&#xea;me
sans &#xea;tre forts en maths, on voyait bien que l’un &#xe9;tait tr&#xe8;s positif et l’autre
encore plus n&#xe9;gatif.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Nous abandonn&#xe2;mes donc notre nouveau m&#xe9;tier, rend&#xee;mes,
piteux, les portes-cl&#xe9;s &#xe0; l’homme qui nous faisait de moins en moins rire. On
l’enviait, il nous aga&#xe7;ait m&#xea;me avec son air d&#xe9;sol&#xe9; pour nous. Il nous demanda
de choisir chacun un porte-cl&#xe9; et nous remercia.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je ne sais pas si on en a tir&#xe9; quelques le&#xe7;ons mais on
aurait d&#xfb; se dire qu’il valait mieux parfois &#xea;tre efficaces que malins. Sa
fille &#xe9;tait triste mais pas tr&#xe8;s &#xe9;tonn&#xe9;e de notre &#xe9;chec. En fait elle pr&#xe9;f&#xe9;rait
&#xe7;a, pour elle on &#xe9;tait des artistes et c’&#xe9;tait mieux. Maigre consolation.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Thu, 17 May 2007 09:12:00 GMT</pubDate></item><item><title>le Journal de la Sologne</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/16/4973367.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/16/4973367.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/4973367/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/16/4973367.html</guid><description>
&lt;p&gt;Nous nous sommes donc install&#xe9;s &#xe0; Cour-Cheverny avec notre
fils &lt;st1:personname w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;Fran&#xe7;ois.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Paul, un de mes amis lillois, avait obtenu de sa m&#xe8;re
qu’elle nous pr&#xea;te leur belle et grande maison de vacances, celle des f&#xea;tes de
nos vacances &#xe0; nous les jeunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’&#xe9;tait magique, un r&#xea;ve d’habiter l&#xe0;, toute l’ann&#xe9;e. Mais
voil&#xe0;, que faire ? J’avais bien trouv&#xe9; un boulot dans une petite maison
d’&#xe9;dition locale qui &#xe9;ditait des fiches techniques pour les dentistes mais
c’&#xe9;tait pr&#xe9;caire et bizarre. J’y travaillais avec &lt;st1:personname w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;Fran&#xe7;oise,
la femme d’Alain, on classait les fiches que l’on assemblait dans des sortes de
petits classeurs destin&#xe9;s &#xe0; &#xea;tre envoy&#xe9;s aux abonn&#xe9;s de la publication, tout &#xe7;a
dans une ambiance pittoresque. La soci&#xe9;t&#xe9; &#xe9;tait install&#xe9;e dans une ferme,
dirig&#xe9;e par une ma&#xee;tresse femme imposante affubl&#xe9;e d’un mari peu commode, dont
la principale occupation consistait &#xe0; alimenter les chemin&#xe9;es. C’&#xe9;tait
folklorique et vivant, tr&#xe8;s vivant.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;C’&#xe9;tait le tout d&#xe9;but des ann&#xe9;es 70 et, &#xe0; l’&#xe9;poque, on
vivait sans l’angoisse ni le stress ambiants d’aujourd’hui, pour la vie
professionnelle en tout cas. J’avais quand m&#xea;me envie de faire quelque chose,
d’inventer quelque chose…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Un jour, il me vint une id&#xe9;e. En rentrant &#xe0; la maison
j’annonce &#xe0; Sylvaine :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; On va faire une revue ! &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Pour le 14 juillet ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Non, un journal, sur la Sologne, un magazine avec des
photos, sur la chasse, les maisons, la cuisine, les vieilles histoires… &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Ah bon, mais on sait pas faire un
journal ! &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Mais si, tu verras… &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, on avait d&#xe9;m&#xe9;nag&#xe9;. Pour remercier la m&#xe8;re de
Paul, j’avais repeint les volets de &lt;st1:personname productid=&quot;la maison. Comme&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la maison. Comme ils &#xe9;taient immenses et nombreux
j’avais d&#xe9;cid&#xe9; de fabriquer moi-m&#xea;me la peinture, avec tous les ingr&#xe9;dients
m&#xe9;lang&#xe9;s, siccatif, durcisseur…Une fois le travail termin&#xe9;, j’&#xe9;tais tr&#xe8;s fier
du r&#xe9;sultat et d’avoir offert &#xe7;a &#xe0; mes amis. Sauf que, 10 ans apr&#xe8;s, la
peinture n’&#xe9;tait toujours pas s&#xe8;che…
&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, j’avais donc trouv&#xe9; une autre maison. C’&#xe9;tait une
ferme situ&#xe9;e &#xe0; l’int&#xe9;rieur des bois&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;du
ch&#xe2;teau de Cheverny, juste au bord d’un &#xe9;tang de &lt;st1:metricconverter productid=&quot;40 hectares&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:metricconverter&gt;40 hectares. Elle
appartenait au marquis de Vibraye, propri&#xe9;taire du ch&#xe2;teau. Le marquis &#xe9;tait un
personnage incroyable. Il r&#xe9;gnait sur un territoire de chasse &#xe0; courre de 1 500 hectares avec autorit&#xe9; et majest&#xe9;. C’&#xe9;tait un grand personnage par la taille et par sa
vie. Il chassait, deux jours par semaine, &#xe0; la t&#xea;te de son &#xe9;quipage, dans la
plus pure tradition d’autrefois. Le ch&#xe2;teau de Cheverny, qu’Herg&#xe9; &#xe9;tait venu
dessiner pour en faire Moulinsart, &#xe9;tait et est toujours, je crois, un haut
lieu de la v&#xe9;nerie et du tourisme. Le marquis aimait les coups d’&#xe9;clats et de
gueule. Il a &#xe9;t&#xe9;, peut &#xea;tre, la seule personne &#xe0; avoir parl&#xe9; vertement, en
public, au G&#xe9;n&#xe9;ral de Gaulle.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Un jour, le gouvernement fran&#xe7;ais projette la visite du
ch&#xe2;teau pour Leonid Brejnev, le pr&#xe9;sident de l’Union Sovi&#xe9;tique. Le marquis est
inform&#xe9;, bien s&#xfb;r, de la date et de l’heure de l’arriv&#xe9;e du cort&#xe8;ge. Mais
voil&#xe0;, &#xe0; l’arriv&#xe9;e des voitures officielles devant le perron du ch&#xe2;teau,
personne pour les accueillir. Le chef du protocole, affol&#xe9;, monte les escaliers
quatre &#xe0; quatre, et se met &#xe0; courir dans le ch&#xe2;teau &#xe0; la recherche de
quelqu’un. Il finit par tomber sur le marquis :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Qu’est-ce que vous foutez l&#xe0; ! &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Excusez-moi, Monsieur, je cherche le marquis de
