Le commandant responsable des services secrets de l’armée française me proposa un jour de l’accompagner dans un Puma (hélicoptère de combat) pour visiter un camp de légionnaires situé à la ligne de démarcation.
Nous partîmes donc équipés de casques et survolâmes les éléphants et divers animaux. Les portes de côté étaient ouvertes, et une grosse mitrailleuse prête à intervenir. Ambiance.
Soudain le pilote nous annonça qu’une des pales de l’hélicoptère était en train de se fendre. Il s’en était rendu compte car son tableau de bord lui signalait qu’elle n’était plus étanche. Nous réussîmes quand même à atterrir dans le camp et on nous apprit qu’il fallait attendre deux jours la livraison d’une nouvelle pale.
Le commandant me présenta aux officiers. Il faisait une chaleur étouffante.
On m’indiqua ma tente, que je partageais avec un légionnaire. Moi qui avais échappé au service militaire…
On m’expliqua qu’il ne fallait pas trop s’exposer de peur de se faire tuer par les membres du Frolinat.
Tout d’un coup je déclenchai l’hilarité générale parce qu’une espèce de gros insecte s’était mis à tourner autour de moi sans relâche. Mes gesticulations grotesques m’auraient fait passer pour un fou.
Le soir, je me fourrai sous ma moustiquaire et essayai de m’endormir. Je vis entrer mon compagnon de tente qui alluma une bougie dans une soucoupe en fer, sans rien dire, et se mit à écrire. On se serait cru dans Pépé le Moko. Je mis un temps fou à trouver le sommeil.
Au bout de deux jours, la pale arriva, nous repartîmes et rentrâmes à N’Djamena.
À la suite de cela, j’eus la surprise de recevoir un certificat du Ministère des Armées attestant que je m’étais bien comporté durant cette périlleuse expédition.

Une de mes missions principales consistait à remettre en route la radio tchadienne, qui était assez dégradée. Le matériel était détérioré. En face de nous, la radio lybienne émettait clairement et, bien entendu, nous stigmatisait.
La France émettait, elle, par Radio France International des émissions de mauvaise qualité technique, et en plus nous donnait ici, au cœur de l’Afrique, l’état des embouteillages sur le périphérique parisien, la météo française, bref tout ce qui ne passionnait personne.
Il y avait aussi comme radio, extrêmement puissante et claire, Radio Moscou (spéciale Afrique) qui, en langue française parfaite, nous arrosait de tous les méfaits du monde, nous les méchants colonialistes impérialistes esclavagistes…
Donc Radio N’Djamena était quasiment muette.
Je roulais le soir avec mon transistor de voiture pour voir jusqu’où on captait Radio N’Djamena. Un soir, sans m’en rendre compte, j’entrai très vite dans une zone militaire qui gardait les réserves d’essence. Je fus cerné par des militaires qui braquèrent tous leur fusil sur mon visage. Bien sûr, je m’étais arrêté et j’attendais la fin.
Voyant à la lumière de leurs torches que j’étais blanc, ils me demandèrent ce que je faisais là, et je sortis mes papiers officiels de conseiller du président. Cela les calma et ils me firent simplement quitter les lieux. J’eus quelques suées.

Ayant à peu près cerné la zone d’écoute de Radio N’Djamena, je sollicitai auprès du ministère de la coopération des moyens pour équiper de neuf la radio. Je demandai au directeur de la radio tchadienne de quoi il avait besoin. Il suggéra énormément de choses, notamment toutes les encyclopédies françaises existantes, du matériel de prise de son, et deux Quatrelle. Les Quatrelle avaient disparu le lendemain dans la brousse, mais le matériel d’émission, lui, était bien sous clef.

Ainsi, Radio N’Djamena reprit du service et fut même mentionnée par l’AFP, ce qui enchanta mon ministre français.