22 février 2005
La ferme
A
l'époque dans cette ferme vivaient une très vieille femme (vieille pour
moi), la mère Annette, 70 ans, sa fille la Marie, 50 ans, l'oncle
Eugène (le mari de Marie), leur fils Raymond et sa femme Denise, âgés
d'une trentaine d'années. Et leur fils Pierre, mon copain-cousin.
La
maison se trouvait en bordure d'un petit village, elle était grande
pour loger tout ce monde. L'eau provenait d'un puits, on allait la
chercher avec un seau en métal. Avec, on remplissait une petite
fontaine émaillée, seul point d'eau de la maison, accrochée au mur de
la grande pièce principale.
Une
immense cheminée ouverte chauffait la pièce et la mère Annette, assise
au coin dans un fauteuil. De là elle voyait tout le monde aller et
venir et pouvait lancer des ordres que personne n'écoutait. Sauf
qu'elle insistait jusqu'à ce qu'on l'envoie promener mais cela ne la
décourageait pas.
Je
me souviens qu'un soir, nous étions restés à discuter autour de la
grande table, après le dîner. La mère Annette était couchée au 1er
étage dans sa chambre qui donnait sur le devant de la maison. Au-dessus
de la porte d'entrée il y avait un éclairage, une ampoule de 20 watts
sous un abat-jour métallique. Ce soir là il était éteint mais c'était
la pleine lune. La mère Annette s'était mis dans la tête qu'on avait
oublié d'éteindre la lumière :
« Eteignez la lumière, dehors ! » ordonna-t-elle d'une voix stridente.
« Elle est éteinte ! »
« Non elle est allumée ! »
« On te dit qu'elle est éteinte ! »
Tout ça en hurlant.
Certains sortaient régulièrement pour aller quand même vérifier.
«
Elle est allumée ! » De plus en plus hystérique, elle s'étranglait, au
bord de la crise de nerfs ; elle devait trépigner sous son édredon.
« Oh, mais fous nous la paix on te dit qu'elle est éteinte ! »
Le ton montait et la crise de nerfs gagnait le rez-de-chaussée.
Elle se mit à hurler puis à sangloter et enfin, en gémissant, vaincue… elle s'endormit.
J'étais heureux dans cette campagne plus, était-ce l'âge, par la vie, les bruits et les odeurs que par la nature.
Dans
les grandes granges, de l'autre côté du chemin, il y avait 20 vaches et
des cochons. Lorsqu'on traversait l'étable des vaches, rangées de
chaque côté avec seule la tête qui dépassait sur les mangeoires, on
débouchait sur l'immense basse-cour. Je me souviens qu'avant de passer
entre cette rangée de bonnes grosses têtes de vaches, je me
concentrais, essayais de maîtriser ma peur. L'une des têtes allait-elle
bondir et m'attraper ? L'allée, pourtant, devait bien mesurer 5 mètres
de large ! Je prenais mon élan et courais le plus vite possible,
jusqu'à la basse-cour. Il faut dire, qu'au fond de celle-ci il y avait
le cabanon des toilettes. Il fallait encore traverser une horde d'oies
qu'on disait méchantes, d'affreux dindons et quelques coqs menaçants.
Je n'allais pas aux toilettes pour un oui ou pour un non, d'autant plus
que les araignées m'attendaient, bien installées dans la cabane.
Malgré ça, j'adorais tout.
Les
matins d'été, au lever du jour, je me réveillais au premier bruit de la
maison ou aux roues des tombereaux ou au pas des bœufs qui les
tractaient. Je ne voulais surtout rien manquer. Le rite était immuable
: les hommes buvaient un bol de café, préparé par les femmes, puis on
sortait les cochons. La cour de l'étable était fermée par des
barrières, les soues ouvertes et les cochons sortaient comme des fous
et tournaient, poursuivis par le chien, se roulant parfois dans le tas
de fumier des vaches, c'était drôle !
Ensuite,
on rentrait à la maison, pour le petit-déjeuner. Les hommes reprenaient
du café avec du lait et y trempaient d'énormes tartines de charcuterie
croquantes de morceaux de gros sel, sorties d'un coffre en bois de
conservation. Il n'y avait pas de réfrigérateur.
Moi je trempais des tartines de camembert dans mon café au lait sucré, c'était du même genre, je voulais tout faire comme eux…
Commentaires
café
j'ai connu une Annie qui trempa des sardines dans son café. je crois que c'était de la provoc, pour faire hollandaise ou chépa quoi, c'était au temps des babas cool, on devait fumer un peu trop...
Eugène...
C'est le prénom de mon grand-père .
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