Vibraye. &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; C’est moi ! &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Le pr&#xe9;sident d’URSS est arriv&#xe9;, il est dehors, il
attend dans la voiture avec les officiels… &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Le pr&#xe9;sident de quoi ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Mais, d’URSS !&#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; URSS ? Connais pas. &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Et il est remont&#xe9; dans son appartement.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Pr&#xe9;sident de l’Office National de la Chasse, il &#xe9;tait invit&#xe9;
&#xe0; toutes sortes de d&#xee;ners officiels, il avait m&#xea;me fait attendre le pr&#xe9;sident
Pompidou. Je crois qu’il aimait &#xe7;a.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Ces histoires sont authentiques car elles m’ont &#xe9;t&#xe9;
racont&#xe9;es par son plus proche neveu, alors r&#xe9;gisseur du ch&#xe2;teau, qui &#xe9;tait
devenu un de mes amis.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le marquis m’aimait bien, et il para&#xee;t que j’&#xe9;tais la seule
personne qui l’impressionnait, je me suis toujours demand&#xe9; pourquoi. Toujours
est-il qu’il m’a propos&#xe9; cette ferme, isol&#xe9;e au bord de
ce &#xab; lac &#xbb; pour 100 francs par mois moyennant quelques restaurations.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;J’y ai fait des travaux &#xe9;normes, la plupart seul avec ma
pelle et ma brouette. J’ai construit une grande chemin&#xe9;e et am&#xe9;nag&#xe9; le b&#xe2;timent
en immense pi&#xe8;ce avec une mezzanine. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;En m&#xea;me temps, je pr&#xe9;parais mon journal. J’avais acquis
quelques notions d’&#xe9;dition et d’impression dans la maison d’&#xe9;dition dentaire
donc j’&#xe9;tais confiant et gonfl&#xe9; &#xe0; bloc.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Comme je n’avais pas un sou, j’ai trouv&#xe9; une astuce pour
sortir le premier num&#xe9;ro : &#xe0; l’aide d’une ron&#xe9;o, sorte de machine qui
imprimait les feuilles en tournant avec une manivelle, j’ai &#xe9;dit&#xe9;, avec une
vieille machine &#xe0; &#xe9;crire, une feuille sur laquelle je pr&#xe9;sentais les futures
rubriques du journal : &#xab; Le Journal de la Sologne et de ses
environs &#xbb;. 32 pages en noir et blanc sur papier glac&#xe9;. Tirage 10 000
exemplaires imprim&#xe9;s par un petit imprimeur de Bracieux, diffusion gratuite,
tous les 2 mois.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;En bas de la page, j’avais ins&#xe9;r&#xe9; des tarifs publicitaires
pour les futurs annonceurs.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Mon astuce &#xe9;tait de prospecter des annonceurs et obtenir
assez d’argent pour payer l’imprimeur. Mon argument &#xe9;tait : si je n’ai pas
assez de contrats, le journal ne sortira pas. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je suis donc all&#xe9; voir les commer&#xe7;ants, banques et autres
annonceurs avec mon argumentaire et mes feuilles de papier marron. J’&#xe9;tais bien
re&#xe7;u, avec bienveillance, et la r&#xe9;ponse &#xe9;tait quasi unanime : &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Votre projet est tr&#xe8;s sympathique, jeune homme, mais
vou&#xe9; &#xe0; l’&#xe9;chec. &#xbb; &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Ah, bon pourquoi ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Il n’y a jamais eu de revue dans la r&#xe9;gion &#xe0; part les
quotidiens et les journaux d’annonces gratuites, et puis vous ne trouverez
jamais assez d’annonceurs pour payer votre imprimeur… Bon, je ne prends donc
pas de risque en vous prenant un encart. &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Ainsi, j’ai r&#xe9;ussi &#xe0; boucler mon budget. Je crois que c’est
la premi&#xe8;re fois que l’on a vendu de l’espace publicitaire &#xe0; des clients
persuad&#xe9;s que le support n’existerait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je me suis donc lanc&#xe9; dans la fabrication. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;On avait r&#xe9;cup&#xe9;r&#xe9; une table lumineuse et un jeu de &lt;a name=&quot;OLE_LINK7&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;a name=&quot;OLE_LINK6&quot;&gt;&lt;font&gt;Lettraset&lt;/font&gt;&lt;/a&gt;,
planches de lettres qui se collaient en grattant sur une feuille. Le titre
&#xe9;tait cr&#xe9;&#xe9;, puis vinrent les titres des rubriques. J’avais un ami peintre, Ivan
Mussau, qui m’avait dessin&#xe9; &#xe0; la plume, pour la couverture, une sorci&#xe8;re
terrifiante assise au coin du feu, entour&#xe9;e de toiles d’araign&#xe9;es.&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Un photographe animalier avait fourni de superbes photos en
noir et blanc et un texte dans lequel il racontait ses traques d’animaux, dans
la brume, au petit matin. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le journal a &#xe9;t&#xe9; imprim&#xe9; et, mon coffre charg&#xe9;, je suis all&#xe9;
le d&#xe9;poser sur tous les comptoirs de Sologne. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#xe8;s fut &#xe9;norme. Le facteur m’apportait, chaque jour,
un sac de lettres de f&#xe9;licitations, d’encouragements et de gens qui voulaient
participer au journal. Un vieux cur&#xe9; poss&#xe9;dait des lettres de villageois qui
lui demandaient son aide pour exorciser leurs vaches ensorcel&#xe9;es par le
rebouteux du coin qu’ils avaient &#xe9;conduit...Des conteurs me proposaient de
raconter leurs vieilles histoires, des journalistes des quotidiens &lt;st1:personname productid=&quot;La Nouvelle R&#xe9;publique&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;La Nouvelle R&#xe9;publique et La R&#xe9;publique du Centre voulaient &#xe9;crire dans mon Journal de la Sologne.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;J’&#xe9;tais heureux. Les annonceurs, eux, furent surpris et tout
&#xe0; coup encourageants, comme par hasard.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Les num&#xe9;ros suivants furent en couleur, imprim&#xe9;s par une
grosse imprimerie de Tours. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Pour le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; anniversaire, le marquis de Vibraye
m’offrit une soir&#xe9;e dans son ch&#xe2;teau. Il invita personnellement tout le gratin
r&#xe9;gional. Les pr&#xe9;sidents de tout, Conseil r&#xe9;gional, G&#xe9;n&#xe9;ral, Tourisme, des
