Tant que je me souviens...

souvenirs de vie

10 mars 2005

Le retour du père

Vers l’âge de 12 ans, mon père réapparut. Il avait dû se dire soudainement que ce devait être intéressant d’avoir 2 grands fils de 15 et 12 ans, en profiter un peu, les montrer à ses amis et sans ma mère avec qui il était d’ailleurs toujours marié.

Nous apprîmes qu’il vivait avec son ancienne secrétaire, femme jolie et brillante (de bijoux) avec qui il avait eu une fille.
En bon père, il se mit à nous prendre un dimanche sur 2. Nous, nous découvrions alors des univers nouveaux, grandes et belles maisons de campagne, habitées par des gens gais et détendus. Les femmes n’avaient rien d’autre à faire qu’être belles et n’avaient pas besoin de s’activer. Elles apportaient parfois un plateau chargé de bouteilles d’apéritif, parfois car il y avait même des gens qui le faisaient à leur place. Elles ne passaient pas leur temps, comme à la maison, à s’occuper des tâches ménagères, elles étaient le plus souvent assises et elles fumaient ! Au début, notre père n’était pas accompagné par sa concubine qui devait en profiter pour rendre visite à sa mère.
Pendant ces journées de rêve où tout était beau et la vie si facile, avec mon frère nous ne disions rien, impressionnés et curieux de cette vie que nous n’avions jamais soupçonnée.
Les gens buvaient, riaient, parlaient de choses que nous ne comprenions pas mais c’était si dépaysant !

Notre père avait une Traction Avant 15cv rutilante. Cette voiture était une merveille, une superbe calandre et le coffre arrière en forme de roue de secours. C’est à ça que l’on différenciait les propriétaires libres et aisés des gens plus modestes qui avaient des Tractions 11cv avec une malle à l’arrière pour les bagages de la famille.
Le soir, notre père nous ramenait. Il nous déposait devant la porte de la maison et repartait très vite de peur de tomber sur ma mère ou ma grand-mère… Nous étions alors replongés dans notre « pauvre » quotidien et en regardant ma mère repasser, ses bigoudis sur la tête, je lui ai dit: « C’est mieux avec Papa » . La malheureuse s’est mise à pleurer et je me suis rendu compte, alors, que j’avais dit quelque chose de pas gentil. Je ne l’ai dit qu’une fois.

Lorsque mon frère eut 16 ans, mon père lui offrit, comme pour se racheter, un scooter Lambretta, une caméra 8mm et un appareil photo.
Certains dimanches, il ne prenait que lui, je ne comprenais pas pourquoi et cela me rendait triste. Nous apprîmes plus tard, car mon frère était très secret, qu’il l’emmenait dans sa grande maison au bord la Marne, passer la journée avec la nouvelle famille. Mon père devait penser que, moi, j’aurais tout raconté et que cela aurait fait des drames. Il avait raison. Lorsque l’on questionnait mon frère sur sa journée, il ne répondait pas.

D’autres dimanches on rendait visite à ma grand-mère paternelle qui habitait un petit 2 pièces sombre. J’étais très déçu car je préférais aller chez les « riches ».

Après la Traction, mon père acheta une « Versailles », c’était une grosse et belle Simca. Ils avaient sorti plusieurs modèles : l’Ariane, pour les « pauvres », la Trianon et la Versailles pour les plus riches, la Chambord et la Régence pour les encore plus riches et la Présidence pour le Président de la République. Mon père avait une Régence. A l’avant, il y avait une grande banquette pour 3 personnes où l’on s’asseyait, avec mon frère, car il fallait être à l’avant ! Comble de la réussite et du confort, la voiture était équipée d’un poste de radio et, par dessus, notre père chantait des airs d’opéra avec une voix tonitruante. Impressionnant !
Ensuite, il acheta une DS19, voiture révolutionnaire. Mon père ne faisait que la vanter et se féliciter de son choix. On avait appelé la Traction « la reine de la route » mais alors la DS ! Ce qu’il vantait aussi c’était ses performances. On se retrouvait parfois sur des petites routes et si nous nous faisions doubler par une grosse Simca,  une course démente s’engageait alors entre les 2 monstres et le but de mon père était de redoubler l’adversaire qui faisait tout pour rester en tête. Mon père avait eu une Simca et maintenant il fallait bien prouver à ce « ringard » que la DS c’était autre chose. Nous roulions ainsi côte à côte, dans les virages, à des vitesses vertigineuses entre 2 rangées de platanes, tout ça bien sûr sans ceintures de sécurité !
Mais il est vrai que quand l’honneur est en jeu…


Posté par alalain à 17:30 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

203

Mon grand-père, et mon oncle aussi, nous balladaient en 203, tu ne l'as pas dans ta collec', celle-là ! :-))

Posté par scrabbleur, 11 mars 2005 à 17:54

203

Si, j'ai connu la 203 mais que j'ai achetée d'occasion plus tard vers 18 ans.
Pour mon père la 203 ne devait pas être assez prestigieuse...
Ah si, j'ai aussi connu la 203 car un gentil monsieur nous avait emmené en vacances avec. J'en parlerai le moment venu car cette voiture est liée à une anecdote croustillante où ma grand-mère Léontine est encore la vedette.
Merci de m'avoir rafraîchi la mémoire, j'avais oublié.

Posté par alalain, 11 mars 2005 à 18:06

404

Ben moi mon père il nous baladait en 404. vous m'excuserez d'être aussi jeune...

Posté par jujuly, 11 mars 2005 à 18:12

Bon, alors, à quand la suite ?

Posté par jujuly, 28 mars 2005 à 23:39

Ouais, à quand?

Posté par Plume-Plume, 29 mars 2005 à 23:50

vas voir mon blog et difuse le
merci

Posté par simcariane, 04 septembre 2008 à 08:26

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