ministres, bref, il y avait une centaine de personnes tri&#xe9;es sur le volet pour
d&#xee;ner et assister &#xe0; une soir&#xe9;e royale, reconstitution d’une chasse &#xe0; courre,
feu d’artifice…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le succ&#xe8;s grandissait, mais trop vite et trop fort. Je n’y
&#xe9;tais pas pr&#xe9;par&#xe9; du tout. Sans aucune gestion, la vie de boh&#xe8;me continuait,
tout &#xe9;tait m&#xe9;lang&#xe9;, d&#xe9;sordonn&#xe9;. Mais tant bien que mal j’arrivais &#xe0; sortir mes
num&#xe9;ros de plus en plus &#xe9;pais et de plus en plus co&#xfb;teux. Cela a du durer 2 ans
puis, essouffl&#xe9; et d&#xe9;pass&#xe9; je c&#xe9;dai le journal &#xe0; une soci&#xe9;t&#xe9; d’Orl&#xe9;ans.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;La contre partie &#xe9;tait qu’ils emploient Sylvaine, qui
l’avait bien m&#xe9;rit&#xe9;, comme r&#xe9;dactrice en chef, salari&#xe9;e et munie d’une voiture
de fonction. Voil&#xe0;, ce fut mon cadeau de rupture car on avait d&#xe9;cid&#xe9; de se
s&#xe9;parer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd’hui, 35 ans plus tard, le Journal de la Sologne en
est &#xe0; sa 135&lt;sup&gt;&#xe8;me&lt;/sup&gt; &#xe9;dition il tire &#xe0; 19 000 exemplaires et est
devenu une institution, un superbe magazine r&#xe9;gional de 80 pages, &#xe9;dit&#xe9; par &lt;st1:personname productid=&quot;la Nouvelle R&#xe9;publique. Il&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;st1:personname productid=&quot;la Nouvelle R&#xe9;publique.&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;&lt;/st1:personname&gt;la Nouvelle R&#xe9;publique.&lt;br /&gt;Il a m&#xea;me son propre blog. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’en suis assez fier.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Wed, 16 May 2007 13:49:00 GMT</pubDate></item><item><title>Naissance, nouvelle vie</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/11/4914089.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/11/4914089.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/4914089/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2007/05/11/4914089.html</guid><description>
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le p&#xe9;riple africain en M&#xe9;hari consistait donc &#xe0; tout noter
sur les pistes et les sortes de routes pr&#xe9;vues pour le futur parcours des
camions. Les deux M&#xe9;hari roulaient sur la &#xab; t&#xf4;le ondul&#xe9;e &#xbb;, &#xe9;vitaient
les &#xab; nids de poules &#xbb;, c’&#xe9;tait acrobatique et amusant. Apr&#xe8;s environ
mille kilom&#xe8;tres, entre Abidjan et Bamako au Mali, je re&#xe7;us un message
m’annon&#xe7;ant que Sylvaine, ma femme, allait accoucher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’avais &#xe9;pous&#xe9; Sylvaine &#xe0; Cour-Cheverny, l&#xe0; o&#xf9; je l’avais
rencontr&#xe9;e. Elle &#xe9;tait belle et vivante. C’&#xe9;tait la fille du garagiste. Ses
parents, des gens adorables, &#xe9;taient des incontournables du village. Nous
allions souvent les voir. Roger, son p&#xe8;re, &#xe9;tait conseiller municipal et
lieutenant des pompiers, bon vivant, fortement impliqu&#xe9; dans la vie du village.
Son p&#xe8;re &#xe0; lui avait &#xe9;t&#xe9; garde-chasse dans une grande propri&#xe9;t&#xe9; de Sologne. Il
&#xe9;tait encore impressionnant &#xe0; 90 ans, droit, sec, autoritaire dans sa
veste-uniforme qu’il portait encore tous les jours, fi&#xe8;rement. Il racontait
qu’il traquait les braconniers, parfois des jours et des nuits, cach&#xe9; dans des
trous en plein milieu de &lt;st1:personname productid=&quot;la for&#xea;t. Son&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la
for&#xea;t. Son fils, Roger, l’avait install&#xe9; avec sa m&#xe8;re, dans
une petite maison construite pour eux derri&#xe8;re la leur, &#xe0; c&#xf4;t&#xe9; du garage. Dans
son petit garage &#xe0; lui, le grand p&#xe8;re avait remis&#xe9; sa 2CV dont il se servait de
temps en temps malgr&#xe9; les protestations de son fils et de sa belle fille. Un
jour, il eut une attaque c&#xe9;r&#xe9;brale. Il resta donc couch&#xe9;, &#xe0; moiti&#xe9; paralys&#xe9;. Le
m&#xe9;decin-maire du village, capitaine des pompiers, n’&#xe9;tait gu&#xe8;re optimiste. On
me dit donc que je pouvais me servir de sa 2CV. J’en r&#xea;vais. J’allais donc me
promener dans les immenses for&#xea;ts de Sologne, secou&#xe9; dans cette g&#xe9;niale voiture
tout terrain. Puis un jour, le grand-p&#xe8;re s’est relev&#xe9;. Personne ne s’en &#xe9;tait
aper&#xe7;u. Il alla vers son petit garage, s&#xfb;rement chercher une b&#xea;che pour
jardiner, et vit que sa 2CV n’&#xe9;tait plus l&#xe0; ! Il d&#xe9;boula chez ses enfants,
&#xe0; la stup&#xe9;faction g&#xe9;n&#xe9;rale de le voir debout et en pleine forme, et
hurla :
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; O&#xf9; est ma 2CV ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Embarras, panique, incompr&#xe9;hension m&#xe9;lang&#xe9;s.&lt;br /&gt;On m’a vite demand&#xe9; de rapporter &lt;st1:personname productid=&quot;la 2CV&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la 2CV, de la remettre dans le
garage, mais on a confisqu&#xe9; les clefs car il voulait encore s’en servir pour
aller voir un copain au fin fond de la Sologne.&lt;br /&gt;Il n’&#xe9;tait pas content le grand-p&#xe8;re !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Je suis donc rentr&#xe9; de Bamako par le premier avion pour la
naissance de Fran&#xe7;ois, mon fiston, &#xe0; Cour-Cheverny.&lt;br /&gt;Apr&#xe8;s un certain temps pass&#xe9; dans cet agr&#xe9;able endroit avec
ces gens formidables, je d&#xe9;cidai de m’y installer. J’abandonnais donc
ExpoTransAfrique sous les reproches amicaux de mon copain Patrick de N. Pour
mon d&#xe9;m&#xe9;nagement, Roger, me proposa de &#xab; monter &#xbb; avec moi chercher
nos quelques affaires dans une camionnette du garage. Sur le retour, vers
10 h du soir, nous nous sommes arr&#xea;t&#xe9;s dans un restaurant au bord de la
N20. Ce genre de restaurant en contrebas d’un &#xe9;changeur, &#xe0; la fa&#xe7;ade et aux
stores autrefois rouges noirs de pollution. Mais, bon, on n’avait pas le choix
et tr&#xe8;s faim. La salle &#xe9;tait vide, tamis&#xe9;e, plus ambiance bo&#xee;te de nuit que
restaurant, les murs &#xe9;taient couverts de photos encadr&#xe9;es en noir et blanc de
stars am&#xe9;ricaines et fran&#xe7;aises d’autrefois. Seules deux femmes parlaient, &#xe0;
une table, l’une debout et l’autre assise. On choisit une table et on attendit
que quelqu’un vienne. La femme debout arriva enfin, d’un pas lent, et nous parla
avec une voix rauque et un peu emp&#xe2;t&#xe9;e. Elle &#xe9;tait forte et semblait lasse. On
passa la commande en prenant bien soin d’&#xe9;viter les produits
&#xab; frais &#xbb;. A la fin du repas, la dame vint se planter devant la table
et commen&#xe7;a &#xe0; nous parler, tr&#xe8;s vite elle s’assit et se plaignit de la vie, des
gens, du gouvernement, et de ce qu’&#xe9;tait devenue la chanson fran&#xe7;aise et
surtout les chanteurs fran&#xe7;ais. Je trouvais &#xe7;a insolite, dans cet endroit,
cette femme qui s’acharnait ainsi sur les chanteurs et les chanteurs sans voix
interpr&#xe9;tant des chansons idiotes sans m&#xe9;lodies, sans passion, sans cœur, sans
talent. Enfin elle nous dit :&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Vous savez qui je suis messieurs ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Bah, non… &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&#xab; Lucienne Boyer, parfaitement, messieurs, je suis
Lucienne Boyer ! &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Alors l&#xe0; ! Je fus stup&#xe9;fait et j’ai compris pourquoi
toutes ces photos. C’&#xe9;tait elle du temps de sa gloire, quand elle &#xe9;tait une
star mondiale connue surtout avec &#xab; Parlez-moi d’amour &#xbb;, un succ&#xe8;s
plan&#xe9;taire. On la voyait, jeune et belle, avec les plus grands du moment :
Maurice Chevalier, Frank Sinatra, le pr&#xe9;sident des &#xc9;tats-Unis, sur la
passerelle d’un paquebot, saluant une foule immense venue l’acclamer, &#xe0; New
York. C’&#xe9;tait la m&#xea;me femme qui &#xe9;tait l&#xe0;, devant moi, m&#xe9;connaissable. J’&#xe9;tais
effar&#xe9;, j’essayais de trouver un lien entre ces deux femmes et surtout
d’imaginer comment deux vies aussi diff&#xe9;rentes &#xe9;taient possibles. Comment on
pouvait passer lentement de la richesse, du luxe, de l’idol&#xe2;trie &#xe0; ce
restaurant glauque sans personne hormis deux voyageurs inconnus &#xe0; qui l’on
avait besoin de raconter tout &#xe7;a pour essayer de faire revivre quelques miettes
de ce fantastique pass&#xe9;. C’&#xe9;tait triste et path&#xe9;tique, angoissant m&#xea;me. Plus
elle nous racontait sa vie, pourtant extraordinaire, plus j’avais envie de
partir. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le voyage du retour s’est pass&#xe9; dans le silence, moi encore
traumatis&#xe9;, mon beau-p&#xe8;re concentr&#xe9; sur la route qu’il apercevait de temps en
temps entre deux fermetures de paupi&#xe8;res.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Fri, 11 May 2007 09:51:00 GMT</pubDate></item><item><title>Mes d&#xe9;buts professionnels</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2007/04/30/4788015.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2007/04/30/4788015.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/4788015/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2007/04/30/4788015.html</guid><description>
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;A
la sortie de cette &#xe9;cole, j’ai travaill&#xe9; avec Danyel G&#xe9;rard. J’&#xe9;tais&lt;/font&gt; &lt;font size=&quot;2&quot;&gt;son
&#xab; collaborateur &#xbb;. P&#xe9;riode amusante car pleine de nouvelles id&#xe9;es,
dans le domaine de l’audiovisuel surtout.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Il
s’&#xe9;tait associ&#xe9; avec un ing&#xe9;nieur de la t&#xe9;l&#xe9;vision et le propri&#xe9;taire&lt;/font&gt; &lt;font size=&quot;2&quot;&gt;du seul
studio vid&#xe9;o. A l’&#xe9;poque, la vid&#xe9;o &#xe9;tait en noir et blanc, mat&#xe9;riel archa&#xef;que,
gros magn&#xe9;toscopes Ampex, r&#xe9;gies&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt; et
consoles de mixage bricol&#xe9;es, cam&#xe9;ras reli&#xe9;es aux magn&#xe9;toscopes.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Les
comp&#xe8;res avaient fabriqu&#xe9; et r&#xe9;uni des outils de production in&#xe9;dits : un
car de reportage install&#xe9; dans un tube Citro&#xeb;n&lt;/font&gt; &lt;font size=&quot;2&quot;&gt;(camionnette en t&#xf4;le ondul&#xe9;e)
et, entre autre, des cam&#xe9;ras portables reli&#xe9;es &#xe0; de lourds magn&#xe9;toscopes port&#xe9;s
en bandouli&#xe8;res.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Forts
de cet arsenal, nous cherchions tous azimuts comment&lt;/font&gt; &lt;font size=&quot;2&quot;&gt;l’exploiter, alors on
inventait.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Gr&#xe2;ce
aux relations de Danyel, nous avons r&#xe9;ussi &#xe0; monter des op&#xe9;rations in&#xe9;dites en
dehors de celles de la t&#xe9;l&#xe9;vision fran&#xe7;aise. Pour le premier anniversaire du
Centre Commercial de Parly 2, nous avons install&#xe9; 80 t&#xe9;l&#xe9;viseurs, un plateau de
tournage et des &lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;cam&#xe9;ras de reportages, pendant une semaine. Sur le plateau,
Michel Drucker recevait les stars de l’&#xe9;poque, dont Julien Clerc. Des
interviews &#xe9;taient mix&#xe9;es en direct depuis le car et retransmises sur les
&#xe9;crans r&#xe9;partis dans tout le centre. On n’avait jamais vu &#xe7;a. C’&#xe9;tait une
premi&#xe8;re.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Et
puis il y a eu le Rallye de la Vall&#xe9;e des Gaves. Jacques Chancel organisait,
chaque ann&#xe9;e, un rallye automobile d’une semaine pour les stars autour
d’Argel&#xe8;s Gazost dans les Pyr&#xe9;n&#xe9;es. J’&#xe9;tais&lt;/font&gt; &lt;font size=&quot;2&quot;&gt;descendu de Paris avec la Mercedes
de Danyel pour organiser l’op&#xe9;ration aux c&#xf4;t&#xe9;s de Jacques Chancel. Je vivais
une grande aventure dans le luxe et le confort. Au passage, je me suis arr&#xea;t&#xe9;&lt;/font&gt;
&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;dans la ferme creusoise de mon enfance pour leur montrer la belle voiture. Je
leur ai m&#xea;me fait faire un tour, tous entass&#xe9;s, les jeunes et les vieux. Je
faisais des effets d’acc&#xe9;l&#xe9;ration et tout le monde hurlait dans un m&#xe9;lange de
joie et de terreur.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Arriv&#xe9;
&#xe0; Argel&#xe8;s, je me suis d&#xe9;men&#xe9; pour organiser la couverture vid&#xe9;o de l’&#xe9;v&#xe9;nement.
Je d&#xee;nais avec des gens connus, j’ai un peu oubli&#xe9; qui mais je me souviens de
Raymond Souplex, l’inspecteur Bourrel des Cinq Derni&#xe8;res Minutes, qui a bien
rigol&#xe9; quand ma chaise s’est effondr&#xe9;e sous moi et que je me suis retrouv&#xe9;
assis par terre. Il y avait aussi des sportifs de l’&#xe9;poque et des chanteurs.
L’op&#xe9;ration fut une vraie r&#xe9;ussite. Le rallye &#xe9;tait film&#xe9; depuis une moto
(comme le Tour de France) et, chaque soir, nous retransmettions les images &#xe0;
partir du tube Citro&#xeb;n couvert d’&#xe9;crans de t&#xe9;l&#xe9;vision de chaque c&#xf4;t&#xe9;. Ca non
plus on ne l’avait jamais vu. Jacques Chancel &#xe9;tait ravi et me consid&#xe9;rait
comme un vrai professionnel efficace. Venant de lui, &#xe7;a me remplissait de
fiert&#xe9; car,&lt;/font&gt; &lt;font size=&quot;2&quot;&gt;il faut le rappeler, il &#xe9;tait &#xe0; l’&#xe9;poque une des stars de la radio
avec son &#xe9;mission Radioscopie sur France Inter.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;1&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Il
voulait que je travaille avec lui sur un projet d’&#xe9;mission pour la&lt;/font&gt; &lt;font size=&quot;2&quot;&gt;t&#xe9;l&#xe9;vision,
Le Grand Echiquier. J’ai refus&#xe9; pour ne pas laisser tomber Danyel G&#xe9;rard.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Ma
vie n’aurait pas &#xe9;t&#xe9; la m&#xea;me si j’avais accept&#xe9;…&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Enfin,
le clou fut l’inauguration de la Maison du Limousin, boulevard Haussmann, &#xe0;
Paris.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Danyel
avait rencontr&#xe9; Patrick de N. et ils avaient conclu une op&#xe9;ration audiovisuelle
pour cette inauguration. Patrick &#xe9;tait un type incroyable dot&#xe9; d’une &#xe9;nergie
peu commune. Il aimait les gens, &#xea;tre entour&#xe9; et ne connaissait aucune limite.
Originaire de Limoges, on lui avait confi&#xe9; la direction de cette future Maison
du Limousin. Pendant toute la p&#xe9;riode de pr&#xe9;paration et d’am&#xe9;nagement, j’ai
v&#xe9;cu dans un tourbillon de d&#xe9;jeuners, d&#xee;ners et soir&#xe9;es dans les meilleurs
restaurants de Paris et les bo&#xee;tes de nuits &#xe0;&lt;/font&gt; &lt;st1:personname productid=&quot;la mode. Il&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;&lt;p&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;la mode. Il existait un
restaurant, rue de Berry, Les Trois Limousins. On y mangeait une viande
extraordinaire, entour&#xe9;s de photos encadr&#xe9;es d’&#xe9;normes bœufs prim&#xe9;s et
m&#xe9;daill&#xe9;s. Ils avaient install&#xe9;&lt;/font&gt; &lt;font size=&quot;2&quot;&gt;un bœuf empaill&#xe9; dans la vitrine du restaurant.
On &#xe9;tait une vingtaine en permanence, des journalistes surtout, invit&#xe9;s par
Patrick. Il n’&#xe9;tait pas question de refuser, d’ailleurs qui en aurait eu envie,
car Patrick &#xe9;tait capable de vous faire d&#xe9;commander un rendez-vous avec le Pape
juste pour un d&#xee;ner avec lui.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;L’inauguration
fut grandiose. Patrick avait lou&#xe9;, pour l’occasion, les salons de l’H&#xf4;tel
Intercontinental mitoyen. J’avais install&#xe9; des cam&#xe9;ras dans la maison du
Limousin et des &#xe9;crans dans les salons de l’h&#xf4;tel et sur le trottoir. Patrick
avait invit&#xe9; le Tout Paris et le Tout Limoges, d’ailleurs &#xe0; voir le monde il
avait d&#xfb; inviter tout Paris et tout Limoges. Il avait m&#xea;me lou&#xe9; un train entier
pour les Limougeauds. Jacques Chirac, Secr&#xe9;taire d’Etat &#xe0; l’Agriculture,&lt;/font&gt;
&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;pr&#xe9;sidait officiellement l’inauguration.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;La
foule v&#xea;tue de la tenue de soir&#xe9;e exig&#xe9;e se bousculait pour attraper les
assiettes de foie gras en porcelaine, de Limoges bien s&#xfb;r, que chacun pouvait
emporter, &#xe0; volont&#xe9;. Le tout accompagn&#xe9; du meilleur champagne. Bref, la soir&#xe9;e
fut grandiose.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Moi
qui n’&#xe9;tais pas habitu&#xe9; &#xe0; un tel luxe j’&#xe9;tais fascin&#xe9; et me sentais loin de la
rue de Romainville de mon enfance. J’aimais bien ce monde o&#xf9; les femmes &#xe9;taient
belles et chaleureuses. Pendant que leurs maris parlaient affaires dans le
brouhaha ambiant je les regardais, une coupe &#xe0; la main, elles me souriaient
longuement et me regardaient aussi avec des yeux pleins de promesses. Mais
voil&#xe0;, j’&#xe9;tais malade comme un chien, j’avais 40 de fi&#xe8;vre, donc
malheureusement les promesses n’ont pas &#xe9;t&#xe9; tenues.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Je
suis rentr&#xe9; chez ma m&#xe8;re, e&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;lle a appel&#xe9; un m&#xe9;decin d’urgence car je d&#xe9;lirais. La
fi&#xe8;vre tomb&#xe9;e, je d&#xe9;couvris le m&#xe9;decin assis sur mon lit qui attendait les
effets de &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;font&gt;&lt;font face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;la piq&#xfb;re.&lt;/font&gt; &lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;font face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;font face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;C&apos;&#xe9;tait
une jeune femme ravissante. Je me suis endormi en me disant que, d&#xe9;cid&#xe9;ment, la
vie &#xe9;tait devenue bien belle, &#xe0; part pour les gens de Limoges qui ont &#xe9;t&#xe9;
effar&#xe9;s par le co&#xfb;t astronomique de la cr&#xe9;ation et de l’inauguration de leur
Maison du Limousin.&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt; &lt;st1:personname productid=&quot;la piq&#xfb;re. C&quot; w:st=&quot;on&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Patrick
ne comprenait pas qu’on l’ait remerci&#xe9; et, en plus, sans le remercier.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;br /&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Il
avait pourtant atteint son objectif puisque la presse avait beaucoup parl&#xe9; de la Maison
du Limousin.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot; style=&quot;text-align: left;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Tr&#xe8;s
vite regonfl&#xe9; &#xe0; bloc, il mit en place une nouvelle structure au sein du tr&#xe8;s
officiel Comit&#xe9; Fran&#xe7;ais des Expositions. Il avait r&#xe9;ussi &#xe0; convaincre les tr&#xe8;s
s&#xe9;rieux membres du conseil d’organiser une exposition itin&#xe9;rante en Afrique
pour pr&#xe9;senter et promouvoir les produits fran&#xe7;ais. Compos&#xe9;e de 80 semi-remorques
am&#xe9;nag&#xe9;s en stands, l’exposition devait sillonner&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt; toute l’Afrique Noire pendant un an. C’&#xe9;tait
une op&#xe9;ration &#xe9;norme et g&#xe9;niale. On devait &#xea;tre en 1971 et le Pr&#xe9;sident de la
R&#xe9;publique &#xe9;tait Georges Pompidou. Sa femme Claude patronnait l’op&#xe9;ration.&lt;/font&gt; &lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;J’&#xe9;tais
engag&#xe9; sans savoir pour quoi faire d’ailleurs mais Patrick avait tenu &#xe0; ce que
je fasse partie de l’aventure. Nous &#xe9;tions install&#xe9;s avenue Franklin Roosevelt
dans les somptueux bureaux du comit&#xe9;.&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Avec
son &#xe9;nergie d&#xe9;bordante, Patrick remuait et impliquait les politiques et les
industriels. Il commen&#xe7;ait &#xe0; faire am&#xe9;nager les camions en stands, contactait
les entreprises et tout le monde voyait &#xe7;a plut&#xf4;t d’un bon œil. Mais voil&#xe0;,
quelqu’un, un jour, lui dit :&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt; &#xab; Tu crois que ces &#xe9;normes camions
pourront circuler sur les pistes africaines ? &#xbb;&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;La
question &#xe9;tait bonne et a m&#xea;me provoqu&#xe9; une grande inqui&#xe9;tude parmi l’&#xe9;quipe
tout &#xe0; coup d&#xe9;sempar&#xe9;e. Sauf pour Patrick qui, sans reprendre son souffle :&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&#xab; On
va aller voir, Alain (moi), Machin et Truc, vous partez en reconnaissance avec
mon p&#xe8;re, colonel de la L&#xe9;gion &#xe0; la retraite dans deux M&#xe9;hari. Machin, commande
les M&#xe9;hari, pr&#xe9;vois des pi&#xe8;ces de rechange. Machine, contacte les ambassades de
tous les pays. Truc, r&#xe9;serve 5 billets d’avion en 1&lt;/font&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;sup&gt;&#xe8;re&lt;/sup&gt; pour Abidjan,
5 chambres &#xe0; l’h&#xf4;tel Ivoire on part d&#xe8;s que les M&#xe9;hari seront arriv&#xe9;es
l&#xe0;-bas. &#xbb;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;Voil&#xe0;
c’&#xe9;tait r&#xe9;gl&#xe9;. L&#xe0; o&#xf9; quelqu’un de normal se serait paniqu&#xe9;, Patrick avait
imm&#xe9;diatement trouv&#xe9; une solution. Mais ce n’&#xe9;tait pas gagn&#xe9;…&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font size=&quot;3&quot; face=&quot;verdana, arial, helvetica, sans-serif&quot;&gt;&lt;font style=&quot;font-size: 16pt;&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;font size=&quot;2&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;Nous
sommes d&lt;/font&gt;onc partis pour un tour de l’Afrique en M&#xe9;hari...&lt;/font&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;/font&gt;&lt;/font&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Mon, 30 Apr 2007 11:16:00 GMT</pubDate></item><item><title>1969</title><dc:creator>alalain</dc:creator><link>http://achar.canalblog.com/archives/2007/02/27/4147069.html</link><comments>http://achar.canalblog.com/archives/2007/02/27/4147069.html#comments</comments><wfw:commentRss>http://achar.canalblog.com/feeds/rss/comments/post/4147069/</wfw:commentRss><guid isPermaLink="true">http://achar.canalblog.com/archives/2007/02/27/4147069.html</guid><description>&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;En 1969, inquiet pour mon avenir, le jazz ne payant pas &#xe0;
mon niveau, je d&#xe9;cidai de me lancer dans une vraie vie stable.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Mais voil&#xe0;, pas le Bac ! Que faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Apr&#xe8;s des recherches tous azimuts je trouvai une opportunit&#xe9;
de rentrer &#xe0; l’Ecole des Cadres du Commerce et des Affaires Economiques de
Neuilly (Ouah !). Il suffisait de passer un concours. Je n’y croyais pas
trop car la vie de boh&#xea;me m’avait un peu lav&#xe9; la t&#xea;te de mes &lt;font color=&quot;black&quot;&gt;quelques&lt;/font&gt; connaissances scolaires. Je l’ai quand m&#xea;me
r&#xe9;ussi et je suis entr&#xe9; dans cette &#xe9;cole, regonfl&#xe9; &#xe0; bloc, rassur&#xe9; de devenir
un cadre avec gros salaires et vie confortable…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Cette &#xe9;cole o&#xf9; nous &#xe9;tions nombreux, 1 500 je crois,
cohabitait avec une &#xe9;cole d’h&#xf4;tesses de l’air. Inutile de dire que les filles
&#xe9;taient toutes plus belles les unes que les autres, &#xe9;tant l&#xe0; autant pour
apprendre un m&#xe9;tier que pour trouver un parti parmi tous ces fils &#xe0; papa, comme
on disait.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;J’essayais d’apprendre le Droit, l’Economie, le Marketing
tout en m’int&#xe9;ressant de tr&#xe8;s pr&#xe8;s aux jolies &#xab; voisines &#xbb;. Il faut
dire que je ne me sentais pas tr&#xe8;s &#xe0; l’aise au milieu de tous ces jeunes bien
nantis mais je m’&#xe9;tais fait quelques copains qui m’entra&#xee;naient dans leur vie
de luxe et je trouvais &#xe7;a plut&#xf4;t agr&#xe9;able.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;A la fin de la
seconde ann&#xe9;e se pr&#xe9;parait l’&#xe9;lection du Bureau des El&#xe8;ves. Le candidat favori
&#xe9;tait un jeune correspondant exactement au profil traditionnel de l’Ecole.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Peut-&#xea;tre pour me rassurer ou mieux exister dans tout &#xe7;a, je
d&#xe9;cidai de me pr&#xe9;senter. Un vrai d&#xe9;fi vis-&#xe0;-vis de moi-m&#xea;me, je manquais totalement
d’assurance pour ce genre d’aventure ! Comme on &#xe9;tait au lendemain de 68,
mon profil de non fils &#xe0; papa devait correspondre &#xe0; une certaine logique et &#xe0;
un besoin de changement. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Apr&#xe8;s une campagne &#xe9;lectorale acharn&#xe9;e je fus &#xe9;lu. Une
sacr&#xe9;e victoire pour moi et, je le croyais &#xe0; ce moment l&#xe0;, pour faire bouger
les mentalit&#xe9;s.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Une ann&#xe9;e de r&#xe8;gne, &#xe0; la t&#xea;te d’une grosse organisation,
courtis&#xe9; par les plus belles filles d’&#xe0; c&#xf4;t&#xe9;, respect&#xe9; et ob&#xe9;i par les
&#xe9;tudiants de l’autre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;J’&#xe9;tais devenu un personnage important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;L’Ecole avait &#xe9;t&#xe9; sollicit&#xe9;e par &lt;st1:personname w:st=&quot;on&quot; productid=&quot;la Croix Rouge&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la Croix Rouge pour
participer &#xe0; une journ&#xe9;e humanitaire contre le cancer avec la participation
d’RTL. C’&#xe9;tait, je crois, une premi&#xe8;re. Toute la journ&#xe9;e de centaines
d’&#xe9;tudiants r&#xe9;coltaient des dons dans Paris, aid&#xe9;s par les stars du moment. RTL
avait mis &#xe0; notre disposition des Triumph TR4 &#xe0; ses couleurs pour sillonner
Paris &#xe0; la r&#xe9;colte des fonds. Ce fut un succ&#xe8;s consid&#xe9;rable. Les gens
descendaient dans la rue &#xe0; notre recherche et nous couvraient de billets de
banque. Je mes souviens avoir convoy&#xe9;, sur le si&#xe8;ge du passager, un monceau de
billets que j’avais jet&#xe9;s en vrac. Tous les r&#xe9;colteurs en avaient plein les
poches, &#xe7;a d&#xe9;bordait. Je me suis d’ailleurs demand&#xe9;, apr&#xe8;s l’op&#xe9;ration, si
toutes les poches avaient &#xe9;t&#xe9; enti&#xe8;rement vid&#xe9;es… Bref ce fut une journ&#xe9;e de
folie.&lt;/p&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;&lt;p&gt;Un moment important de la vie d’une grande &#xe9;cole est le gala
de fin d’ann&#xe9;e. Chacune essaie d’organiser la soir&#xe9;e la plus prestigieuse, la
plus inoubliable.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Dans mon bureau, j’avais un copain charg&#xe9; des loisirs.
Petit, avec de grosses lunettes, il ne payait pas de mine mais &#xe9;tait d’une
efficacit&#xe9; redoutable. En plus de ses &#xe9;tudes il &#xab; travaillait &#xbb;
pour&lt;font&gt;&amp;nbsp;&lt;/font&gt;un chanteur quelque peu sur la
touche, Danyel G&#xe9;rard, l’homme au chapeau. Apr&#xe8;s de gros succ&#xe8;s dans les ann&#xe9;es
soixante, sa p&#xe9;riode militaire l’avait &#xe9;cart&#xe9; du star system et il &#xe9;crivait des
chansons pour les autres, comme on dit. Le Petit Gonzalez, les Vendanges de
l’Amour pour Marie Lafor&#xea;t, notamment, et il s’&#xe9;tait reconverti dans la production
et l’&#xe9;dition de disques. Mon copain l’aidait, fier d’accompagner un chanteur
encore connu. Les affaires allaient moyen jusqu’au jour o&#xf9; il sortit
&#xab; Butterfly &#xbb;, un tube &#xe9;norme &#xe0; l’&#xe9;tranger. Il vivait au Montana,
h&#xf4;tel c&#xe9;l&#xe8;bre de St Germain des Pr&#xe9;s pour ses concerts de jazz. Il sortait
toutes les nuits, allant d’un restaurant &#xe0; l’autre et finissant par une tourn&#xe9;e
de toutes les bo&#xee;tes de nuits accompagn&#xe9; par mon copain, un cousin chauffeur et
moi maintenant. Je trouvais &#xe7;a magique, invit&#xe9; dans ces restaurants et ces
bo&#xee;tes &#xab; branch&#xe9;s &#xbb;, &#xe0; la m&#xea;me table que les stars de la chanson qui
souvent d&#xee;naient ou discutaient avec nous. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Tr&#xe8;s vite je fis accepter mon copain Alain qui lui aussi
aimait bien cette nouvelle vie nocturne. Un soir, notre bienfaiteur chanteur
nous emm&#xe8;ne dans un petit restaurant tr&#xe8;s intime au rez-de-chauss&#xe9;e du c&#xe9;l&#xe8;bre
cabaret Le Don Camillo, rue de Saints P&#xe8;res. Endroit petit, tr&#xe8;s ferm&#xe9;, lumi&#xe8;re
rouge tamis&#xe9;e, r&#xe9;serv&#xe9; &#xe0; des habitu&#xe9;s tri&#xe9;s sur le volet. On y c&#xf4;toyait Charles
Trenet, seul &#xe0; une table, se faisant insulter je ne sais plus pour quelle
raison par Claude Nougaro, bref, on &#xe9;tait en famille. Assis &#xe0; une grande table,
entour&#xe9; de sa &#xab; cour &#xbb;, notre chanteur discutait affaires avec un
personnage du show business. Thierry le Luron, tout jeune, attendait debout,
une opportunit&#xe9; pour pouvoir s’adresser au producteur-chanteur et lui demander
de l’auditionner. Alain et moi ne nous sentions pas concern&#xe9;s par l’ambiance de
la table sommes mont&#xe9;s sur une sorte d’estrade o&#xf9; &#xe9;taient install&#xe9;es quelques
tables, &#xe0; l’&#xe9;cart. On s’assit &#xe0; la table mitoyenne d’un jeune homme qui d&#xee;nait
seul. La conversation s’engagea mais comme il &#xe9;tait anglais ce fut Alain qui
parla.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab; Vous venez souvent &#xe0; Paris ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab; Parfois &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab; Vous &#xea;tes d’o&#xf9; ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab; Liverpool &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab; Ah ! Liverpool, j’y suis all&#xe9; quand j’&#xe9;tais
barman en Angleterre &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab; Vous faites quoi ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab; Je suis chanteur &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab; Moi aussi je voudrais &#xea;tre chanteur mais c’est
dur ! &#xbb; (Alain n’&#xe9;tait pas encore Souchon).&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Bref, ils discutaient et moi je ne comprenais presque rien.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Apr&#xe8;s le d&#xe9;part de notre voisin nous avons rejoint le
groupe. &lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab; Alors, qu’est-ce qu’il vous a dit ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab; Qui ? Le type l&#xe0;-haut ?&#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab; Oui &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab; Bah, des trucs, on a parl&#xe9; de ce qu’on faisait,
c’est un anglais de Liverpool o&#xf9; je suis all&#xe9; quand j’&#xe9;tais en Angleterre… et
il est chanteur, il est venu rendre visite &#xe0; un copain qui enregistre &#xe0;
Paris. &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab; Tu lui a demand&#xe9; &#xe7;a ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab; Bah oui pourquoi ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab; Mais c’&#xe9;tait Paul ! &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab;&amp;nbsp; Paul qui ? &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;- &#xab; Mais Paul McCartney ! &#xbb;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Alors l&#xe0; ! On est rest&#xe9;s ahuris. Comment c’&#xe9;tait
possible, on ne l’avait pas reconnu. Faut dire qu’il faisait sombre et qu’il
&#xe9;tait la plupart du temps de profil. Et Alain qui lui avait demand&#xe9; ce qu’il faisait
dans la vie ! Il avait d&#xfb; se demander d’o&#xf9; on sortait, d’autant plus que
les Beatles &#xe9;taient, &#xe0; cette &#xe9;poque-l&#xe0;, au sommet de leur gloire.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Plus tard, le patron de l’endroit nous a racont&#xe9; qu’apr&#xe8;s le
d&#xee;ner, Paul &#xe9;tait descendu au sous-sol dans la bo&#xee;te de nuit. Le lendemain il
est revenu mais la rue &#xe9;tait remplie de journalistes, il a d&#xfb; s’enfuir.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&lt;/o:p&gt;Pour en revenir au gala de mon &#xe9;cole, j’avais, gr&#xe2;ce &#xe0; mes
nouvelles relations, r&#xe9;ussi &#xe0; concocter un plateau prestigieux. Julien Clerc,
Les Parisiennes, et d’autres que j’ai oubli&#xe9;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’avais pris le jeune inconnu Thierry Le Luron pour animer &lt;st1:personname w:st=&quot;on&quot; productid=&quot;la soir&#xe9;e. Il&quot;&gt;&lt;/st1:personname&gt;la soir&#xe9;e. Il est arriv&#xe9;
avec des partitions et voulait que je l’accompagne au piano dans certaines de
ses imitations. Mais comme je ne savais pas les lire il n’a pas eu de pianiste.
Il &#xe9;tait tr&#xe8;s d&#xe9;&#xe7;u.
&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;La soir&#xe9;e avait lieu au Pr&#xe9; Catelan, lieu de r&#xe9;ception
prestigieux du Bois de Boulogne.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Une foule &#xe9;norme voulait entrer. La salle pourtant immense
&#xe9;tait d&#xe9;j&#xe0; pleine. Bousculades, &#xe9;nervements, qui finirent par faire exploser
une des grandes baies vitr&#xe9;es. Invasion de cette horde qui, de plus, est entr&#xe9;e
sans payer ; j’&#xe9;tais paniqu&#xe9;.&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Le lendemain, au moment de faire les comptes, croyant au
moins avoir enrichi l’association, je constate qu’il n’y avait presque rien.
Les caisses de l’entr&#xe9;e avaient &#xe9;t&#xe9; pill&#xe9;es !&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;Ce fut finalement un &#xe9;norme fiasco, j’&#xe9;tais effondr&#xe9;.
L’&#xe9;cole a d&#xfb; renflouer l’&#xe9;norme d&#xe9;ficit. J’ai termin&#xe9; mon mandat la t&#xea;te basse,
l’assembl&#xe9;e g&#xe9;n&#xe9;rale a vot&#xe9; mon quitus financier mais de justesse…&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p class=&quot;MsoNormal&quot;&gt;&lt;o:p&gt;&amp;nbsp;&lt;/o:p&gt;&lt;/p&gt;
</description><pubDate>Tue, 27 Feb 2007 09:59:00 GMT</pubDate></item></channel></rss>